Giovanni Jimalison : L’engagement au pluriel!
23 mai 2025
Dans un coin reculé d’Ambatolampy, à Haras, naît Giovanni, un garçon que la vie n’a pas épargné. Fils d’une mère célibataire, il grandit sans figure paternelle, au rythme des saisons agricoles et des combats judiciaires pour une terre familiale engloutie par la bureaucratie. Loin d’un conte de fées, son quotidien est fait de sacrifices silencieux : vendre des glaces pour payer des cours de maths, travailler la terre à midi au lieu de manger, être expulsé plusieurs fois d’écoles faute de moyens. Et au milieu de tout cela, l’école devient parfois un enfer, rythmée par les moqueries, les coups et les silences.
Mais au cœur de cette tempête, une flamme : celle que sa mère, militante de terrain et femme résiliente, a allumée en lui. Elle lui transmet bien plus qu’une éducation : une vision. Celle où l’injustice n’est pas une fatalité, mais un moteur pour construire.
Son premier terrain d’action ? Les jeunes. Ceux qu’on n’écoute pas. Ceux qui, comme lui, connaissent l’exclusion, la faim, la violence. Il commence à sensibiliser, à former, à parler. Dans les prisons pour mineurs, les écoles, les quartiers. Il utilise sa voix, parce qu’il sait ce que c’est de ne pas être entendu.
IRF TANORA : la bascule intérieure
Le véritable tournant survient en avril 2024, lorsqu’il intègre la formation du projet IRF TANORA, une initiative portée par le PNUD Madagascar, l’UNICEF et l’UNFPA, sous l'égide du Ministère de la Jeunesse, avec le soutien du Fonds pour la Consolidation de la Paix (PBF). Le projet vise à outiller la jeunesse malagasy pour devenir des bâtisseurs de paix et de gouvernance inclusive.
Durant quatre jours intenses, Giovanni découvre des outils qui changent sa manière de penser et d’agir : analyse causale des conflits, montage de projets communautaires, stratégie de plaidoyer sans confrontation violente. Pour la première fois, il comprend que la paix ne se limite pas à l'absence de guerre, mais commence dès qu’on lutte contre l’injustice quotidienne, la marginalisation silencieuse, les violences sociales invisibles.
L'approche du projet IRF TANORA, centrée sur le pouvoir des jeunes comme agents de changement et sur la construction d'une paix durable en milieu universitaire, fait naître en Giovanni une conviction nouvelle : il peut non seulement rêver d’un monde meilleur, mais construire activement ce monde.
À la sortie de cette formation, il ne sera plus jamais le même. IRF TANORA n’a pas seulement enrichi ses connaissances : il a activé en lui un sens de mission.
De la théorie à l’action : naissance d’AVANA
À peine formé, Giovanni fonde l’initiative AVANA, un projet visant à déconstruire les clivages ethniques et sociaux à l’Université d’Antananarivo. Son objectif : créer des ponts là où il n’y avait que des murs. Sous sa coordination, des étudiants issus de diverses régions apprennent à se connaître, dialoguer, travailler ensemble. Pour la première fois, les divisions invisibles tombent, laissant place à une dynamique collective.
Le projet, soutenu par l’IRF TANORA, devient un modèle. Non pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il est vrai. Parce qu’il ose parler de ce que d’autres taisent. Parce qu’il est né de la réalité, pas d’un bureau.
Du local à l’international : un ambassadeur de paix à New York
Quelques mois plus tard, Giovanni est sélectionné pour représenter la jeunesse malagasy au prestigieux Sommet de l’Avenir à New York, un événement international convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies, destiné à redéfinir les priorités globales pour les générations futures.
Son voyage n'est pas anodin : il est l’aboutissement de son engagement, reconnu par les Nations Unies, mais aussi une mission immense. Il n’y va pas en tant que simple participant : il y va en porte-voix de toute une jeunesse, celle qui rêve, qui lutte, qui construit.
Durant ce sommet, Giovanni participe à des plénières stratégiques, échange avec des représentants de haut niveau et présente la Déclaration officielle de la Jeunesse Malagasy, fruit d’un travail collectif. Il parle des réalités du terrain : du harcèlement scolaire aux défis de gouvernance universitaire, des fractures sociales aux besoins criants d’une jeunesse souvent laissée pour compte.
Sa prise de parole dépasse l'émotion : elle propose des solutions. Elle ancre la paix dans des actions concrètes. Elle montre au monde qu'à Madagascar aussi, des jeunes sont prêts à bâtir des ponts et pas des murs.
Ce sommet ne marque pas la fin d'une aventure pour Giovanni. Il l'élève à un nouveau niveau d'engagement : désormais, il n'est plus seulement témoin des injustices de son pays. Il en est l'un des architectes du changement.
L’effet domino : transmettre, structurer, faire grandir
De retour au pays, Giovanni ne se repose pas. Il structure des unités de projets au sein du CPO Économie, forme des jeunes à la gestion de projets, au plaidoyer, à la prise de parole. Il refuse que quiconque reste spectateur. Pour lui, chaque membre doit avoir un rôle, un espace d’impact, un chemin vers l’autonomie.
Il coordonne cinq projets communautaires sans financement direct, en misant sur l’intelligence collective, la débrouillardise et la foi en l’humain. Chacun de ces projets touche une population différente, mais porte un même ADN : celui du changement de l’intérieur.
Une étoile montante au service du collectif
En 2025, Giovanni est élu au Parlement des Jeunes de l’Indianoceanie (PRJIO). Il y portera la voix de toute une génération malagasy. Celle qui croit que le passé ne doit pas dicter l’avenir. Que la paix est un choix. Que les cicatrices peuvent devenir des emblèmes.
Parallèlement, il continue ses études en Master II, intervient dans des panels nationaux, écrit des TDRs, anime des formations, et… veille toujours sur sa mère, celle qui l’a élevé avec presque rien, mais lui a tout donné.
Épilogue : là où tout commence L’histoire de Giovanni Jimalison n’est pas celle d’un héros exceptionnel. C’est celle d’un jeune homme ordinaire, que le projet IRF TANORA a su rencontrer au bon moment, avec les bons outils. C’est une preuve vivante que, quand on mise sur les jeunes avec confiance et accompagnement, on ne forme pas seulement des leaders. On répare des vies. On construit la paix. Et on prépare un avenir qui ne s’écrira plus sans eux. « Nous avons le pouvoir de transformer le monde. Valorisons notre existence et œuvrons ensemble pour créer un espace où chaque individu trouve sa place, dans la paix et la sérénité. Jeunes d’aujourd’hui, notre force réside dans le présent : si nous n’agissons pas maintenant, alors quand ? » |