Le PNUD au cœur du Forum des Ministres du Genre sur l'agenda Femme, Paix, Sécurité et relèvement post-conflit en RDC

22 septembre 2025

La Ministre du Genre Micheline OMBAE KALAMA lance les travaux de la 8ème édition du Forum National des Ministres de genre à Mbuji Mayi

Photo ONUFEMMES

Du 12 au 14 septembre 2025, Mbujimayi, capitale du Kasaï Oriental, a accueilli un événement décisif pour l’avenir de l’égalité de genre et de la consolidation de la paix en République démocratique du Congo (RDC) : le Forum des Ministres provinciaux et Chefs de Division en charge du Genre. Placé sous le thème « Femme, Paix et Sécurité et relèvement post-conflit », ce rendez-vous a rassemblé des responsables gouvernementaux, des acteurs de la société civile et des partenaires techniques et financiers, pour bâtir une feuille de route nationale et provinciale à la hauteur des défis congolais.

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), partenaire historique de la RDC, a joué un rôle central dans l’organisation et l’orientation des débats. Sa contribution a particulièrement mis en avant deux axes stratégiques : les solutions durables pour répondre à la crise dans la partie Est du pays et l’intégration du genre dans les politiques publiques de développement, le tout inscrit dans une approche de justice du genre. Cette perspective ne se limite pas à la réduction des inégalités entre femmes et hommes : elle vise à corriger les déséquilibres structurels qui nourrissent la violence, à garantir la participation des femmes dans les processus de paix et à faire du développement un levier de transformation sociale.

La Ministre du Genre entouré du Gouverneur a.i du Kasaï, la secrétaire générale du Genre et la Représentante de Onufemmes

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Un pays marqué par la conflictualité et la résilience des femmes

Depuis plus de deux décennies, l’Est de la RDC vit au rythme de conflits armés récurrents. La chute de Goma et de Bukavu au début des années 2000 a symbolisé un basculement tragique : ces villes, jadis carrefours économiques, se sont retrouvées au cœur de luttes de pouvoir, de rivalités régionales et de prédation des ressources naturelles. Les conséquences humaines ont été immenses : déplacements massifs de population, violences basées sur le genre, effondrement des services sociaux de base.

Dans cet environnement instable, les femmes et les filles paient un tribut disproportionné : violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, marginalisation dans les processus de négociation, accès restreint à la terre et aux ressources économiques. Pourtant, elles demeurent des actrices incontournables de la survie communautaire et du relèvement post-conflit. Le Forum de Mbujimayi s’inscrit dans cette histoire de souffrance et de résistance : il vise à renforcer la coordination entre le niveau national et les 26 provinces pour promouvoir un Agenda du genre qui soit à la fois un impératif moral et un outil de paix durable.

Une ambition claire : quatre résultats structurants

Le Forum s'était fixé quatre résultats à atteindre, qui dessinent les contours d’une politique de transformation :

  • Renforcement de la coordination entre les niveaux national et provincial pour la promotion de l’Agenda du genre en RDC.

  • Prise en compte du leadership des femmes dans les processus de paix, de décision et de relèvement post-conflit.

  • Amélioration de la protection et de la sécurité des femmes et des filles contre les violences basées sur le genre, notamment dans les zones affectées par les conflits.

  • Élaboration d’une feuille de route commune pour la promotion des droits des femmes dans les 26 provinces.

Ces objectifs traduisent une conviction : l’égalité de genre n’est pas une dimension secondaire du développement mais un pilier de la paix et de la gouvernance démocratique.

Les chefs coutumiers ont pris part au Forum National des ministres de genre

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L’approche de la justice du genre : un cadre de transformation

Le PNUD a inscrit sa présentation dans le paradigme de la justice du genre, qui va au-delà de la simple égalité formelle. La justice du genre cherche à corriger les asymétries historiques de pouvoir qui excluent les femmes de la prise de décision, de la propriété foncière, de l’accès aux ressources et de la sécurité. Elle se fonde sur trois principes : la reconnaissance des discriminations structurelles, la redistribution des opportunités économiques et politiques, et la participation active des femmes à tous les niveaux de gouvernance.

Dans ce cadre, l’intégration du genre dans les politiques publiques de développement devient un instrument de justice. Il ne s’agit plus seulement d’inclure des statistiques sexuées ou de créer des directions du genre, mais de repenser l’ensemble des programmes – de la planification territoriale à la réforme du secteur de la sécurité – pour qu’ils produisent un impact transformateur. La justice du genre suppose que chaque politique publique soit évaluée à l’aune de sa capacité à réduire les inégalités, à protéger les droits des femmes et à renforcer leur leadership.

Les solutions durables : un levier de relèvement post-conflit

Au cœur de sa contribution, le PNUD a présenté son approche des solutions durables pour répondre à la crise humanitaire et sécuritaire de l’Est. Cette approche repose sur le Nexus humanitaire-développement-paix, qui articule assistance d’urgence, relèvement économique et consolidation de la paix. Depuis la chute de Goma et de Bukavu, les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri ont connu des vagues successives de déplacements. Les solutions durables visent à offrir plus qu’un  simple retour ou une aide ponctuelle : elles cherchent à reconstruire des communautés résilientes, à garantir l’accès à la terre, à l’éducation, à la santé et aux moyens de subsistance.

Ces solutions incluent la réhabilitation des infrastructures de base, la création d’emplois locaux, le soutien aux initiatives économiques des femmes, la médiation communautaire pour la gestion des conflits fonciers, et l’intégration des déplacés dans les plans provinciaux de développement. En inscrivant le genre comme fil conducteur, le PNUD insiste sur la nécessité de faire des femmes des actrices de la reconstruction et non de simples bénéficiaires. La justice du genre devient ainsi une stratégie de stabilisation : lorsque les femmes participent à la relance économique et à la gouvernance locale, les communautés gagnent en cohésion et en capacité de prévention des violences.

Des experts des Nations Unies dont Mme Xaverine Kira du PNUD ont animé des sessions techniques

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La traçabilité du genre : veille stratégique et programmes structurants

Pour garantir que ces ambitions ne restent pas au niveau du discours, le PNUD a mis en place un système de traçabilité du genre. Cette veille stratégique permet de mesurer, de documenter et d’ajuster l’intégration de la dimension de genre dans les grands programmes nationaux. Grâce à cet outil, des avancées significatives ont été enregistrées dans plusieurs programmes structurants.

Le PDL-145T : un levier de transformation

Le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) illustre cette dynamique. Conçu pour réduire les disparités régionales et renforcer l’État de droit dans les zones rurales, ce programme est devenu un véritable levier de l’égalité de genre. La veille stratégique a permis d’y intégrer des cibles claires : participation des femmes aux comités de gestion des infrastructures, accès égal aux services de santé et d’éducation, promotion de l’entrepreneuriat féminin. Le PDL-145T montre qu’un programme d’infrastructure peut devenir un vecteur de justice du genre lorsqu’il est pensé dès le départ avec des indicateurs sensibles au genre.

Diverse crowd seated indoors at an event, wearing bright, patterned clothing.

Des ministres provinciaux, les chefs des divisions du genre de 24 provinces o nt répondu à l'appel de la Ministre nationale du Genre

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La réforme de la police : un chantier à 2 milliards de dollars

Autre exemple de programme structurant : la réforme de la police nationale, pour laquelle le gouvernement s’est doté d’une loi de programmation prévoyant un budget de plus de deux milliards de dollars sur cinq ans. La traçabilité du genre a permis d’intégrer des objectifs précis : recrutement accru de femmes policières, formation systématique aux violences basées sur le genre, mise en place de brigades spécialisées dans la protection des victimes. La police, traditionnellement perçue comme un espace masculin, devient ainsi un terrain d’expérimentation de la justice du genre.

Ces deux chantiers démontrent que la veille stratégique n’est pas un simple mécanisme de suivi : elle constitue un outil politique pour transformer en profondeur les institutions et garantir que la perspective de genre irrigue l’ensemble des politiques publiques.

 Les deux pays champions dans la lutte contre les violences basées sur le genre

Dans cette dynamique, deux partenaires internationaux se distinguent comme pays champions : la Corée et le Canada.

La Corée s’est engagée dans un partenariat de long terme avec la RDC, soutenant des programmes de prévention des violences basées sur le genre et de réhabilitation des victimes. Son approche associe soutien psychosocial, autonomisation économique des survivantes et formation des autorités locales. En appuyant le PNUD et les institutions congolaises, Séoul met en avant une coopération qui lie innovation technologique et justice sociale.

Le Canada, pour sa part, a fait de la promotion de l’égalité des genres un pilier de sa politique étrangère. Ses financements ciblés appuient les services de prise en charge des survivantes, la formation des forces de sécurité et la réforme judiciaire. Ottawa a également soutenu l’intégration des normes internationales de protection des femmes dans les programmes de relèvement post-conflit. La convergence des appuis canadien et coréen confère au Forum de Mbujimayi une résonance internationale : la lutte contre les violences basées sur le genre n’est pas seulement une cause nationale mais un enjeu de solidarité mondiale.

Photograph of an audience seated in a bright hall for an event; foreground woman in red.

Les participants et participantes ont validé la feuille de route de l'agenda genre de la RDC

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Le PNUD comme catalyseur de l’agenda Femme, Paix et Sécurité

Au-delà des programmes spécifiques, le PNUD agit comme catalyseur de l’ensemble de l’Agenda Femme, Paix et Sécurité en RDC. En mobilisant les partenaires techniques et financiers, en accompagnant les ministères provinciaux et en facilitant le dialogue entre le niveau central et les provinces, il contribue à transformer les engagements internationaux – notamment la Résolution 1325 du Conseil de sécurité – en actions concrètes. Son approche intègre la dimension de relèvement post-conflit : reconstruire l’État, renforcer la gouvernance locale et consolider la paix en plaçant les femmes au cœur de chaque étape.

Vers une feuille de route commune pour les 26 provinces

Le Forum s’est conclu par l’élaboration d’une feuille de route nationale pour la promotion des droits des femmes dans les 26 provinces. Ce document, fruit d’un dialogue inclusif, définit des priorités partagées : renforcer les mécanismes de protection, accroître la participation des femmes aux instances de décision, intégrer le genre dans les budgets provinciaux et développer des programmes de relèvement qui placent l’égalité au cœur de la reconstruction. Cette feuille de route est un engagement collectif : elle transforme un événement ponctuel en processus durable.

Photo de famille des différentes délégations des 24 provinces

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Le Forum de Mbujimayi marque un tournant pour la RDC. En articulant les solutions durables à la justice du genre, en assurant la traçabilité du genre dans les programmes structurants comme le PDL-145T et la réforme de la police, et en mobilisant des pays champions tels que la Corée et le Canada, il ouvre la voie à une action concertée entre le niveau national et les provinces. Le PNUD, par son rôle de catalyseur et d’innovateur, démontre que l’égalité de genre n’est pas seulement une exigence éthique, mais un vecteur de paix durable et de développement.

Dans un pays encore marqué par la mémoire de la chute de Goma et de Bukavu, ce Forum rappelle que la reconstruction ne peut se limiter à la réhabilitation d’infrastructures : elle doit aussi réparer le tissu social et reconnaître le rôle central des femmes dans la réinvention d’un avenir commun. La justice du genre, telle que promue par le PNUD et ses partenaires, devient ainsi la clé d’une paix véritable et d’un relèvement post-conflit à la mesure des aspirations du peuple congolais.

 

Texte: Xaverine Kira, Analyste Genre PNUD-RDC