Restaurer la terre pour relancer les récoltes
17 août 2026
La gestion durable des terres redonne espoir aux producteurs de Nafanrou dans la commune de Gogounou au Bénin
A Nafanrou, dans la commune de Gogounou au Bénin, le Projet intégré de restauration et d’amélioration de la valeur des terres et des écosystèmes forestiers dégradés (PIRVaTEFoD) aide depuis 2024 les producteurs à rendre fertiles les sols épuisés. Après deux campagnes agricoles, les récoltes progressent et les moyens d’existence se diversifient.
À chaque pression sur les pédales, l’eau jaillit dans la bassine orange placée sous la pompe naguère hors d’usage. Simon Baguiri actionne le mécanisme, pieds nus, les mains sur la barre d’appui. Cette scène, ordinaire ailleurs, porte ici la trace d’une transformation née de la restauration des terres : lorsque la pompe du village est tombée en panne, c’est le groupement des producteurs de soja qui a puisé 90 000 FCFA dans la caisse alimentée par ses batteuses mobiles pour la réparer.
Ces revenus collectifs, issus de la relance agricole soutenue par le projet, ont ainsi permis de financer un service utile à tout le village. Deux ans plus tôt, pourtant, la terre de Nafanrou ne répondait presque plus au travail de celles et ceux qui la cultivaient.
La population de Nafanrou discutant sous un arbre des activités du projet PIRTVATEFOD
Quand la terre ne nourrit plus
Sous le grand arbre à palabres, les habitants témoignent tour à tour des changements apportés par le projet, les brebis et les chèvres reçues, les ruches installées, la production de soja relancée. Puis, Simon Baguiri, représentant des producteurs pour la restauration des sols, ramène ces résultats à leur source commune : « Les autres intervenants ont parlé de ce qu’ils ont récolté, mais rappelez-vous que tout découle d’abord de la santé du sol».
« Avant, nos terres souffraient d’une grave maladie. Nous pouvions cultiver 40 hectares pour n’obtenir que la récolte équivalente à 2 hectares », se souvient-il. Face à cet épuisement, les familles devaient se résoudre à produire moins ou à défricher de nouvelles terres, alimentant ainsi un cercle vicieux dans lequel l’ouverture de nouveaux champs réduisait davantage le couvert végétal et accélérait la dégradation des sols. À Gogounou, 40 % des 1 705 km² de terres agricoles sont aujourd’hui en état de dégradation avancée. À l’échelle du Bénin, environ 2,2 millions d’hectares, soit 19 % du territoire national, se sont dégradés en une décennie.
Le reboisement et les techniques de restauration des terres ont permis de redonner vie à des sols appauvris et d'améliorer durablement leur fertilité
Soigner plutôt que défricher ailleurs
Rompre cet engrenage suppose de rendre aux terres cultivées leur capacité à produire durablement. C’est l’ambition du PIRVaTEFoD, mis en œuvre par le Gouvernement du Bénin à travers le Ministère du Cadre de Vie et des Transports, avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial et du PNUD. Nafanrou figure parmi les premiers villages accompagnés depuis 2024.
Sur des parcelles de démonstration, les producteurs apprennent à semer du mucuna et du pois d’Angole, labourer perpendiculairement à la pente, construire des diguettes et pratiquer le semis sans labour. Ils associent également les cultures et réintroduisent des arbres dans leurs parcelles. Ces techniques retiennent l’eau et enrichissent les sols.
Autour de Nafanrou, plus de 137 hectares ont été restaurés depuis 2024. Soixante-quinze parcelles d’application permettent aux familles de reproduire ces pratiques, tandis que des plants de Gmélina, de caïlcédrat, de fromager et de Gliricidia réinstallent l’arbre dans les champs.
La transformation est visible avec le soja. Les 44 membres de la coopérative, dont 19 femmes, ont reçu chacun 25 kg de semences améliorées et deux sachets d’inoculum. Neuf semoirs ont facilité l’emblavement de 44 hectares en 2025, avec un rendement moyen de 1,9 tonne à l’hectare. De même, trois batteuses mobiles réduisent désormais les pertes et la pénibilité. Chaque utilisation alimente une caisse commune qui totalise 1 896 000 FCFA de recettes. L’équipement productif est ainsi devenu un mécanisme de financement collectif, à même de répondre à d’autres besoins du village.
« Le projet nous a réveillés en nous apprenant à soigner et restaurer nos terres grâce à des techniques qui retiennent l’eau, enrichissent les sols et piègent les insectes. Aujourd’hui, nos terres revivent et la production repart »Simon Baguiri, représentant des producteurs pour la restauration des sols
Le projet a appuyé l'élevage d'ovins et de caprins pour renforcer les moyens de subsistance des populations
Diversifier pour mieux résister aux chocs
Par ailleurs, d’autres activités réduisent la vulnérabilité des familles. Les sept apiculteurs du village, parmi lesquels Yarou Dèrou, seule femme du groupement, ont été accompagnés et exploitent 28 ruches et savent fabriquer leurs équipements et valoriser la cire. Vingt-sept éleveuses et éleveurs, dont neuf femmes, ont aussi reçu 108 ovins et caprins. Dix-huit naissances ont été enregistrées en six mois. Ces activités répartissent les risques entre agriculture, élevage et apiculture.
L’expérience de Nafanrou s’inscrit dans une dynamique plus large. Dans les 23 villages accompagnés à Gogounou, 3 088 productrices et producteurs, dont 1 483 femmes, ont été formés à la gestion durable des terres. Depuis 2024, 2 700 hectares ont été restaurés ou sont en cours de restauration. Les activités génératrices de revenus ciblent 823 bénéficiaires directs, dont 387 femmes. En 2025, la production de soja a atteint 575 845 kg, soit environ 100,7 millions de FCFA de revenus. Vingt-quatre batteuses réduisent les pertes et la pénibilité pour près de 800 producteurs. Plus de 53 000 plants ont été mis en terre et 70 hectares de plantations installés à Ouèrè, générant plus de 150 emplois saisonniers.
Dans la petite communauté de Nafanrou, les 90 000 FCFA mobilisés pour la pompe résument l’essentiel. En restaurant les terres, le projet a redonné aux habitants le pouvoir d’agir ensemble sur leur propre avenir.