Le PNUD appelle à un investissement anticipatoire urgent alors qu'El Niño vient aggraver une crise déjà tirée par les conflits en Afrique de l'Ouest et du Centre

La divergence des prévisions saisonnières régionales, une base d'insécurité alimentaire tirée par les conflits touchant plus de 50 millions de personnes, et une forte réduction du financement humanitaire font de l'action anticipatoire et sensible aux conflits la priorité pour la saison 2026/2027

14 septembre 2026
Infographic: global weather map of Africa and the Indian Ocean with heat zones and wind arrows.
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Dakar, Sénégal — 14 Septembre 2026 : Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) appelle les gouvernements, les bailleurs de fonds et les partenaires humanitaires et de développement d'Afrique de l'Ouest et du Centre à investir dès maintenant dans l'action anticipatoire, avertissant que l'épisode El Niño 2026/2027 s’élargie des zones à risque de cumuls pluviométriques déficitaires. Ceci survient sur fond de l'une des crises humanitaires les plus graves au monde, tirée par les conflits, et non sur une base stable capable d'absorber sans difficulté un choc climatique.

Selon le Hub sous-régional du PNUD pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, basé à Dakar, El Niño est entrain de son effet : la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis situe entre 98 et 100 % la probabilité que l'épisode se maintienne jusqu'au début de 2027, et l'ensemble multi-modèles de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) projette un épisode fort d'environ 2,0 °C d'ici septembre 2026. Mais contrairement à l'Afrique de l'Est ou australe, où le signal pluviométrique est relativement clair, l'Afrique de l'Ouest et du Centre demeure une région de réel désaccord prévisionnel. L'OMM et le service Copernicus sur le changement climatique indiquent des précipitations inférieures à la normale de juin à septembre sur le Sahel, tandis que l'ensemble de modèles nord-américain NMME pointe dans la direction opposée, vers un Sahel centre-oriental plus humide que la moyenne et un golfe de Guinée plus sec.

Le Centre climatique régional pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (AGRHYMET CCR-AOS), à travers ses nouvelles perspectives régionales PRESASS 2026, met ses prévisions en indiquant un élargissement significatif des zones ayant une probabilité élevée de cumuls de pluie déficitaires pour la période août-septembre-octobre. Cette tendance est particulièrement marquée au Sahel Occidental (e.g. Tchad). Intervenant après plusieurs années marquées par des inondations de grande ampleur, ces risques de sécheresse appellent à une vigilance accrue. 

Selon nos analystes, il ne s'agit pas d'abord d'un signal humanitaire — c'est une alerte de développement qui se superpose à une région déjà en crise. On estimait déjà à 41,8 millions le nombre de personnes en situation de crise ou pire (phase 3+ du Cadre Harmonisé) en Afrique de l'Ouest et au Sahel entre octobre et décembre 2025, un chiffre qui devrait atteindre 52,8 millions pendant la période de soudure de juin–août 2026, indépendamment de l'issue pluviométrique de cette année.

 

Les conflits, et non le climat, demeurent le premier moteur des besoins

L'analyse du PNUD identifie les conflits au Sahel central, dans le bassin du lac Tchad et dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) comme les principaux moteurs de certaines des plus importantes charges de déplacement et d'insécurité alimentaire au monde. Le stress climatique agit comme un multiplicateur de menace sur des conflits déjà en cours — en intensifiant la compétition pour l'eau, les pâturages et les terres agricoles, en perturbant les routes de transhumance pastorale et en compliquant l'accès humanitaire — plutôt que comme un aléa autonome.

Cette dynamique est particulièrement aiguë dans le bassin du lac Tchad, la zone des trois frontières du Liptako-Gourma, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, ainsi que dans l'est de la RDC, où une guerre qui s'intensifie, menée par la coalition M23/Alliance Fleuve Congo, se poursuit malgré un cadre de cessez-le-feu négocié à Doha.

 

Un système déjà contraint en financement face à un nouveau choc

Aggravant le risque, le financement humanitaire destiné au Sahel et au bassin du lac Tchad a été fortement réduit. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a déjà été contraint de suspendre ou de réduire l'assistance à des millions de personnes dans la région, faute de ressources. Le PNUD avertit qu'un choc climatique survenant sur cette base déjà contrainte en financement ne sera pas absorbé comme il le serait dans un système mieux doté, ce qui renforce l'argumentaire en faveur d'un investissement anticipatoire précoce et moins coûteux. Chaque dollar investi dans la réduction des risques de catastrophe permet d'économiser environ 4 à 7 dollars en coûts de réponse et de relèvement ultérieurs.

 

Un profil de risque distinct pour les économies côtières

L'Afrique de l'Ouest et du Centre côtière présente une exposition différente de celle du Sahel. La Côte d'Ivoire et le Ghana, qui représentent ensemble environ les deux tiers de l'offre mondiale de cacao, ont déjà subi des pertes de rendement de 21 à 25 % dues aux inondations et aux maladies des cultures pendant des saisons El Niño plus humides que la normale — le problème inverse de la sécheresse — avec des conséquences directes sur les revenus ruraux et sur des cours mondiaux des matières premières déjà proches de records.

 

L'appel à l'action du PNUD

Le PNUD appelle les bureaux pays, les gouvernements et les bailleurs à :

  • Mobiliser le processus PRESASS d'AGRHYMET CCR-AOS pour trancher l'incertitude prévisionnelle au niveau national ;[OA1] 
  • Intégrer la sensibilité aux conflits comme grille de conception première pour la programmation de préparation dans le bassin du lac Tchad, le Liptako-Gourma, l'est de la RDC et les régions du Nord-Ouest/Sud-Ouest du Cameroun ;
  • Cartographier les contraintes d'accès humanitaire et identifier des partenaires communautaires capables d'opérer dans les zones à risque sécuritaire ;
  • Engager un financement anticipatoire avec les bailleurs, fondé sur des déclencheurs combinant indicateurs climatiques et indicateurs de conflit/d'accès ; et
  • Soutenir un suivi à double direction pour la ceinture cacaoyère, afin de se couvrir à la fois contre les maladies liées aux inondations et contre le stress de sécheresse.

     

À propos de cette note

Ce communiqué s'appuie sur la note du PNUD intitulée El Niño 2026/2027 — Préparation et action anticipatoire : sécheresse, inondations et conflits — Aperçu régional Afrique de l'Ouest et du Centre, préparée par l'Unité DRT Afrique du Hub Résilience du PNUD pour l'Afrique, avec l'appui du Hub sous-régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre basé à Dakar, au Sénégal. La note s'appuie sur le renseignement prévisionnel de la NOAA, de l'OMM, de Copernicus C3S, d'AGRHYMET CCR-AOS, du NMME, de FEWS NET et du UK Met Office, ainsi que sur les données du Cadre Harmonisé, d'ACLED et d'OCHA/PAM, à jour en juin–juillet 2026.

 

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Dan Vieira Da Costa | Spécialiste en communication | PNUD WACA & Sénégal | dan-vieira.da.costa@undp.org | Tel: +221 78 111 34 07