Le dialogue et l’écoute : un nouveau départ pour une vie paisible et une meilleure cohésion sociale

27 avril 2026
Le dialogue et l’écoute : un nouveau départ pour une vie paisible et une meilleure cohésion sociale

Les participants à l'atelier en travaux de groupes

PNUD,BI, 2026, Aaron Nsavyimana

Par Aaron Nsamvyimana

Ces dernières décennies, le Burundi a traversé des crises sociopolitiques répétées qui ont laissé de profonds traumatismes au sein de la population. Les femmes et les enfants ont payé le plus lourd tribut lors de ces périodes d’instabilité. En effet, c'est cette frange de la population qui a particulièrement subi les conséquences néfastes de la perturbation de l’harmonie sociale — une valeur qui a pourtant toujours caractérisé la société burundaise, assistant ainsi à une douloureuse fracture de la cohésion sociale et au recul de l’élan de développement communautaire.

Aujourd’hui, le moment est venu de guérir ceux qui souffrent encore des séquelles de ces déchirures sociétales. C’est dans cette perspective que le PNUD, grâce aux financements du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, a initié le projet « Espaces de dialogue et accompagnement pour la guérison des traumatismes au Burundi », mis en œuvre conjointement avec l’UNESCO et l'AFSC (American Friends Service Committee).

Pour garantir son succès, le projet se propose de puiser dans la sagesse rundi en mettant en avant le dialogue et l’écoute. L'objectif est de recréer les conditions optimales d’une vie communautaire apaisée, propice au développement.

En prélude au lancement officiel de ce projet, les parties prenantes de ce projet se sont réunies les 23 et 24 avril à Gitega pour en planifier les activités. Y ont pris part des représentants des ministères de l’Intérieur et de la Santé publique, des autorités provinciales, communales et zonales, des organisations de la société civile œuvrant dans la santé mentale, la consolidation de la paix et l’autonomisation des femmes et des jeunes, ainsi que les trois organisations d'exécution. Cette rencontre visait en filigrane l’appropriation du projet, dès son démarrage, par les responsables à la base. En effet, ce dernier sera exécuté et géré directement dans leurs circonscriptions administratives, au sein des provinces de Butanyerera et de Gitega.

Selon Mme Rose Nitunga, Cheffe de l’unité Gouvernance et État de droit au PNUD Burundi, le projet devra puiser dans la culture burundaise pour être pleinement efficace. Elle a appelé toutes les parties prenantes à se mobiliser et à s’approprier d'ores et déjà cette initiative qui vise à guérir les Burundais et Burundaises victimes de traumatismes et à forger un dialogue franc entre toutes les catégories, afin de renforcer la cohésion sociale. Les traumatismes non traités se transmettent de génération en génération, et l’histoire est, des fois, transmise à travers les lunettes de ces traumatismes. 

Le Colonel de police Jean Bosco Niyuhire, Conseiller au ministère de l’Intérieur, a abondé dans le même sens. Il a plaidé pour une forte implication de tous, et plus particulièrement des responsables administratifs, afin de mener à bien les quatre grands axes du projet : les espaces de dialogue et d’écoute, l’art et la culture, la résilience communautaire (avec un focus sur les jeunes et les femmes), ainsi que le soutien mental et psychosocial.

Afin de maximiser les chances de succès de cette initiative, les assises de Gitega ont offert un cadre d'échange pour analyser et discuter des facteurs de réussite ou d'échec, permettant ainsi de fixer les balises adéquates.

Les participants ont été unanimes : toutes les parties prenantes doivent être impliquées dès la conception, puis lors de la mise en œuvre et du suivi-évaluation. Cela exige une concertation régulière et une participation active des communautés bénéficiaires, de l’administration locale et des diverses organisations partenaires.

L'accent a été mis sur la nécessité d’une appropriation du projet par les autorités locales et la population, notamment dans le choix des personnes appelées à animer les espaces de dialogue et d’écoute. Celles-ci devront être intègres, engagées au sein de leur communauté, de bonnes mœurs et faire l'objet d'un véritable consensus.

Cette exigence s'applique également au ciblage des bénéficiaires des activités de résilience communautaire. De concert, l’administration et les habitants sont invités à privilégier les personnes en situation d'extrême nécessité. La connaissance mutuelle au sein de la communauté facilitera l'identification des plus vulnérables : les personnes souffrant de stress post-traumatique, les victimes de violences basées sur le genre (VBG) ou encore les personnes vivant avec un handicap. Les participants ont en outre rappelé l'importance de veiller aux équilibres liés au genre et à la diversité.         

L’art et la culture étant de puissants vecteurs de cohésion sociale, de paix et de guérison psychologique, le projet s'appuiera fortement sur ces leviers. Des acteurs du monde artistique et culturel seront identifiés et verront leurs compétences renforcées afin de servir de relais dans leurs zones de résidence respectives. Selon les spécialités, les activités incluront des jeux culturels et sportifs, de la musique, des sketches, des chants, de la danse et de la poésie.

Le projet touchant directement à la santé mentale, il a été résolu de redynamiser en priorité les réseaux spécialisés existants. Il s'agira également de sensibiliser les communautés aux signes précurseurs des troubles mentaux et d’accompagner les familles prenant en charge des proches affectés.

Dans le cadre des activités de mémoire, les réflexions se sont également portées sur des projets  répondant aux priorités communautaires et nécessitant une forte implication de l’administration, tels que la construction de ponts, l’adduction en eau potable, ou encore l'aménagement de centres culturels pour les jeunes et de terrains de jeu.

Dans un souci de pérennisation, les parties prenantes ont convenu de mettre en place des points focaux au niveau communal pour tous les secteurs concernés. Ces derniers se réuniront régulièrement lors de sessions de coordination.

En procédant ainsi, le projet pourra anticiper et parer aux risques qui conduisent souvent à l’échec des interventions sur le terrain. Parmi ces écueils, on cite notamment : le manque de collaboration entre les acteurs, une mauvaise évaluation des risques, la mauvaise identification des partenaires et des bénéficiaires, le non-respect des engagements ou encore le faible investissement des autorités administratives.