Mahabo : quand la confiance revient, le Dinan’i Menabe reprend vie
8 juillet 2026
Avant d'être un texte, le Dinan'i Menabe est une mémoire vivante. À Mahabo, les voix des femmes, les chants traditionnels et la présence des plus jeunes rappellent que la cohésion sociale se nourrit autant de la culture que des institutions. En rapprochant traditions, communautés et autorités, le projet LANDJA contribue à faire de la paix un héritage partagé, transmis de génération en génération.
« Ny henatra toy ny ravin-kazo : raha latsaka indray mandeha, sarotra averina. »
Lorsque le Commissaire central de Morondava prononce ce proverbe devant plusieurs centaines de membres des Komity Mpanatanteraka ny Dina (KMD) réunis à Mahabo, le silence s'installe. Tout le monde comprend le message.
La confiance est fragile. Lorsqu'elle se brise, il faut parfois des années pour la reconstruire.
À Mahabo, les 28 et 29 mai 2026, ce n'est pas seulement l'avenir du Dinan'i Menabe qui était au cœur des discussions. C'était aussi la question de la confiance : celle des communautés envers leurs mécanismes de gouvernance locale, celle des citoyens envers les institutions, et celle des acteurs eux-mêmes envers leur capacité collective à préserver la paix.
Sous le soleil de Menabe, plus de 300 membres des KMD venus des communes de Mahabo, Bezezika, Ampanihy, Ankilivalo et Analamitrivalana ont parcouru parfois de longues distances pour participer au Forum d'engagement pour la pérennisation du Dinan'i Menabe. À leurs côtés se trouvaient les représentants de la justice, des forces de sécurité, des communes, du district et des partenaires du projet LANDJA.
Mais derrière les chiffres, ce sont surtout des histoires humaines qui ont émergé.
Parmi elles, celle de Zafimahefa, membre du KMD du Fokontany de Manamby , dans la commune rurale d'Ampanihy.
Devant l'assemblée, il prend la parole et livre un témoignage simple mais puissant :
« Hijoroko vavolombelona fa ny fanadihadiana natao nandritry ny fampiharana ny Dina no nanafaka ahy tamin’ny fanendrikendrehana ahy »
Chaque fois qu'une personne ose prendre la parole, c'est une communauté qui avance vers la paix. Derrière chaque médiation, chaque conflit résolu ou chaque décision portée par le Dinan'i Menabe, il y a une histoire humaine. En partageant son expérience devant sa communauté, ce participant rappelle que le Dina n'est pas un simple texte de loi : il est un mécanisme qui permet à des femmes et des hommes de retrouver justice, dignité et confiance. C'est en donnant une voix à ces expériences que la paix devient une réalité vécue.
Pour lui, le Dina n'est pas une procédure administrative ni un document rangé dans une armoire. C'est un mécanisme qui lui a permis de retrouver justice et dignité lorsqu'il en avait besoin. Son témoignage rappelle que derrière chaque dossier traité, chaque médiation réussie ou chaque conflit évité, il y a des vies humaines qui changent.
Pour d'autres participants, le chemin vers la confiance a été plus complexe.
Herizo Hanolifa Philbert, membre du KMD de la commune de Tsarahonena, reconnaît avec franchise qu'il avait autrefois perdu confiance dans le fonctionnement du Dina. Comme beaucoup d'autres, il avait observé les difficultés, les incompréhensions et parfois les limites rencontrées sur le terrain.
Mais aujourd'hui, son regard a changé. Cette évolution reflète une réalité plus large dans la région : les communautés ne demandent pas seulement des règles. Elles demandent des mécanismes crédibles, transparents et capables de produire des résultats concrets.
C'est précisément l'ambition portée par le projet LANDJA, mis en œuvre par le PNUD, le HCDH et MSIS Tatao et financé par le Fonds des Nations Unies pour la Consolidation de la Paix et sous tutelle du ministère de la justice.
Depuis plusieurs années, le projet accompagne les acteurs locaux afin de rapprocher la justice traditionnelle et la justice formelle, dans le respect des droits humains et de la législation nationale.
À Mahabo, cette ambition a pris une forme très concrète.
Durant les deux journées du forum, les membres des KMD ont renforcé leurs connaissances sur leurs rôles et responsabilités avec un accent sur le respect des droits humains. Les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires ont répondu directement à leurs interrogations et différentes préoccupations sur le fonctionnement du Dinan’i Menabe. Ensemble, ils ont clarifié les limites de compétence des KMD, les procédures de traitement des plaintes et les mécanismes de collaboration nécessaires pour assurer une application efficace du Dinan'i Menabe. À l'issue du forum, les participants n'ont pas seulement identifié des défis. Ils ont également défini des pistes concrètes pour assurer la pérennité du Dinan'i Menabe : renforcer l'implication des communes, développer des mécanismes de financement local, poursuivre les actions de sensibilisation et maintenir des espaces réguliers de concertation entre les différents acteurs.
La paix durable commence lorsque chacun se sent légitime pour prendre la parole. À Mahabo, le Forum pour la pérennisation du Dinan'i Menabe a donné la parole à celles et ceux qui vivent le Dina au quotidien. En partageant leurs expériences, leurs attentes et leurs propositions, les membres des communautés deviennent les premiers acteurs de la gouvernance locale. Car un Dina n'est véritablement efficace que lorsqu'il est compris, porté et défendu par les citoyens eux-mêmes.
Au-delà des recommandations, le principal acquis est peut-être ailleurs. Pendant longtemps, le Dinan'i Menabe a été perçu comme l'affaire des seuls KMD. À Mahabo, quelque chose semble avoir changé. Le Dina est progressivement devenu un projet collectif. Un projet porté par les communautés, soutenu par les institutions et reconnu comme un levier de prévention des conflits, de cohésion sociale et de gouvernance locale. Car au fond, la véritable réussite du forum n'est pas d'avoir réuni plusieurs centaines de participants, sa réussite est d'avoir rappelé à chacun que la paix ne se décrète pas, elle se construit, patiemment, à travers le dialogue, la responsabilité partagée et la confiance retrouvée.
Peu à peu, les échanges ont fait émerger une conviction commune : la paix ne peut reposer sur un seul acteur. Elle se construit à travers une chaîne de confiance où chacun joue son rôle.
Le KMD écoute et accompagne.
La commune et le district soutiennent et mobilisent.
La région et la préfecture coordonnent.
La justice garantit le respect de la loi.
Les forces de sécurité assurent la protection des citoyens.
Le succès du Dina dépend avant tout de la coopération entre les communautés et les institutions.
Le maire de Mahabo a lui aussi réaffirmé cet engagement : « Tombontsoa iraisana ny fandriampahalemana. »La paix est un bénéfice partagé. Elle profite à tous et exige l'implication de chacun.