Le courage silencieux des survivantes dans l’Est de la RDC interpelle

19 juin 2026
Photograph of a person in a colorful patterned outfit, face blurred, standing outside a building.

Maman Salima garde son sourire et crois fort en l'avenir malgré les violences et humiliations subies

Photo Othniel Lukusa PNUD-RDC

Chaque matin, dans l’Est de la République démocratique du Congo, de nombreuses femmes et filles se réveillent avec une peur omniprésente : celle de subir des violences sexuelles dans un contexte marqué par l’insécurité et les conflits armés. Pour certaines, cette peur devient une réalité qui bouleverse leur existence à jamais.

C’est le cas de Maman Salima (nom d’emprunt), résidente de Bweremana, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu. Son histoire est celle d’une survivante, mais aussi celle d’une femme qui refuse de laisser la violence définir son avenir.

Une nuit, des hommes armés ont fait irruption dans sa maison. Sous les yeux de ses six enfants, elle a été victime de violences sexuelles tandis que son mari était emmené vers une destination inconnue. « Ce jour-là a marqué ma vie pour toujours. J’ai cru que tout ce qui me restait m’avait été arraché », confie-t-elle avec émotion.

Privée d’un accès rapide à des soins médicaux adaptés, Maman Salima est tombée enceinte à la suite de cette agression. Une nouvelle qui a ravivé une douleur déjà profonde. « Le jour où j’ai découvert que j’étais enceinte, j’ai su que ma vie ne serait plus jamais la même. Je portais un enfant qui me rappellera toujours ce que j’ai traversé », raconte-t-elle.

Pourtant, au milieu de cette épreuve, sa détermination demeure intacte. Malgré les traumatismes, elle refuse que la violence dicte son rapport à l’enfant qu’elle attend. « Je ferai de mon mieux pour l’aimer et l’élever, car il est innocent dans cette affaire. Je ne veux pas que la haine gagne une deuxième fois », affirme-t-elle, les larmes aux yeux.

Photograph of a woman holding a baby outdoors in a village with blue huts.

C'est avec beaucoup d'amour et d'affection qui élève son bébé né dans des conditions difficiles

Photo Othniel Lukusa PNUD-RDC

Son témoignage illustre la force exceptionnelle de milliers de femmes confrontées à l’impensable. Mais il met également en lumière l’importance d’un accompagnement adapté pour amorcer le chemin de la reconstruction.

Grâce au Plan de réponse aux crises du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Maman Salima a pu accéder à un espace sûr dédié aux femmes de sa communauté. Elle y a trouvé un lieu d’écoute, de solidarité et de soutien psychosocial, aux côtés d’autres survivantes partageant des expériences similaires. « Quand je suis arrivée au centre, j’ai compris que je n’étais pas seule. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai trouvé des personnes qui m’écoutaient sans me juger », témoigne-t-elle. 

L’accompagnement ne s’est pas arrêté là. À travers la réhabilitation d’un centre de santé par l’Association des Volontaires pour la Solidarité et le Développement (AVSD), partenaire du PNUD, elle a également bénéficié d’un suivi médical régulier et d’une prise en charge de sa grossesse jusqu’à la naissance de son enfant. Au-delà de l’assistance médicale et psychosociale, les espaces sûrs permettent aux femmes de développer des activités génératrices de revenus afin de retrouver une autonomie économique souvent perdue à la suite des violences.

« Retrouver une activité m’a redonné confiance. Aujourd’hui, je sais que je peux encore construire quelque chose pour mes enfants et pour moi-même », explique Maman Salima.

Son histoire n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans les provinces de l’Est de la RDC, les violences sexuelles continuent de toucher des milliers de femmes et de filles. Selon le rapport cumulé 2021-2024 du Ministère du Genre sur les VBG, en 2024, le viol et les autres formes de violences sexuelles représentaient plus de 55 % des cas signalés dans les zones affectées par les conflits. Des chiffres qui demeurent largement sous-estimés en raison du silence, de la peur des représailles et de la stigmatisation qui empêchent encore de nombreuses survivantes de dénoncer les faits.

Maman Salima bénéficie d'une prise en charge holistique grâce au Projet Justice, Autonomisation et Dignité de la femme et de la fille (JAD)

Photo Othniel Lukusa PNUD-RDC

Face à cette réalité, le Projet Justice, Autonomisation et Dignité de la femme et de la fille (JAD), financé par le gouvernement du Canada et mis en œuvre par le PNUD, poursuit ses efforts pour documenter les incidents, offrir une prise en charge holistique aux survivantes et renforcer leur résilience. Depuis juillet 2025, cette assistance s’inscrit également dans le cadre du plan de crise du PNUD, mis en œuvre par des organisations nationales de la société civile qui travaillent au plus près des communautés affectées par les conflits.

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences sexuelles liées aux conflits, l’histoire de Maman Salima rappelle une vérité essentielle : derrière chaque statistique se trouve une vie, une famille et un combat pour retrouver sa dignité. "Je ne peux pas changer ce qui m’est arrivé. Mais je crois que mon histoire peut aider d’autres femmes à chercher de l’aide et à ne pas perdre espoir », conclut-elle.

Son courage est un puissant rappel que, même dans les circonstances les plus difficiles, la résilience peut ouvrir la voie à la guérison et à la reconstruction.

« Derrière chaque statistique des VBG se trouve une vie, une famille et un combat pour retrouver sa dignité ».