Le Dina Tsy Mavandy : la convention communautaire sincère.

16 février 2026

“Nous refusons le désordre. Nous choisissons la cohésion.”

 

Enfin redynamisé et nouvellement homologué le 9 Décembre 2025, à Farafangana Atsimo Atsinanana, le Dina n’est pas qu’un simple texte réglementaire. Il est une mémoire collective vivante, une expression profonde de la volonté communautaire de préserver l’ordre, la solidarité et la cohésion sociale. À travers lui, la population affirme : “Nous refusons le désordre. Nous choisissons la cohésion.” Le Dina Tsy Mavandy, homologué une première fois en 2015 par le Tribunal de Première Instance de Farafangana a été conçu pour structurer et sécuriser la vie sociale, économique et communautaire d’une région vaste et dynamique composée de cinq districts, quatre-vingt-dix communes et sept cent soixante fokontany. Aujourd’hui, il a été mis à jour et revu pour correspondre aux lois du pays et en accord avec les normes internationales.

Ordonnance d’homologation du Dina Tsy Mavandy

 

Au delà de la convention, un engagement multi-acteur

Dans un contexte de fragilisation progressive du mécanisme, le projet LANDJA a accompagné la région d’Atsimo Atsinanana pour relancer et structurer durablement le Dina Tsy Mavandy. L’ambition n’était pas de remplacer la justice formelle, mais d’instaurer une complémentarité intelligente entre les deux systèmes. Le Dina relève de l’“ara-konitra”, c’est-à-dire de la dimension communautaire, réparatrice et sociale, tandis que la justice étatique traite l’“ara-keloka”, la dimension pénale et répressive. Cette distinction est fondamentale : le Dina ne se substitue pas au tribunal, il agit en amont, apaise, répare et renforce la cohésion sociale tout en respectant la législation nationale. La concertation régionale organisée en juillet 2025 à Farafangana a constitué un tournant décisif. Elle a permis de clarifier les rôles et responsabilités des autorités administratives, judiciaires et traditionnelles, d’identifier les risques de dérives dans l’application du Dina, de définir une stratégie pour le renouvellement des Comités exécutifs de Dina (KMD) et de réaligner le mécanisme avec les standards des droits humains. En décembre 2025, le Dina Tsy Mavandy a été officiellement homologué et renforcé. Ce n’était plus seulement un texte redynamisé. C’était un engagement renouvelé entre la communauté et l’État, un dialogue institutionnalisé entre tradition et État de droit au service de la paix sociale.

Implication des élus locaux dans le processus de revue des textes du Dina tsy Mavandy

 

La vie communautaire contée dans le livret

À Atsimo Atsinanana, le Dina Tsy Mavandy n’est plus seulement un texte homologué ; il incarne une promesse collective. Celle d’une justice construite par la communauté, pour la communauté, et désormais en harmonie avec les principes de l’État de droit.

Le Dina Tsy Mavandy couvre des dimensions essentielles de la vie communautaire, bien au-delà de la simple répression des infractions. Il agit comme un véritable cadre de régulation sociale, articulant sécurité, responsabilité collective et cohésion sociale. En matière de sécurité et de prévention des violences, il encadre strictement la lutte contre les différentes formes de vol, hala-botry, vol de bétail, vol de produits agricoles et de cultures d’exportation, tout en interdisant formellement les lynchages et les “fitsaram-bahoaka”, réaffirmant que nul ne peut se faire justice soi-même. Il réglemente également la détention et la déclaration des armes afin de prévenir les abus. Sur le plan social et administratif, le Dina impose l’enregistrement des naissances et la tenue rigoureuse des registres de population, ainsi que la déclaration des migrants et des visiteurs, renforçant ainsi la traçabilité et la sécurité locale. Il protège aussi les biens communs et l’environnement, en sanctionnant le doro tanety et les feux incontrôlés, en prévoyant des mesures contre la destruction des cultures, des infrastructures publiques et en imposant des obligations de reboisement. Enfin, il aborde les enjeux de santé et de responsabilité familiale, en encourageant l’accouchement en centre de santé et en sanctionnant la vente illégale d’alcool et de stupéfiants. 

Le Procureur du TPI de Farafangana s’est impliqué personnellement dans le processus, ce qui cristallise le rapprochement et la complémentarité de la justice formelle et traditionnelle

 

Ainsi, le Dina Tsy Mavandy ne se limite pas à punir les infractions : il organise la vie collective, définit les responsabilités de chacun et agit comme un mécanisme de protection des plus vulnérables, consolidant les fondations d’une société plus solidaire et plus résiliente.

Aujourd’hui, la redynamisation du Dina Tsy Mavandy produit des effets tangibles dans la région d’Atsimo Atsinanana. Le dialogue entre autorités administratives, judiciaires et leaders traditionnels s’est renforcé, créant un climat de collaboration plus structuré et plus transparent. Les décisions des Comités exécutifs de Dina (KMD) sont désormais mieux encadrées, davantage alignées sur la législation nationale et les standards des droits humains, tandis que les communautés expriment un sentiment accru de protection et de sécurité. À travers l’approche du projet LANDJA, les Dina évoluent progressivement vers des outils reconnus de prévention des conflits et de consolidation de la cohésion sociale, dans le respect des droits fondamentaux.

Réunion communautaire dans la commune rurale de Vohilengo

 

Le projet LANDJA – Rapprochement de la justice traditionnelle et formelle pour une meilleure cohésion sociale repose sur une approche structurée et innovante visant à harmoniser les mécanismes communautaires de Dina avec le cadre juridique national et les standards internationaux des droits humains. Conduit sous le leadership du Ministère de la Justice et mis en œuvre conjointement par le PNUD, le HCDH et MSIS Tatao, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (UNPBF), le projet privilégie la complémentarité entre justice traditionnelle et justice formelle plutôt que leur opposition. Il s’appuie sur un ancrage communautaire fort, impliquant autorités administratives, judiciaires et traditionnelles, tout en intégrant les femmes, les jeunes et les groupes vulnérables dans les processus de concertation et de redynamisation. À travers une approche fondée sur les droits humains, LANDJA vise à prévenir les dérives, à clarifier les rôles des acteurs et à renforcer durablement les Comités exécutifs de Dina (KMD). Plus qu’un appui technique, il contribue à bâtir un écosystème local de justice plus légitime, plus inclusif et plus crédible, capable de prévenir les conflits et de consolider la paix sociale.