Politique étrangère : la Guinée se dote d’une boussole pour une diplomatie de résultats

Conakry, le 9 septembre 2026 - Pour la première fois de son histoire, la République de Guinée dispose d’un cadre stratégique unifié qui fixe les principes, les priorités et les instruments de son action extérieure. Élaboré par le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger avec l’appui du PNUD, le Document de politique étrangère a été officiellement lancé à Conakry.

15 septembre 2026
Three men in suits and one in traditional white attire hold awards in a bright room with a flag.

Actuel et anciens premiers ministres : De gauche à droite : MM. Kabinet Komara, Amadou Oury Bah, Ahmed Tidiane Souaré et Mamadou Saliou Fofana

UNDP, Ousmane Bangoura

Recompositions géopolitiques, compétition économique accrue, dérèglements climatiques, crises sécuritaires et remise en cause du multilatéralisme redessinent les rapports entre États. Pour un pays riche en ressources naturelles et engagé dans une profonde transformation économique, l’enjeu est décisif : chaque négociation, chaque accord et chaque partenariat doivent produire des retombées concrètes en investissements, en emplois et en compétences pour les populations.

« Le monde traverse une période de recomposition. Les rapports de puissance se durcissent », a rappelé le Premier ministre, Chef du Gouvernement, M. Amadou Oury Bah, en procédant au lancement officiel. « Une nation qui se refonde doit parler au monde avec clarté. »

Un héritage de liberté, une doctrine renouvelée

Depuis l’indépendance de 1958, la diplomatie guinéenne s’est construite sur le panafricanisme, le non-alignement et le soutien aux luttes de libération, sans disposer d’un texte consolidant ses principes. Fruit d’un processus inclusif associant les services du ministère, des départements sectoriels, d’anciens ministres et ambassadeurs, des experts et des universitaires, le document comble ce vide. Il réaffirme les principes cardinaux de l’action extérieure, dont la non-ingérence, la primauté de l’intérêt national et le partenariat d’égal à égal, retrace l’évolution de la diplomatie guinéenne de 1958 à 2021 et définit la vision portée depuis le 5 septembre 2021.

Cette vision s’inscrit dans la doctrine de « neutralité stratégique » évoquée par le Chef du Gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, en a précisé l’esprit : la Guinée « doit rester ouverte à tous, alignée sur personne, et guidée en toute circonstance par sa souveraineté, ses priorités nationales et l’intérêt supérieur du peuple guinéen ».

Amadou Oury Bah PM

M. Amadou Oury Bah, Premier ministre, discours de lancement

UNDP, Ousmane Bangoura

Onze axes au service de la transformation

Le document décline onze axes stratégiques complémentaires : souveraineté et intégrité territoriale, bon voisinage et intégration africaine, présence dans les organisations internationales, diplomatie économique, protection des Guinéens établis à l’étranger, paix et sécurité, diplomatie climatique et environnementale, communication diplomatique, professionnalisation, droits de l’homme et diplomatie culturelle.

La diplomatie économique en constitue l’un des leviers majeurs. « Désormais, une ambassade ne doit pas seulement représenter la Guinée ; elle doit aussi promouvoir ses potentialités, attirer des investissements responsables, ouvrir des débouchés à nos entreprises, soutenir la transformation locale de nos ressources », a souligné le ministre, avant d’ajouter : « Chaque visite officielle doit ouvrir une perspective. Chaque accord doit répondre à un besoin identifié. » Le Premier ministre a fixé un critère clair : « Chaque partenariat doit être évalué à l’aune de sa contribution réelle au développement de la Guinée. »

L’ancrage africain demeure central. Voisine de six pays, la Guinée entend porter un panafricanisme fondé sur le bon voisinage, la sécurité partagée, les corridors économiques et la gestion concertée des frontières, et prévoit la mise en place d’un centre national d’analyse des conflits et de médiation. « L’Afrique est notre famille, le monde est notre horizon », a résumé le Chef du Gouvernement. Les Guinéens établis à l’étranger bénéficieront quant à eux d’une protection consulaire renforcée, d’une meilleure valorisation de leurs compétences et d’un accompagnement à la réinsertion des migrants de retour.

Male official in a blue suit speaks at a podium with multiple microphones; backdrop screen.

M. Anthony Ohemeng-Boamah, Représentant Résident PNUD Guinée, Mot du partenaire

UNDP, Ousmane Bangoura

Un partenariat pour traduire la vision en résultats

Le PNUD a accompagné l’élaboration du document à travers le Projet d’appui au renforcement de la démocratie, de l’État de droit et de l’inclusion citoyenne (PRODEIC), notamment lors de l’atelier de relecture organisé avec les partenaires techniques et financiers. Cet appui s’inscrit dans un effort plus large de renforcement des capacités : plus de 500 cadres ont été formés en diplomatie, dont 45 % de femmes, et 146 cadres de ministères sectoriels en diplomatie et en intelligence économique.

« La diplomatie ne peut plus être exclusivement politique. Elle doit également être économique, stratégique et résolument orientée vers les résultats », 

a relevé le Représentant résident du PNUD en Guinée, M. Anthony Ohemeng-Boamah, qui a réaffirmé la disponibilité du PNUD à accompagner la mise en œuvre de cette politique « afin que les orientations qu’elle porte se traduisent en partenariats solides, en opportunités concrètes et en résultats durables au bénéfice du peuple guinéen ».

Photograph of man in blue suit and red tie speaking at a podium with microphones; flag behind.

M. Mory Sanda Kouyaté, Ministre des Affaires Étrangères, de l'Intégration Africaine et des Guinéens Établis à l'Étranger

UNDP, Ousmane Bangoura

Le commencement d’une exigence

La mise en œuvre reste un défi. Le diagnostic des missions diplomatiques et consulaires a mis en évidence d’importants besoins en infrastructures et en personnel, auxquels l’État répond par des acquisitions immobilières ainsi que par le rajeunissement, la féminisation et la qualification du personnel diplomatique. Le Premier ministre a demandé au ministère des Affaires étrangères un plan d’action opérationnel assorti de priorités, d’indicateurs et d’un mécanisme régulier de suivi. « Le lancement de cette Politique étrangère n’est pas l’aboutissement d’un travail ; il est le commencement d’une exigence», a insisté Dr Kouyaté.

En articulant souveraineté, influence et transformation économique, ce cadre de référence s’inscrit dans la vision Simandou 2040 et contribue aux Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 16 sur les institutions efficaces et l’ODD 17 sur les partenariats. « La dignité de 1958 doit s’accomplir dans la prospérité de 2040 », a conclu le Premier ministre.