Le Soudan, trois ans de guerre : le prix payé par une nation

Un nouveau rapport dresse le bilan des coûts humains et économiques, et des perspectives offertes par la paix

14 avril 2026
Photograph: two women in colorful headscarves lean toward a small light in a dim brick room.
Photo : PNUD Soudan

UNE GÉNÉRATION PRIVÉE DE PROGRÈS

Lorsque le conflit armé a éclaté en avril 2023, le Soudan figurait déjà parmi les États les plus fragiles au monde. Trois ans plus tard, les chiffres sont devenus encore plus difficiles à appréhender, chacun représentant une vie perdue, une famille déplacée, un enfant déscolarisé, une communauté endeuillée ou basculant dans la pauvreté.

Près de 6,9 millions de Soudanais ont sombré dans l’extrême pauvreté en 2023 uniquement, conséquence directe du conflit. Le revenu par habitant est retombé à des niveaux jamais observés depuis 1992. L’extrême pauvreté est aujourd’hui plus élevée qu’à n’importe quel moment des années 1980.

Dusty outdoor market under a large shelter; a man sits beside a cart while vendors display wares.

Un vendeur propose du pain à la vente sur un site de rassemblement de personnes déplacées près de la ville de Gedaref, dans l’État de Gedaref.

Photo : PNUD Soudan

Pour mesurer pleinement l’impact, un nouveau rapport du PNUD et de l’Institute for Security Studies, publié à l’approche du troisième anniversaire de la guerre, projette la situation du Soudan si le conflit n’avait jamais éclaté.

Le constat est sombre, mais pose aussi une question essentielle : quelle direction prendre désormais ? Que peut-on faire pour réduire les souffrances ? Et sommes-nous prêts pour la paix, le moment venu ? 

Même dans le scénario le plus optimiste — une paix en 2026 — le Soudan subirait encore une perte cumulée de PIB de 18,8 milliards de dollars d’ici 2043, soit 752 dollars par personne. La guerre n’a pas seulement coûté des vies et des moyens de subsistance, elle menace l’avenir du pays.

Certains ne verront pas cet avenir. Avec plus de 70 % des structures de santé fermées dans les zones de conflit, le taux de mortalité infantile atteint déjà 44,5 décès pour 1 000 naissances vivantes et devrait encore augmenter avant toute amélioration. Des épidémies de choléra ont été observées et des maladies comme le VIH et la tuberculose progressent.

D’autres ne seront pas préparés aux défis futurs. Environ 19 millions d’enfants en âge scolaire ont vu leur éducation interrompue — une fracture démographique qui marquera durablement le marché du travail, la santé et la vie civique du pays. Des universités ont été détruites et pillées. Les programmes de formation et d’apprentissage ont été abandonnés, et des millions de personnes perdent des années d’expérience professionnelle dans l’attente de la paix.

6,9

millions

de Soudanais ont basculé dans l’extrême pauvreté en 2023

70

pourcent

des structures de santé sont fermées dans les zones de conflit

18,8

milliards de dollars

Une perte de PIB estimée d’ici 2043

19

millions

Des enfants en âge scolaire ont vu leur scolarité interrompue

LE COÛT DE PLUSIEURS ANNÉES DE GUERRE

Le rapport ne se limite pas à une photographie du présent. Il envisage trois scénarios d’avenir. Le plus sombre et celui qu’il faut éviter est un conflit prolongé jusqu’en 2030.

Dans ce cas, le PIB total du Soudan en 2043 ne serait que de 23,1 milliards de dollars, soit une perte de 34,5 milliards par rapport à une trajectoire sans conflit. 34 millions de personnes supplémentaires basculeraient dans l’extrême pauvreté d’ici 2043 soit plus que la population totale du Ghana.

People line up with white water jerry cans in a dry, open area.

L’accès à l’eau est extrêmement limité dans de nombreux sites comme celui-ci, ce qui favorise la propagation du choléra, de la diarrhée et d’autres maladies.

Photo : PNUD Soudan
From an open doorway, people sit in a sunlit vintage room with a window and a round hanging sign.

Environ 75 % des structures de santé du Soudan ont fermé depuis le début de la guerre

Photo : PNUD Soudan

Même si la paix intervient en 2026 sans transformation plus large ce que le rapport appelle la « trajectoire actuelle » les perspectives restent très préoccupantes. Le PIB par habitant chuterait à 1 941 dollars en 2035, avant de remonter légèrement à 2 384 dollars en 2043, restant inférieur aux niveaux de 2023 et même à ceux des années 1990.

Dans ce scénario, l’extrême pauvreté atteindrait près de 60 % de la population d’ici 2030 (environ 34 millions de personnes), puis ne diminuerait que lentement à 38,8 % d’ici 2043. Le Soudan manquerait tous les principaux Objectifs de développement durable. Le dividende démographique d’une population jeune ne se concrétiserait pas, même à l’horizon 2043.

23,1

milliard

Le PIB total estimé en 2043

34

millions

de personnes supplémentaires devraient basculer dans l’extrême pauvreté d’ici 2043.

34,5

milliard

Une perte de PIB estimée d’ici 2043 dans un scénario de conflit prolongé.

60

pourcent

de la population devrait vivre dans l’extrême pauvreté d’ici 2030

Ce que la paix et la transformation pourraient encore permettre

Le Soudan dispose d’atouts considérables, pour la plupart encore sous-exploités. Le pays compte 19,8 millions d’hectares de terres arables, un accès au Nil et à la mer Rouge, ainsi qu’une population jeune qui, avec l’éducation, les soins de santé et des opportunités, pourrait soutenir la croissance pendant des décennies. Aucun de ces atouts n’a disparu.

Le scénario « Sudan Rising » du rapport montre ce qui pourrait se produire si la paix en 2026 s’accompagne d’une transformation coordonnée dans plusieurs secteurs gouvernance, santé et assainissement, éducation, agriculture, industrie, infrastructures, commerce et finances.

Les projections sont frappantes, car elles quantifient rigoureusement ce que les atouts du Soudan rendent possible.

Mother in colorful attire cradles a newborn baby inside a camp
Photo : PNUD Soudan

Dans le scénario « Sudan Rising », le PIB atteindrait 58,2 milliards de dollars d’ici 2043, soit 19,3 milliards de plus que dans la trajectoire actuelle. Le revenu par habitant s’élèverait à 3 176 dollars. Environ 17,3 millions de personnes supplémentaires sortiraient de l’extrême pauvreté d’ici 2043, tandis que l’espérance de vie augmenterait de 4,2 ans pour atteindre 77,3 ans. La croissance économique moyenne atteindrait 5,0 % par an, soit plus du double des 2,4 % prévus dans la trajectoire actuelle.

Les gains les plus importants viendraient de l’agriculture, qui pourrait permettre à 4,7 millions de personnes de sortir de la pauvreté, ainsi que des réformes de gouvernance, qui pourraient en sortir 4,8 millions. Ces leviers sont étroitement liés et se renforcent mutuellement : une gouvernance stable favorise les investissements agricoles, tandis que des terres plus productives génèrent les ressources nécessaires à l’amélioration de la gouvernance.

Le rapport « Beyond Conflict » ne se limite pas au constat. Il met en évidence des axes d’action concrets où une mobilisation coordonnée du futur gouvernement soudanais, des partenaires internationaux et de la communauté humanitaire peut rendre possible le scénario « Sudan Rising ».

Trois ans plus tard, l’espoir demeure

La guerre au Soudan a déjà infligé au pays des pertes qu’une nation mettrait une génération à surmonter : des populations contraintes de fuir leur foyer, des enfants qui ne sont jamais retournés à l’école, des récoltes abandonnées, des centres de santé fermés des pertes bien réelles et désormais irréversibles.

Mais le rapport est clair : la trajectoire n’est pas figée. Le Soudan dispose de terres, de ressources en eau, d’une population jeune et d’une diaspora riche en compétences et en capital. Les institutions appelées à valoriser ces atouts sont fragilisées, mais non détruites. Ce que produira l’année à venir un chemin vers la paix et les réformes, ou la poursuite de la destruction déterminera quelle version de 2043 deviendra réalité.

Comme le montre le rapport, l’écart entre le pire et le meilleur scénario n’est pas marginal. Il s’agit de 34 millions de personnes vivant dans la pauvreté, ou de 17 millions de personnes en sortant. D’un pays qui atteindrait 2043 plus pauvre qu’il ne l’était dans les années 1990, ou d’un pays qui aurait retrouvé sa trajectoire de développement.

Dans tous les cas, le PNUD restera aux côtés du peuple soudanais, aujourd’hui comme sur le long terme, comme il l’a fait tout au long de la crise. En partenariat avec des acteurs locaux, nous mettons en œuvre des programmes qui renforcent les moyens de subsistance et la résilience, élargissent l’accès aux soins de santé et aux services de base, soutiennent l’accès à une énergie propre et la protection de l’environnement, et contribuent à la consolidation de la paix et à l’amélioration de la gouvernance. Avec plus de 130 collaborateurs répartis dans 10 bureaux, nos projets territorialisés agissent de manière complémentaire pour produire un impact supérieur à la somme de leurs parties : donner aux communautés les moyens d’agir, soutenir la continuité des services nationaux et aider le Soudan à se préparer à l’avenir, quel qu’il soit.