En Haïti, les esprits s’accordent sur la necessité d’un Plan national de réduction de violence communautaire

28 février 2023

Mme Sylvie Rameau, Mairesse adjointe ai des Cayes

© PNUD Haïti | Ruvens Ely Boyer

Lancés à Port-au-Prince les 10 et 11 février, des forums sur la Stratégie nationale de désarmement, démantèlement, réinsertion et réduction de la violence communautaire (SNDDR-RVC) se sont tenus jusqu’au 27 février dans les dix départements du pays. Une forte implication des délégués, représentants des collectivités et la société civile a été observée durant les ateliers d’échanges qui se sont déroulés dans la sérénité, mais non sans émotions de la part des plus de 1000 citoyennes et citoyens y ayant pris part et qui requièrent qu’un suivi réel en découle des résultats.
 
Tenus à l’initiative de la Task force SNDDR-RVC composée de divers ministères et institutions sectoriels, avec l’appui technique et logistique du Système des Nations Unies en Haïti et la généreuse contribution financière du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (PBF), ces forums se voulaient des espaces privilégiés d’échanges inclusifs aux niveaux national et départemental en vue de l’élaboration d’un Plan national de désarmement, démantèlement, réinsertion et réduction de la violence communautaire.
 
« Ces forums se déroulent à la fois dans le grand-Sud et le grand-Nord du pays. Quant à son déroulement dans la ville des Cayes du 12 au 15 février, je suis heureux de constater que toutes les forces vives de la ville sont représentées et qu’elles expriment un très grand intérêt dans cet exercice démocratique combien important pour le Gouvernement et pour le pays tout entier » a indiqué Me Ketnor Estinvil, Délégué départemental du Sud, en marge du déroulement du forum.

Une forte implication des délégués, représentants des collectivités et la société civile a été observée durant les ateliers d’échanges qui se sont déroulés dans la sérénité

© PNUD Haïti | Ruvens Ely Boyer

Il va de soi que la solution au problème de l’insécurité et de la violence soit une priorité et une urgence à l’heure actuelle en Haïti. Le pays est morcelé avec l’expansion des gangs armés menant entre eux durant ces 5 dernières années une lutte sans merci motivée par le contrôle de nouveaux territoires et l’acquisition de plus d’hégémonie. La population, quant à elle, est prise au piège en étant l’objet de divers actes criminels dont notamment le kidnapping, les homocides et le viol. Une situation complexe et difficile remettant en question les engagements du pays par rapport à l’Agenda 2030 et assombrit les perspectives de plusieurs millions de personnes dont les plus vulnérables.
 
Aussi, Altada Edmond, Conseillère juridique de l’Association des Femmes handicapées du Sud (AFHS), une organisation communautaire qui compte une centaine de membres applaudit-elle l’initiative : « Pour moi, il s’agit d’une opportunité en or pour porter sur la table des discussions la situation des personnes à besoins spéciaux sachant que cela va être utile aux experts dans l’élaboration dudit Plan. Si en situation normale ces personnes sont les plus à risques, il ne fait pas de doute l’enfer dans lequel elles se trouvent aujourd’hui à cause de la situation sécuritaire alarmante du pays ». On ne dispose pas actuellement de statistiques officielles sur l’impact de l’insécurité sur les personnes à besoins spéciaux. Cependant l’assassinat de 3 femmes sourdes-muettes en 2016 avait révolté la conscience populaire.

Par ailleurs, l’équipe organisatrice du forum dans le Sud a eu l’occasion de rencontrer M. Pierre Léger, entrepreneur à succès dans le domaine de la production et la transformation du vétiver à travers le pays et la région. Selon M. Léger, ces forums arrivent à point nommé. Car, ils permettent aux citoyens de participer directement dans la recherche et la formulation de solutions aux problèmes. Mais, à l’état actuel du pays avec des gangs super puissants, le plus grand défi est celui d’offrir à ces derniers des alternatives et trouver des fonds pour mettre en œuvre de véritables programmes de réinsertion, a ajouté l’entrepreneur au regard de ses expériences passées dans la résolution de conflits dans d’autres pays fragiles comme Haïti.

Degaul Pierrot Augustin, Délégué départemental du Nord, a de son côté, profité de l’occasion pour lancer un cri d’alarme contre la violence en ces termes : « Les violences communautaires constituent un sérieux problème et devient inquiétant au fur et à mesure ; et commence à avoir des conséquences majeures sur l'avenir de nos progénitures ».

« Ce fléau qui ronge la société haïtienne depuis plusieurs années pourra attaquer notre existence comme peuple si rien n'est fait de façon célère » prévient le représentant de l'Exécutif, au nom du Gouvernement et celui du Haut Conseil de Transition.

Depuis ces dix dernières années, le pays fait face à une situation de violence et d’insécurité chronique qui met en péril les efforts de paix entrepris par l’État haïtien et qui hypothèque du même coup l’avenir de toute la population, en particulier les jeunes et les femmes. De surcroît, les gangs armés sont en nette augmentation dans le pays, soient 30 gangs armés entre 2004-2007 contre 162 en 2019.  D’où, on dénombrait 94 de ces gangs soit 58 % évoluant au niveau de Port-au-Prince (Ouest) avec environ 2000 soldats actifs sur l’ensemble du territoire. L’UNICEF a également exprimé ses préoccupations par rapport à l’ampleur que prend la violence à l’égard des femmes et enfants en estimant que la violence a connu une hausse de 62 % par rapport à 2021.
 
La Task Force multisectorielle SNDDR-RVC est une entité interinstitutionnelle mise en place le 6 avril 2020, avec pour principale mission de conduire le processus devant favoriser l’appropriation de la Stratégie au niveau local et national, ainsi que le développement et le suivi du Programme National DDR-RVC visant à opérationnaliser la stratégie nationale. Elle se compose de parties prenantes étatiques et non étatiques et est présidée par la Primature, à travers un représentant spécial désigné par le Premier Ministre. Elle comprend également un secrétariat technique et des sous-groupes thématiques.