À Morondava, la région Menabe renoue avec le dialogue pour un Dina renforcé et partagé
13 août 2025
L’atelier de concertation de Morondava a réuni une diversité des parties prenantes, unies pour redynamiser le Dinan'i Menabe : autorités, société civile, leaders traditionnels, jeunes et femmes.
Sous l’impulsion du Projet LANDJA, la ville de Morondava a accueilli du 13 au 14 août 2025 une concertation régionale dédiée à la redynamisation du Dinan’i Menabe, symbole de justice communautaire et de cohésion sociale. Près de 60 participants - autorités administratives, judiciaires, sécuritaires, leaders traditionnels, représentants d’OSC, élus, associations de jeunes et de femmes – se sont mobilisés par une même volonté : faire du Dina un instrument vivant au service de la paix.
L’engagement des autorités régionales pour la paix, de gauche à droite, le Secrétaire Général de la Région, le Sénateur et Monsieur le Préfet de la Région de Menabe.
Qu’est-ce que le Dinan’i Menabe ?
Le Dinan’i Menabe est une convention sociale régionale adoptée par le Fokonolona (communautés) et rendue exécutoire après homologation par le Tribunal de première instance de Morondava en 2005. Une mise à jour a été réalisée en 2020, publiée en 2021 avec l’appui du PNUD et du ministère de l’Intérieur, afin de renforcer la cohésion sociale et la gestion des conflits dans la région de Menabe.
Sur le plan juridique, le Dina s’inscrit dans le cadre de la loi malgache n°2001-004 qui définit le Dina comme une convention collective écrite, adoptée à la majorité des membres du Fokonolona ou de leurs représentants, obligatoirement homologuée par la juridiction compétente pour être applicable. Cette loi précise la nature des règles que peut édicter un Dina, les modalités d’adoption et d’homologation, ainsi que le régime des sanctions.
L’actualisation de 2021 répond au besoin de réaffirmer des règles claires, légitimes et conformes aux droits humains, pour mieux prévenir les conflits et renforcer l’articulation avec la justice formelle (homologation, contrôle juridictionnel). Le PNUD précise que ces dispositions visent explicitement à gérer les risques de conflit et à consolider la paix dans Menabe.
Que couvre le Dinan’i Menabe?
Bien que le texte intégral n’est pas publié en ligne dans les sources ouvertes consultées, les documents officiels indiquent que son contenu s’aligne sur l’objet du Dina tel que prévu par la loi 2001-004 et vise des règles communautaires pratiques pour la vie collective à Menabe. Concrètement, le Dinan’i Menabe comprend des dispositions dans les domaines suivants :
- Paix, sécurité et ordre communautaire : règles de prévention et de réponse aux atteintes à la sécurité (ex. vols, violences), procédures locales de règlement des différends, et articulation avec la justice formelle. Le cadre légal national autorise le Dina à édicter des mesures que la population juge nécessaires pour « l’harmonisation de la vie sociale et économique ainsi que de la sécurité ».
- Cohésion sociale et prévention des conflits : mécanismes de dialogue, sensibilisation communautaire, et promotion de normes communes afin de réduire les tensions (familles, voisinage, foncier d’usage, etc.).
- Gestion des ressources et comportements collectifs : bien que variable selon les régions, le Dinapeut fixer des règles liées à la protection des biens communs et des ressources locales (pâturages, coupes, feux, etc.), s’appuyant sur la tradition et sur le droit coutumier reconnu, en cohérence avec les autres cadres nationaux (GELOSE/GCF) qui promeuvent la gestion locale.
La loi n°2001-004 et son décret d’application n°2014-1338 détaillent les organes d’exécution (Comité exécutif du Dina), les procédures (recevabilité, pièces, homologation, publicité par affichage/kabary) et les règles de fonctionnement (tenue des audiences communautaires, consignation, voies de saisine). Ces textes encadrent donc la pratique locale pour garantir la conformité juridique et éviter les dérives.
Un dialogue participatif et concret : la société civile a affirmé son rôle dans la vie citoyenne de la région.
Un nouveau souffle pour le Dina régional
L’application du Dina reste un défi majeur dans la région. Bien que son application ait permis la résolution de nombreux conflits communautaires, l’insécurité persiste sous diverses formes. Le besoin de redynamisation et d’harmonisation avec les structures formelles reste donc impératif. C’est dans cette dynamique que le PNUD a appuyé l’organisation de l’atelier de concertation du13 au 14 août 2025. L’engagement des autorités locales et la participation active de la société civile témoignent d’un renouveau dans la gouvernance communautaire. En valorisant les savoirs traditionnels tout en les articulant au cadre légal national, la région Menabe montre la voie d’une justice plus proche du citoyen, respectueuse des droits humains et des valeurs locales.
Les discussions ont donné lieu à un dialogue franc et participatif entre institutions et communautés. Les participants ont pu confronter leurs expériences, exposer les obstacles à l’application du Dina et identifier ensemble des solutions concrètes.
Les échanges ont notamment permis de mieux comprendre les divergences d’interprétation juridique entre le Dina et le droit positif, mais aussi les défis sociaux et matériels freinant sa mise en œuvre : résistance communautaire, manque de sensibilisation ou encore insuffisance de moyens logistiques.
Dans un esprit de co-construction, des pistes d’action ont été formulées : organisation de sessions de formation pour les exécutifs locaux du Dina,renouvellement des bureaux KMD, création de mécanismes de suivi conjoints entre autorités et communautés, et renforcement du cadre institutionnel d’appui au Dina.
Les forces de l’ordre : éléments indispensables pour la mise en place d’une paix durable dans la région Menabe, aux côtés des autorités traditionnelles et civiles.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Les échanges de la concertation régionale de Morondava ont débouché sur une série de recommandations fortes traduisant l’engagement collectif des acteurs du Menabe à redynamiser le Dinan’i Menabe et à en faire un véritable levier de paix durable. Les participants ont proposé de renouveler les Comités exécutifs du Dina (KMD) fonctionnels dans chaque district, assortis d’un cadre transitoire de gouvernance locale, tout en harmonisant le texte du Dina avec la loi nationale et les principes des droits humains. Ils ont également insisté sur la nécessité d’organiser des formations régulières à destination des autorités traditionnelles, des membres des Dina et des communautés pour renforcer leurs capacités en matière de législation et de cohésion sociale, accompagnées d’actions de sensibilisation à grande échelle via les radios locales et les associations de jeunes et de femmes.
L’ONG Code Menabe, en tant qu’organisation de la société civile pivot dans la région, jouera un rôle central dans la coordination de ces initiatives, en assurant le suivi communautaire, la vulgarisation du texte révisé et la capitalisation des bonnes pratiques. Les autorités régionales, soutenues par le PNUD et le projet LANDJA, prévoient par ailleurs d’institutionnaliser un cadre permanent de dialogue semestriel entre acteurs administratifs, judiciaires et communautaires, afin d’évaluer les avancées du Dina et d’en garantir la durabilité.