Plus de 80 % des ressources consacrées à la biodiversité en Guinée proviennent de l’extérieur. Pour réduire cette dépendance, le Comité de pilotage du projet BIOFIN Guinée 26 août 2026 à la Maison commune du système des Nations Unies en Guinée a adopté, sous réserve d’amendements, l’Analyse des politiques et institutions et examiné un premier portefeuille de sept solutions de financement.
Financement de la biodiversité : la Guinée pose les bases d’un modèle moins dépendant des ressources extérieures
15 septembre 2026
Membres du comité de pilotage
Un capital naturel sous pression
Forêts, mangroves, têtes de source des grands fleuves ouest-africains : la biodiversité guinéenne soutient l’agriculture, la pêche et l’accès à l’eau, sur lesquels reposent de nombreux moyens d’existence. Selon les travaux présentés au Comité, le couvert forestier a pourtant reculé d’environ 10 % en deux décennies, sous l’effet notamment des activités extractives. Dans le même temps, la conservation reste largement tributaire de financements extérieurs, dans un contexte d’aide internationale de plus en plus contraint.
Lancé le 29 juillet 2025, le projet BIOFIN Guinée accompagne le pays dans l’élaboration de son Plan national de financement de la biodiversité (PNFB), en appui à la Cible 19 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Ouvrant les travaux au nom du ministre, le Dr Karim Samoura, Secrétaire général du ministère de l’Environnement et du Développement durable (MEDD) et Président du Comité de pilotage, a rappelé que « la biodiversité constitue un patrimoine naturel exceptionnel et un pilier essentiel de notre développement économique, social et environnemental ».
Un diagnostic national partagé
La session du comité de pilotage a réuni 29 participants, dont six femmes : ministères en charge de l’Environnement, des Finances, des Mines, de l’Énergie, de l’Agriculture et de la Pêche, Office guinéen des parcs nationaux et réserves de faune (OGPNRF), secteur privé (CGE-GUI, Chambre des mines), société civile (UICN, Guinée Écologie, Ligue guinéenne pour la nature) et partenaires techniques et financiers, dont l’Union européenne.
Conduite auprès de 32 institutions nationales, l’Analyse des politiques et institutions (API) examine les politiques, cadres juridiques et incitations qui influencent la biodiversité, en mobilisant des outils d’analyse reconnus (DPSIR, PESTEL, SWOT, MACTOR). Elle souligne la nécessité d’améliorer l’accès aux données financières publiques, de renforcer la coordination institutionnelle et d’intégrer la biodiversité dans la planification et la budgétisation nationales. « La version provisoire de l’Analyse des Politiques et Institutions, soumise aujourd’hui à votre appréciation, constitue une étape majeure de ce processus », a souligné le Dr Samoura. Le Comité l’a adoptée sous réserve de l’intégration de ses amendements dans un délai de quinze jours.
Des solutions au service des communautés
Membres du comité de pilotage
Le portefeuille issu de l’API s’articule autour de quatre axes : gouvernance financière, valorisation durable du capital naturel, investissement privé et conservation communautaire. Il comprend le marquage budgétaire de la biodiversité, l’alignement des politiques sectorielles sur la vision Simandou 2040, le carbone bleu et la restauration des mangroves, des concessions agroforestières, un fonds de capital-investissement, un guichet de microfinance verte et des paiements pour services écosystémiques (PSE).
Pour les populations riveraines des aires protégées, l’enjeu est concret, et l’OGPNRF a insisté sur la nécessité d’ancrer ces mécanismes dans les réalités du terrain. Le Comité a salué la valorisation des contributions communautaires en nature, comme les patrouilles villageoises ou la gestion coutumière des forêts sacrées, et recommande d’adosser les PSE à des activités génératrices de revenus. Chaque solution devra intégrer une stratégie genre, avec des critères d’accès préférentiels pour les femmes exploitant les produits forestiers non ligneux et pratiquant la riziculture de mangrove.
Le Comité demande également d’étudier l’extension de la solution carbone aux terres dégradées par les mines et les feux de brousse, ainsi que la fusion du fonds d’investissement et du guichet de microfinance en un mécanisme de financement mixte. Il recommande d’encadrer les budgets de responsabilité sociétale des compagnies minières par des compensations écologiques mesurables et d’analyser l’évolution du Fonds pour l’environnement et le capital naturel (FECAN) vers une agence autonome accréditable auprès du Fonds vert pour le climat.
Un partenariat mobilisé, des défis assumés
Ces orientations prolongent les réformes engagées par l’État, dont le Code des aires protégées et l’extension du Réseau guinéen des aires protégées de 16 % à 30 % du territoire d’ici 2030. Dans son allocution, le Représentant résident adjoint du PNUD, M. Alassane Ba, a rappelé que l’appui de 314 000 dollars américains du Fonds pour l’environnement mondial doit servir de levier pour structurer le marquage budgétaire et mobiliser des financements privés, et réaffirmé l’accompagnement du PNUD aux côtés du Gouvernement.
Des défis demeurent : retard sur l’Analyse des dépenses de biodiversité, qui nécessite un nouveau recrutement, faible mobilisation du secteur bancaire et mise en place inachevée des organes de gouvernance. Le Comité a adopté à l’unanimité une feuille de route pour les résorber. Les prochaines étapes porteront sur l’Analyse des dépenses, l’Évaluation des besoins de financement et l’élaboration du PNFB. Ces travaux permettront de mesurer le déficit de financement et de retenir les solutions les plus réalistes pour le combler.
Faire du capital naturel un levier de développement
En construisant un modèle de financement plus diversifié et inclusif, la Guinée et ses partenaires ouvrent des perspectives d’investissement pour le secteur privé, les institutions financières et les partenaires au développement. La démarche s’inscrit dans la vision Simandou 2040 et contribue aux ODD 13, 14, 15 et 17.