Haïti mobilise la recherche et la formation pour accompagner l’élimination progressive des HCFC dans les domaines de la réfrigération et de la climatisation
Et si l'avenir de la protection de la couche d’ozone passait par la contribution scientifique des jeunes haïtiennes et haïtiens ?
17 septembre 2026
Les quatre jeunes bénéficiaires d’une bourse du ministère de l’Environnement, à travers son Bureau national de l’ozone (BNO), avec un financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), pour la préparation de leur mémoire de licence
Alan Casseus, Anne Medjina Gardère, Kiveline Étienne et Hudson Valcin, quatre étudiants et étudiantes en fin de premier cycle universitaire à l’Université d’État d’Haïti, réalisent actuellement leur mémoire de licence sur l’utilisation des hydrofluorocarbures (HCFC) dans les secteurs de la climatisation et de la réfrigération en Haïti. À travers leurs recherches, ils et elles contribuent à la production de connaissances nécessaires à la réduction progressive des substances appauvrissant la couche d’ozone, conformément aux engagements pris par Haïti dans le cadre du Protocole de Montréal, adopté par le pays en mars 2000.
Leurs travaux portent notamment sur les pratiques des techniciennes et techniciens du froid, les équipements disponibles sur le marché et la gestion des fluides frigorigènes. Les données recueillies visent à éclairer les décisions et les politiques publiques, tout en contribuant à l’amélioration des pratiques dans ces secteurs. Présentés lors de la cérémonie de clôture de la Quinzaine de l’ozone 2026, ces travaux mettent en évidence des enjeux et des pistes d’action pour accompagner la transition vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement.
Le PNUD a fait le choix de parier sur le capital le plus précieux dont dispose Haïti : sa jeunesse.Sylvain Merlen
Les deux jeunes femmes et les deux jeunes hommes bénéficient d’une bourse du ministère de l’Environnement, à travers son Bureau national de l’ozone (BNO), avec un financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), pour la préparation de leur mémoire de licence.
Par cet appui, le PNUD entend faire émerger des réponses ancrées dans les réalités du terrain, tout en donnant à ces jeunes haïtiennes et haïtiens les moyens de contribuer, eux-mêmes, à la transformation du secteur.
« Le PNUD a fait le choix de parier sur le capital le plus précieux dont dispose Haïti : sa jeunesse. Les jeunes haïtiens et haïtiennes sont beaucoup mieux formés qu'on ne le pense et ont déjà des solutions en tête. Nous avons donc choisi d'investir dans leurs recherches et de leur donner les moyens de contribuer aux réponses dont le pays a besoin », a souligné Sylvain Merlen, Représentant résident adjoint du PNUD en Haïti.
Cet investissement dans la recherche rejoint la mission même de l'Université, appelée à produire et à transmettre les savoirs nécessaires à l'action.
« La protection de l'environnement est une responsabilité collective, citoyenne, mais elle commence par la connaissance, la conscience et l'action. En tant qu'Université, nous avons précisément cette responsabilité : comprendre, transmettre, sensibiliser et agir », a rappelé le doyen de la Faculté de l'environnement du Campus Henry Christophe de Limonade.
La Quinzaine de l'ozone n'a toutefois pas seulement mis en lumière les travaux de ces quatre boursiers. Elle a aussi permis de mesurer les efforts engagés pour renforcer les compétences dans le secteur et les capacités des institutions chargées de la gestion des substances réglementées. Pour Nynom A. Angrand, directrice du Bureau national de l'Ozone, cette journée de clôture était l'occasion de dresser le bilan de deux semaines d'activités de formation aux bénéfices des agents douaniers et frigoristes provenant des différentes communes des départements du Nord et du Nord ’Est. Elle s'est réjouie de cette édition :
« Nous célébrons les dix ans de l'Amendement de Kigali au Protocole de Montréal. Mais dans le Grand Nord, cette journée marque surtout le grand bilan d'une Quinzaine de l'ozone particulièrement réussie, riches en renseignements, dense en formations opérationnelles, qui s'achève aujourd'hui. »
Former les techniciennes et techniciens, renforcer le contrôle frontalier
Présentant le bilan des activités réalisées dans le Grand Nord, Daniel Lamour, point focal du projet au PNUD, a indiqué que 80 techniciennes et techniciens frigoristes avaient été formés contre un objectif initial de 60. Les sessions ont porté sur les bonnes pratiques de manipulation des fluides frigorigènes, l'identification des substances réglementées et l'adoption de méthodes de travail plus respectueuses de l'environnement.
Le renforcement des capacités s'est également étendu aux personnels chargés du contrôle aux frontières : les agents douaniers. Quarante agentes et agents douaniers, dont 20 au Cap-Haïtien et 20 à Ouanaminthe, ont été formés à la détection et au contrôle des substances réglementées, ainsi qu'à la vérification des équipements susceptibles d'en contenir. Ce renforcement doit contribuer à une meilleure application des quotas d'importation, à la prévention du commerce illicite et au respect des engagements internationaux pris par Haïti.
Les activités organisées au Cap-Haïtien, à Ouanaminthe et à Limonade ont ainsi agi sur trois leviers complémentaires : les pratiques dans le secteur du froid, le contrôle des substances aux frontières et la production de connaissances scientifiques, une complémentarité au cœur des efforts engagés pour inscrire ces avancées dans la durée.
« La protection de la couche d'ozone demeure une responsabilité permanente, qui exige l'application rigoureuse des dispositions réglementaires, le contrôle efficace des importations, des exportations et même des réexportations, la traçabilité des substances et des équipements concernés, la formation continue des agents et des professionnels du secteur, ainsi qu'une coopération constante entre les institutions nationales et les partenaires internationaux », a rappelé le représentant du ministre de l'Environnement, Ostiné Louverture, Responsable des directions départementales au ministère de l’Environnement.
Les efforts se poursuivent d'ailleurs au-delà de la Quinzaine de l'ozone. Dans le département de l'Ouest, notamment dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, soixante jeunes en situation de déplacement dans des camps d’hébergement suivent actuellement une formation certifiante en réfrigération et en climatisation, dans le cadre du Programme de formation et de certification inclusive (PFCI).
De la recherche universitaire à la formation professionnelle, en passant par le contrôle aux frontières, les actions engagées cherchent ainsi à renforcer, maillon après maillon, l'écosystème du sous-secteur de la chaine de froid en Haïti.
La clôture de la Quinzaine de l'Ozone ne marque donc pas la fin du travail engagé. Les compétences acquises, les recherches en cours et les données attendues devront désormais contribuer à un meilleur encadrement du secteur de la réfrigération et de la climatisation en Haïti une manière de faire de la connaissance, de la formation et du contrôle des leviers durables de la transition du secteur.