7ᵉ Rapport National sur le Développement Humain : la résilience économique au cœur du développement humain à Madagascar
16 décembre 2025
Le Gouvernement de Madagascar, à travers le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), par l’intermédiaire de la Direction des Études et de la Programmation (DEP), en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a lancé le 7ᵉ Rapport National sur le Développement Humain (RNDH), intitulé « Résilience économique et développement humain ». Ce rapport constitue un outil stratégique majeur pour éclairer les politiques publiques et renforcer la capacité du pays à faire face aux chocs multiples – économiques, climatiques, sanitaires et sociaux – tout en améliorant durablement les conditions de vie de la population malagasy.
Madagascar évolue dans un contexte marqué par une succession de crises : pandémie de Covid-19, effets indirects des tensions géopolitiques internationales, aléas climatiques récurrents tels que cyclones, sécheresses et inondations, ainsi que des fragilités structurelles de l'économie. Ces chocs ont ralenti la croissance, accentué la pauvreté et renforcé les inégalités, mettant à rude épreuve les acquis du développement humain.
Le rapport s'inscrit dans cette réalité et propose une lecture approfondie de la trajectoire récente du développement humain à Madagascar. Il met en évidence une reprise progressive de l'Indice de Développement Humain (IDH) après le recul observé en 2020, tout en soulignant la persistance de fortes inégalités, notamment territoriales, sociales et de genre, et la nécessité de repenser les leviers de résilience à moyen et long termes.
Comprendre le développement humain au-delà des moyennes nationales : inégalités, genre et environnement
Le développement humain à Madagascar a légèrement progressé, avec un IDH atteignant 0,525 en 2023. Cette amélioration, principalement portée par des avancées dans le secteur sanitaire, masque cependant des inégalités profondes. L'Indice de Développement Humain ajusté aux inégalités (IDHI) est estimé à 0,386 en 2023, soit une perte de 26,5% par rapport à l'IDH, en raison des disparités d’accès à la santé, à l’éducation et à un niveau de vie décent. L’éducation est le secteur le plus touché, avec un indice ajusté de 0,284 contre 0,449, soit une perte de 36,8%. Les écarts sont particulièrement marqués entre zones urbaines et rurales : en 2022, 34 % des personnes en zone rurale étaient sans instruction, contre 12 % en milieu urbain (source : Instat, 2022).
Les inégalités de genre persistent également. L'Indice de Développement de Genre (IDG) est de 0,872, traduisant une disparité notable entre hommes et femmes. L'IDH des femmes (0,513) reste inférieur à celui des hommes (0,588), principalement en raison d'un désavantage économique : leur revenu estimé est 1,3 fois inférieur, avec une part salariale limitée à 43,5%.
Sur le plan environnemental, le rapport identifie un atout stratégique à préserver : Madagascar affiche une empreinte écologique parmi les plus faibles au monde. L'Indice de Développement Humain ajusté aux pressions environnementales (IDHP) s'établit à 0,521 en 2023, très proche de l'IDH standard, traduisant un impact modéré des pressions écologiques. Le pays émet 0,15 tonne de CO₂ par habitant (contre 4,76 tonnes au niveau mondial) et une empreinte matérielle de 1,5 tonne (contre 12 tonnes globalement).
Des fractures territoriales persistantes
Les disparités régionales en matière de développement humain restent très contrastées et révèlent des fractures profondes. La plupart des régions affichent un niveau faible, tandis qu'Analamanga se distingue comme la seule région à atteindre un IDH « moyen » (≥0,550). À l'opposé, le Grand Sud reste en situation de vulnérabilité aiguë, avec la Région Androy enregistrant un IDH très faible de 0,338. Les inégalités intrarégionales restent également marquées : seize régions présentent des écarts très forts (supérieurs à 10%), cinq des écarts forts (7,5% à 10%) et deux des écarts moyens (5% à 7,5%). Bien que les régions les plus faibles connaissent une croissance plus rapide de l’IDH (+1 % à +1,2 %) que les régions les plus avancées (+0,1 % à +0,7 %), les écarts initiaux demeurent importants, rendant la convergence lente.
Ces chiffres soulignent l’urgence de renforcer les politiques publiques en faveur de l’équité, notamment dans l’éducation, tout en anticipant les risques liés à la croissance économique et à l’urbanisation afin de préserver l’équilibre écologique et les acquis environnementaux du pays. Madagascar doit garantir à chaque citoyen des opportunités égales pour améliorer ses conditions de vie, tout en consolidant son statut de pays à faible empreinte environnementale.
Recommandations pour une économie résiliente et inclusive
Face à ce constat, le 7eme RNDH place la résilience économique comme une condition indispensable à un développement humain durable. Il analyse la capacité du pays à prévenir, absorber et surmonter les chocs et préconise des réformes structurelles pour corriger les faiblesses en matière d’infrastructures, de gouvernance et de productivité, ainsi que des investissements stratégiques dans les secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’économie bleue et l’industrialisation durable.
Le rapport identifie quatre piliers essentiels au renforcement de la résilience nationale : 1. L'autosuffisance alimentaire vise à réduire la vulnérabilité aux crises et renforcer la sécurité nutritionnelle, malgré des défis persistants comme le déficit en production de riz. 2. L'industrialisation est essentielle pour diversifier l'économie, créer des emplois décents et accroître la valeur ajoutée nationale. 3.La protection sociale constitue un filet de sécurité crucial pour les populations les plus vulnérables, bien que sa couverture demeure limitée. Enfin, 4. l'économie bleue représente un levier stratégique de croissance durable et inclusive, fondé sur la valorisation responsable des ressources marines et côtières.
Le rapport met en évidence l’interdépendance entre ces piliers et leur rôle clé dans la réduction des vulnérabilités structurelles du pays. Il souligne notamment que la réussite des politiques de résilience repose sur la capacité à coordonner les interventions, à mobiliser les ressources et à innover.
Schéma conceptuel : L'interaction entre les capacités de résilience et le développement humain. Ce modèle, au cœur du 7ᵉ RNDH, montre comment les capacités d'absorption, d'adaptation et de transformation face aux chocs permettent de protéger, puis d'améliorer durablement les niveaux de santé, d'éducation et de revenu
L'analyse sectorielle révèle des profils de résilience contrastés. L'agriculture affiche un ratio de résilience supérieur à celui de l'économie globale, retrouvant plus rapidement son niveau de production après certaines crises. À l'inverse, l'industrie apparaît comme le maillon faible, avec un ratio systématiquement inférieur à 1. L'économie bleue, portée par la pêche et le tourisme côtier, a mieux résisté, affichant une capacité d'adaptation et de diversification plus marquée. Le renforcement de la résilience nationale implique ainsi de consolider les secteurs les plus fragiles tout en valorisant ceux qui portent le rebond économique.
Des recommandations opérationnelles
Au-delà du diagnostic, le 7ᵉ RNDH formule des recommandations opérationnelles visant à renforcer la résilience et accélérer le développement humain. Il préconise notamment des réformes structurelles pour améliorer la gouvernance, la productivité et les infrastructures, ainsi que des investissements ciblés dans les secteurs porteurs.
Des leviers essentiels sont identifiés afin de transformer les vulnérabilités en opportunités : le renforcement de la protection sociale, l’intégration de la résilience dans toutes les politiques publiques et la mobilisation collective des acteurs – publics, privés, société civile et partenaires techniques et financiers.
Lors de la cérémonie de lancement, le Représentant du PNUD à Madagascar a souligné : « Les chiffres du rapport sont clairs : notre Indice de Développement Humain reste faible, et les inégalités pèsent lourdement sur nos efforts. Certaines régions, notamment le Grand Sud, vivent des situations de grande vulnérabilité. L’égalité entre les femmes et les hommes demeure un défi majeur. Ces données ne sont pas des abstractions : elles reflètent des vies, des espoirs, parfois des souffrances. Elles nous appellent à agir, non pas demain, mais dès aujourd’hui. ».
De son côté, le Ministre de l'Économie et des Finances a rappelé l'engagement du Gouvernement à placer le développement humain et la résilience économique au centre des priorités nationales: « Le Gouvernement s'engage à renforcer l'offre de soins et la prévention, à améliorer l'accès à l'école et la rétention scolaire, et à soutenir l'emploi décent ainsi que l'entrepreneuriat, notamment pour les jeunes et les femmes. Concrètement, nous accélérerons l'accès fiable à l'eau et à l'électricité, tout en consolidant les dispositifs de protection sociale et de réponse aux crises, en particulier dans les zones les plus vulnérables ».
Le lancement du 7ᵉ Rapport National sur le Développement Humain marque une étape clé dans le dialogue national sur les choix de développement. À travers ce rapport, Madagascar dispose d'une base analytique solide pour orienter ses politiques, renforcer la résilience de son économie et garantir à chaque citoyenne et citoyen des opportunités équitables d'amélioration de leurs conditions de vie. Le 7ᵉ RNDH est appelé à devenir un outil de référence pour les décideurs publics, les collectivités territoriales, le secteur privé, la société civile et les partenaires au développement, en vue de construire ensemble un avenir plus résilient, inclusif et durable.
📽️ Revivez en vidéo la cérémonie de lancement du 7ème RNDH, du 16 décembre 2025.