De déplacée de guerre à entrepreneure : le pari réussi de Salama
20 mai 2026
Salama Sengiyuva , ancienne déplacée de guerre, gère désormais plusieurs activités génératrices de revenus pour
Quand elle parle de son passé, Salama Sengiyuva Nyirashuti, 23 ans, marque souvent une pause. Comme si les mots avaient parfois du mal à sortir. Mère de famille, déplacée par la guerre, elle fait partie de ces milliers de femmes de l’Est de la RDC dont la vie a basculé brutalement, sans avertissement. Originaire de Lubero, Salama a tout quitté avec sa famille pour sauver sa vie. « Nous avons quitté chez nous à cause de la guerre. Nous avons tout perdu, nous avons tout laissé là-bas. Il n’y avait rien qu’on pouvait emporter ». Sur la route de l’exil, la peur est omniprésente. Certains tombent, d’autres sont blessés. Les survivants avancent, portés par l’instinct de vivre. « Quand nous sommes arrivés ici, certains ont été blessés à la machette, d’autres sont morts par balles. Cela nous a beaucoup affectés ».
Salama Sengiyuva est désormais en mesure de nourrir sa famille avec les bénéfices de son commerce
Vivre pour survivre
Après un long périple, Salama s’installe avec sa famille dans le camp de Rwassa, à Rutshuru. Là, commence une autre épreuve : survivre sans rien, jour après jour. Pour nourrir ses enfants, elle accepte tous les petits travaux possibles, souvent au-delà de ses forces. « On me donnait parfois des champs à cultiver qui dépassaient ma force, mais je devais le faire pour que mes enfants mangent ». Elle se lance alors dans un petit commerce de fretins. Un effort immense pour un revenu presque insuffisant. « Avant de recevoir l’aide, je faisais un petit commerce de fretins, mais cela ne suffisait pas pour les besoins de ma famille. Parfois je partais sur la route chercher quelqu’un qui pouvait me donner 3 000 francs pour travailler dans son champ ».
Salama développe aussi l'élevage des dindes pour améliorer ses revenus.
Une aide, un tournant
Le destin de Salama commence à changer lorsqu’elle est identifiée par les enquêteurs de VIFEDE, dans le cadre d’un appui soutenu par la République de Corée du Sud et mis en œuvre avec l’accompagnement du PNUD. « Ils m’ont prise en photo et ont dit : “Ton nom sera sur la liste.” Quand j’ai vu mon nom affiché, j’étais très contente, avant même de recevoir quelque chose ». Cette aide financière lui permet de renforcer son activité et d’envisager autre chose qu’une simple survie quotidienne.
la table de vente de Salama est toujours visitée par les voisines
Retrouver la dignité
Aujourd’hui, Salama ne parle plus seulement de manque. Elle parle de changement. Grâce à l’appui reçu, elle diversifie son commerce, investit dans l’élevage et améliore progressivement les conditions de vie de sa famille. « Je ne mendie plus le sel, je ne demande plus le savon. Je peux acheter des légumes et préparer pour mes enfants ». Dans sa maison, quelques signes simples témoignent de cette évolution : une chèvre, des chaises en plastique, des enfants bien vêtus, scolarisés. « Aujourd’hui, mes enfants mangent bien, je les habille correctement, et ma fille adoptive va à l’école ». Mais le plus important pour Salama est ailleurs : dans le regard qu’elle porte désormais sur elle-même. « Depuis que j’ai reçu cet appui, je me sens une femme parmi tant d’autres. Mon étalage ressemble à celui d’une vraie commerçante ».
C'est avec joie et espoir que Salama se lève chaque matin pour ouvrir son commerce
Un avenir à reconstruire
Le parcours de Salama est celui d’une femme qui a tout perdu, mais qui n’a jamais renoncé. Son histoire illustre l’impact concret des initiatives d’autonomisation économique en contexte de crise. Avec émotion et gratitude, elle conclut simplement : « Je ne sais pas comment remercier la Corée, le PNUD et VIFEDE pour leur soutien dans ma vie et celle de ma famille ». À Rutshuru, Salama avance désormais avec confiance. Pas à pas, elle reconstruit sa vie — et avec elle, l’espoir d’un lendemain meilleur pour ses enfants.