Atelier interinstitutionnel pour le renforcement de la coordination de la prise en charge multidisciplinaire des femmes et des filles survivantes de violences
24 février 2026
Résolution finale
Port-au-Prince, 19 – 21 février 2026
Considérant
Que les violences faites aux femmes et aux filles constituent une violation grave des droits humains, un obstacle au développement et un enjeu majeur de santé publique en Haïti ;
Considérant les engagements nationaux et internationaux de l’État haïtien en matière de prévention, de protection et de prise en charge des violences basées sur le genre (VBG) ;
Considérant l’existence de dispositifs institutionnels, de protocoles, d’outils techniques, d’initiatives de coordination mis en œuvre par le MCFDF, d'autres institutions publiques, la société civile et les partenaires techniques et financiers ;
Considérant toutefois que ces mécanismes, bien qu’existants, demeurent insuffisamment harmonisés, coordonnés et suivis, ce qui entraîne des ruptures dans le parcours de prise en charge des survivantes ;
Considérant le contexte humanitaire et sécuritaire actuel, qui aggrave les risques de VBG et appelle à une réponse nationale structurée, multisectorielle, durable et inclusive ;
Considérant qu’il est nécessaire de reconnaître les violences faites aux femmes et aux filles comme un phénomène structurel et systémique et non comme des faits isolés ;
Considérant qu’il a lieu d’évaluer et d’actualiser le plan national de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (2017-2027) ;
Considérant les travaux réalisés durant les trois journées de l’atelier, incluant les présentations institutionnelles, les panels sectoriels, les travaux en sous-groupes sur la prise en charge pluridisciplinaire et l’atelier consacré aux mécanismes de suivi et de redevabilité interinstitutionnelle ;
Les participant.es réuni.es à Port-au-Prince du 19 au 21 février 2026 :
Reconnaissent :
- L’existence de mécanismes structurants de réponse aux VBG :
- dispositifs institutionnels multisectoriels ;
- unités spécialisées (santé, police, justice, social) ;
- protocoles médicaux, psychosociaux et judiciaires ;
- outils de gestion des cas, bases de données sectorielles ;
- structures d’accueil (espaces sûrs, maisons des femmes) ;
- tables sectorielles VBG existantes dans plusieurs départements ;
coordination humanitaire (cluster protection, sous-cluster VBG, DMU santé sexuelle et reproductive).
Relèvent les limites suivantes :
- Coordination fragmentée et rôles institutionnels parfois flous ;
- Application inégale et partielle des protocoles ;
- Ruptures dans le parcours des survivantes ;
- Outils et indicateurs non harmonisés ;
- Systèmes de données cloisonnés et non unifiés ;
- Absence de mécanisme structuré et formel de suivi interinstitutionnel ;
- Financement insuffisant et non durable, limitant la pérennité des services.
S’engagent à :
1. Renforcer le leadership du MCFDF
Dans la coordination nationale, la gouvernance interinstitutionnelle et la localisation de la réponse à tous les niveaux.
2. Mettre en place une Table Sectorielle VBG nationale : structure permanente de concertation, coordination, suivi et redevabilité interinstitutionnelle.
3. Établir un Mécanisme National de Suivi et de Redevabilité, incluant :
- Feuille de route interinstitutionnelle ;
- Indicateurs communs de suivi ;
- Rapports périodiques consolidés ;
- Désignation de points focaux dans chaque secteur.
4. Harmoniser les protocoles et outils existants, y compris :
- Protocole de prise en charge médico-légale ;
- Procédures judiciaires et sécuritaires ;
- Outils d’accompagnement psychosocial ;
- Circuits de référence et contre-référence.
5. Garantir une prise en charge holistique et intégrée, centrée sur les survivantes, incluant :
- Santé, justice, sécurité, protection sociale, appui psychosocial, réinsertion économique.
6. Renforcer les systèmes d’information sur la VBG
- Collecte coordonnée, indicateurs harmonisés, interopérabilité des bases de données, analyse régulière.
7. Évaluer et actualiser le Plan national de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, dont l’échéance approche.
8. Mobiliser des ressources financières durables, notamment à travers un meilleur alignement avec les priorités nationales, le financement des services essentiels, des espaces sûrs et des organisations communautaires.
Engagement formel du Gouvernement
L’État haïtien s’engage à prendre toutes les mesures structurelles et ponctuelles nécessaires pour prévenir, réduire et éradiquer les violences faites aux femmes et aux filles, tout en assurant une prise en charge complète, équitable et de qualité des survivantes, en contexte normal comme humanitaire. Cet engagement inclut l’adoption de réformes légales, l’investissement dans les services publics et la mise en œuvre d’une politique nationale de tolérance zéro envers les violences faites aux femmes et aux filles.
Engagements sectoriels spécifiques
Santé – sous le leadership du MSPP
- Mise à disposition gratuite des certificats médicaux légaux ;
- Accessibilité aux soins d’urgence, aux kits post-violence (contraception, soins de plaies) ;
- Formation continue du personnel de santé ;
- Communication communautaire ciblée sur les services disponibles.
Justice et sécurité – sous le leadership du MJSP et du ministère de l’Intérieur
- Protection immédiate des survivantes ;
- Suivi judiciaire rapide et diligent des cas de violence ;
- Coordination judiciaire et médico-légale ;
- Activation du pole judiciaire spécialisé sur les crimes sexuels ;
- Création d’un mécanisme d’alerte au sein de la PNH pour l’accompagnement immédiat des survivantes utilisant la ligne 8919 et le site web du MCFDF ;
- Mise en place par la DCPJ des mesures pour rendre effective contre le cyber harcèlement ;
- Formation des policiers, juges et parquet.
Psychosocial et communautaire – sous le leadership du MAST / IBESR
- Renforcement de la santé mentale et de l’accompagnement psychologique ;
- Réinsertion sociale et économique des survivantes ;
- Mise à disposition d’espaces sûrs pour femmes et enfants ;
- Travail de proximité avec les relais communautaires.
Coordination, suivi et données – sous le leadership du MCFDF
- Animation régulière de la table sectorielle ;
- Désignation de points focaux par secteur ;
- Cartographie des services mise à jour ;
- Suivi régulier des engagements institutionnels.
Partenaires techniques et financiers
- Appui technique et financier à la coordination nationale ;
- Alignement des ressources avec les priorités nationales ;
- Soutien aux organisations locales, en particulier les organisations de femmes.
Mandat
Le Ministère de la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF), avec le soutien de l’UNFPA, ONU-Femmes, PNUD, OPS/OMS et autres agences, est mandaté pour :
- Élaborer la feuille de route issue de l’atelier ;
- Assurer le suivi des engagements pris ;
- Organiser et animer la table sectorielle nationale VBG ;
- Produire un rapport de mise en œuvre périodique.
Adoptée à l’unanimité
Fait à Port-au-Prince, le 21 février 2026