« Des contextes différents, des aspirations communes ».
Journée internationale de la jeunesse 2026
12 août 2026
Sylvain Merlen, Représentant résident adjoint du PNUD en Haïti.
ENTRETIEN AVEC SYLVAIN MERLEN
A L'OCCASION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA JEUNESSE.
Question 1 – Aujourd'hui, le monde célèbre la Journée internationale de la jeunesse. Quelle importance le PNUD accorde-t-il à cette célébration ?
Pour le PNUD, cette Journée internationale de la jeunesse est bien plus qu'une date. C'est l'occasion de partager un constat d’expérience : l'avenir d'un pays ne se construit pas malgré sa jeunesse, mais avec elle.
En Haïti, cette réflexion prend une résonance toute particulière. Plus de la moitié de la population a moins de 25 ans et près de 43 % des Haïtiens ont entre 15 et 39 ans. Cela représente plus de cinq millions de personnes. Beaucoup voient dans ce chiffre un défi. Au PNUD, nous y voyons avant tout une opportunité extraordinaire.
Nous refusons le discours fataliste qui réduit la jeunesse haïtienne aux crises qu'elle traverse : chômage, informalité, recrutement par les gangs. Les données racontent une autre histoire comme le montre précisément notre récent rapport La Métamorphose Silencieuse. Son message est simple : la jeunesse haïtienne n'attend pas le développement, elle le produit déjà.
Oui, les difficultés sont réelles. Le chômage touche près de quatre jeunes sur dix parmi les 15 à 24 ans. Plus de 80 % des jeunes actifs évoluent dans l'économie informelle. Les jeunes femmes continuent de faire face à des inégalités importantes d'accès à l'emploi. Et une génération entière, environ 2,2 millions de jeunes âgés de 18 à 27 ans, n'a encore jamais eu l'occasion de participer à une élection.
Mais s'arrêter à ces constats négatifs serait passer à côté de l'essentiel.
Les jeunes Haïtiens entreprennent. Les moins de 35 ans dirigent déjà 35% des entreprises du pays. Ils innovent, comme l'ont démontré les cinq adolescents haïtiens récompensés au First Global Challenge. Ils sont aussi de plus en plus connectés : avec près de 9,8 millions de connexions mobiles, le numérique ouvre des perspectives inédites en matière de formation, d'emploi, d'entrepreneuriat et d'engagement citoyen.
Partout dans le pays, des jeunes femmes et des jeunes hommes démontrent chaque jour leur capacité à créer, à innover et à proposer des solutions pour leurs communautés.
Autrement dit, le potentiel est déjà là. Notre responsabilité collective est de créer les conditions pour qu'il puisse pleinement s'exprimer : une meilleure formation, des emplois décents, un accès au financement, un environnement favorable à l'entrepreneuriat, mais aussi une place réelle dans les décisions publiques.
Cela signifie offrir à chaque jeune, sans distinction, les mêmes possibilités d'apprendre, de réussir et de contribuer au développement du pays.
Au PNUD, nous avons fait un choix de conviction : investir dans les jeunes, non pas parce qu'ils représentent l'avenir, mais parce qu'ils transforment déjà le présent. À travers les programmes du PNUD, nous les accompagnons pour développer leurs compétences, créer des opportunités économiques, renforcer leur participation citoyenne et soutenir leurs initiatives.
Cette Journée internationale est donc un appel à changer de regard. Derrière les statistiques, il y a une génération qui innove, qui crée, qui entreprend et qui refuse de renoncer. Il y a des millions de jeunes femmes et de jeunes hommes qui souhaitent pouvoir réaliser leurs aspirations et contribuer à l'avenir d'Haïti. Notre rôle est de leur donner les moyens d'aller plus loin. Car lorsque la jeunesse avance, c'est tout le pays qui se métamorphose.
Question 2 : Quel message souhaitez-vous faire passer en donnant une place importante aux jeunes et aux femmes dans Wi, Ayiti Kapab ?
Cette semaine, le 38ᵉ épisode de Wi, Ayiti Kapab, notre rendez-vous hebdomadaire de réflexions sur le développement d’Haïti est consacré à Abigaïl Alexandre. Son parcours illustre parfaitement le message que nous voulons porter.
Sur les 38 invités reçus depuis le lancement de l'émission, 37 % sont des femmes et parmi elles, la majorité sont de jeunes Haïtiennes.
C'est un choix assumé. Nous souhaitons que Wi, Ayiti Kapab reflète la diversité des talents haïtiens et donne à voir des parcours inspirants, portés aussi bien par des femmes que par des hommes.
Pour nous, l'égalité entre les femmes et les hommes, l’équilibre entre les jeunes et moins jeunes n'est pas une question d’arithmétique. C'est une question d'opportunités et de collaboration. Lorsqu'on donne de la visibilité à des femmes et à des jeunes qui innovent, entreprennent, créent ou excellent dans leur domaine, on contribue aussi à élargir le champ des possibles pour toute une génération.
Les jeunes ont besoin de modèles auxquels ils peuvent s'identifier. Rendre visibles les réussites de jeunes femmes contribue aussi à montrer que le leadership, l'innovation ou l'excellence ne sont pas liés au sexe.
L'exemple d'Abigaïl Alexandre est particulièrement parlant. À seulement 21 ans, cette jeune femme de Jacmel est devenue la meilleure oratrice du monde francophone face à plus de 2 400 candidats issus de 40 régions. Son histoire rappelle une chose essentielle : en Haïti, le talent est là. Ce qui manque souvent, ce sont les occasions de le détecter, de le mettre à l’œuvre et de le faire connaître.
C'est précisément l'ambition de Wi, Ayiti Kapab. Nous voulons raconter une autre facette d'Haïti : celle d'une jeunesse qui crée, innove et refuse de laisser les difficultés définir son avenir. Mettre les jeunes et les femmes en lumière, ce n'est pas simplement reconnaître leurs réussites. C'est affirmer qu'ils sont parmi les principaux moteurs de la transformation du pays et de leur offrir des plateformes pour pouvoir le faire.
Question 3 : Avez-vous un message pour la jeunesse haïtienne ?
À tous les jeunes d'Haïti, je voudrais dire une chose simple : ne laissez personne vous convaincre que votre génération est condamnée à subir le destin du pays. Les données racontent une autre histoire. Aujourd'hui, près de trois Haïtiens sur quatre ont moins de 40 ans. Cette jeunesse représente la plus grande richesse dont dispose Haïti. Au PNUD, nous faisons le choix de partir de cette réalité.
Notre responsabilité est précisément de créer les conditions pour que chacune et chacun puisse trouver sa place, développer son talent et contribuer à l'avenir du pays. Pour le PNUD, l’équilibre entre les générations, l'égalité entre les femmes et les hommes n'est pas un principe abstrait. C'est une condition du développement. Donner aux jeunes, et en particulier aux jeunes femmes, les mêmes opportunités de participer, d'innover et de décider, c'est investir dans une Haïti plus forte, plus juste et plus prospère.
À chaque fois qu'une jeune femme ou un jeune homme peut développer son potentiel, c'est l'ensemble du pays qui progresse.