Les femmes, actrices clés de la résilience climatique en Haïti

Par Pierre Claude Duméus, Daniel Lamour, Christelle Bella Foe et Ruvens Ely Boyer

17 mars 2026
Large group of people gathered on a dirt trail in a forest clearing, many wearing backpacks.

De la théorie à la pratique, le projet dote les femmes du milieu rural d’outils pratiques pour réduire l’érosion et renforcer la résilience climatique.

Le changement climatique n’affecte pas les populations de la même manière. Dans de nombreux contextes, ses effets tendent à accentuer les inégalités sociales existantes,plaçant les femmes parmi les groupes les plus exposés. Pourtant, loin d’être de simples victimes, elles sont aussi des actrices clés des stratégies de résilience mises en œuvre au sein des communautés.

Dans de nombreuses régions du monde, les femmes se trouvent en première ligne face aux dérèglements climatiques, notamment en raison d’inégalités structurelles persistantes qui limitent leur accès aux ressources économiques, à l’information et aux espaces de décision. Dans les zones rurales en particulier, elles participent activement à la production alimentaire et à la gestion des ressources naturelles. Pourtant, elles disposent de moins de 20 % des terres agricoles dans le monde et ont un accès beaucoup plus limité au crédit, aux intrants agricoles et aux technologies d’adaptation (FAO). Lorsque les sécheresses, les inondations ou les cyclones se multiplient, ces inégalités réduisent leur capacité à anticiper les chocs climatiques, à adapter les systèmes de culture et à préserver leurs moyens de subsistance.

Dans ce contexte, la raréfaction des ressources entraîne souvent une augmentation de la charge de travail domestique notamment pour la collecte de l’eau, la préparation des repas ou la prise en charge des membres de la famille. Cette situation peut affecter leur santé, limiter leurs opportunités économiques et restreindre leur capacité à s’adapter aux perturbations climatiques. 

Les catastrophes naturelles ne rendent donc pas seulement les communautés plus vulnérables : elles accentuent également les inégalités existantes et fragilisent davantage les conditions de vie de nombreuses femmes.

Haïti : une triple exposition

Haïti figure parmi les pays les plus exposés aux effets du changement climatique. Selon le Global Climate Risk Index, le pays occupe la 5e place parmi les pays les plus touchés par les événements météorologiques extrêmes (vagues de chaleur, tempêtes, inondations) sur la période 1995-2024, aux côtés d'autres nations du Sud global comme la Libye (4e) et les Philippines (7e). Cette situation s’explique notamment par la déforestation généralisée et la dégradation progressive des sols, qui ont affaibli les fonctions écosystémiques essentielles du territoire. La disparition de la couverture forestière réduit en particulier la capacité des bassins versants à atténuer les effets des fortes pluies et à limiter les inondations.

Les femmes se trouvent donc au croisement de plusieurs facteurs de vulnérabilité, souvent décrits comme une triple exposition. Celle-ci résulte à la fois des inégalités persistantes entre les sexes, de conditions économiques souvent plus précaires et d’une forte dépendance aux ressources naturelles pour assurer les moyens de subsistance des ménages.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les phénomènes météorologiques extrêmes (cyclones, ouragans et pluies torrentielles) devraient gagner en fréquence et en intensité dans les années à venir. Dans un environnement déjà fragilisé, ces événements provoquent érosion des sols, glissements de terrain, crues soudaines et sédimentation des cours d’eau, menaçant directement les systèmes agricoles et les moyens de subsistance des populations rurales. 

En Haïti, les femmes occupent une place centrale dans la chaîne de valeur agricole, notamment dans la transformation et la commercialisation des produits. Cette forte implication dans les activités liées à la terre les expose directement aux effets des chocs climatiques. Dans le même temps, elles sont surreprésentées parmi les populations vivant dans la pauvreté et disposent souvent de ressources limitées pour faire face aux crises. Plus de 40 % des ménages en Haïti sont dirigés par des femmes (MCFDF, 2015). Ces dernières se retrouvent fréquemment en première ligne face aux catastrophes climatiques : pertes de récoltes et de bétail, destruction d’habitations, risques sanitaires accrus et déplacements forcés.

Une réponse concrète : le projet Trois-Rivières

Dans le bassin versant de Trois-Rivières, situé dans le nord d’Haïti, des femmes s’engagent pour renforcer la résilience de leurs communautés face aux effets du changement climatique. Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre du projet Renforcement de la Résilience Climatique Trois-Rivières, mis en œuvre avec l’appui du Fonds Vert pour le Climat (Green Climate Fund – GCF). 

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le projet a organisé une première série d’activités de renforcement des capacités à l’intention des membres de la Fédération des Femmes de Pilate pour le Développement (FDFP). Cette plateforme communautaire regroupe 20 associations locales et plus de 1 500 femmes dans la commune de Pilate. Elle œuvre pour la protection de l’environnement tout en soutenant l’autonomisation économique de ses membres à travers des initiatives d’éducation environnementale et de formation.

Environ 150 femmes ont participé à ces activités, qui visaient à renforcer leurs connaissances et leurs compétences dans des domaines liés à l’adaptation au changement climatique. Les participantes ont été initiées à différentes approches favorisant la restauration des terres et la gestion durable de l’eau, notamment l’agroforesterie, la conservation des sols, gestion intégrée des ressources en eau (GIRE/IWRM), et l’adaptation fondée sur les écosystèmes.  Des plantules (1 500)  ont également été mises à la disposition des femmes bénéficiaires. Ces activités visent à renforcer les capacités des participantes et à encourager l’adoption de pratiques agricoles mieux adaptées aux réalités climatiques. Elles contribuent ainsi à soutenir la gestion durable des terres et à renforcer la capacité des communautés à faire face aux effets du changement climatique.

« Je remercie tous les partenaires du projet pour cette formation pratique. Elle nous permet de mieux comprendre comment protéger nos sols et planter des arbres pour restaurer la fertilité de nos terres. Pour nous, qui dépendons de l’agriculture pour nourrir nos familles, ces connaissances sont essentielles pour préserver l’environnement et améliorer nos moyens de subsistance.» déclare Silozias Marie Lourde, membre de la FDFP.

L’égalité de sexe : levier de résilience climatique

L’expérience du bassin versant de Trois-Rivières montre que l’intégration du genre dans les initiatives climatiques ne relève pas uniquement d’un impératif d’égalité. Elle constitue aussi un levier essentiel pour renforcer la résilience des territoires.

Les actions menées dans le cadre du projet en sont une illustration concrète. En développant les compétences techniques des femmes dans des domaines tels que l’agroforesterie, la conservation des sols et la gestion de l’eau, l’initiative contribue à améliorer les pratiques agricoles tout en renforçant la capacité des communautés à faire face aux aléas climatiques.

À plus grande échelle, le projet ambitionne de renforcer les capacités d’environ 150 000 femmes, soit près de 50 % des bénéficiaires directs.

Dans un contexte marqué par l’intensification des crises climatiques, reconnaître et soutenir le rôle des femmes dans la gestion des ressources naturelles devient essentiel. Valoriser leurs savoirs et renforcer leur pleine participation aux initiatives environnementales apparaît ainsi comme une condition clé pour construire des communautés et des territoires plus résilients face aux transformations climatiques.

Financé par le Fonds vert pour le climat et mis en œuvre avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en partenariat avec le Ministère de l’Environnement (MdE) et l’Organisation Heifer International, le projet « Renforcement de la résilience climatique dans le bassin versant des Trois-Rivières grâce à la gestion intégrée des inondations » vise à renforcer la résilience des communautés en amorçant une transition vers une approche intégrée et intelligente face au climat pour la gestion des ressources en terres et en eau. ».