HE[R]EAL – Sa réalité : les femmes, la guerre et ce qui vient après

9 juin 2026
Tilted photo collage of multiple people in various settings on a dark green background.

Qui sont les femmes dans les conflits ? Des leaders locales issues de la société civile, du gouvernement et du secteur privé. Des combattantes. Les épouses et les compagnes de membres de groupes armés. Des mères, des sœurs et des filles qui subissent souvent les conséquences les plus lourdes des conflits. Des survivantes de la violence, des déplacements et de la privation. Pourquoi sont-elles entraînées dans la guerre ? Et que leur arrive-t-il quand celle-ci prend fin ?

Ces questions sont trop souvent négligées dans les récits sur les conflits et la paix. Pourtant, en réalité, les femmes sont présentes à tous les niveaux des conflits armés. Elles n’en sont pas exclues. Elles y sont prises au piège.

Cependant, lors des transitions de la guerre à la paix, leurs expériences restent méconnues et leurs besoins souvent insatisfaits.

Un monde façonné par les conflits et la fragilité

Les crises actuelles s’intensifient et se chevauchent.

  • 61 conflits interétatiques dans 36 pays en 2025, le nombre le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale
  • Au moins 233 000 personnes tuées dans des conflits en 2024, soit une augmentation de 30 % en un an
  • 117,2 millions de personnes déplacées de force dans le monde, dont la moitié sont des femmes et des filles
  • Près d’une femme ou fille sur six vit à moins de 50 km d’un conflit meurtrier
  • Une augmentation de 87 % des violences sexuelles liées aux conflits depuis 2022

Repenser le désarmement, la démobilisation et la réintégration

Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) est le terme technique qui décrit le processus aidant les groupes armés à se réinsérer dans la vie civile et les sociétés à passer de la guerre à la paix. Mais le DDR n’est pas seulement technique. Il est profondément humain. Et pour les femmes, il est souvent incomplet.

Dans le cadre du DDR, la réintégration est un processus long et fragile, façonné par les réalités économiques, sociales et psychologiques, ainsi que par les sociétés dans lesquelles les personnes retournent. La réintégration est cruciale pour déterminer si la paix tiendra.

Au-delà du processus formel

Le parcours des femmes commence bien avant le désarmement et se poursuit longtemps après la fin de la réintégration formelle. Il est façonné par la survie, la coercition, la nécessité et par des normes de genre qui persistent longtemps après le conflit.

Les recherches montrent que les femmes ont été présentes dans la majorité des groupes armés à travers le monde, y compris à des postes de commandement. Pourtant, leurs expériences restent trop souvent invisibles dans les systèmes de consolidation de la paix.

La réintégration est vécue, elle n’est pas linéaire

Le retour à la vie civile est rarement simple, car la stigmatisation peut persister, l’identité peut être remise en question et les opportunités peuvent s’amenuiser.

La participation des femmes aux groupes armés peut transformer leur identité, ce qui les oblige souvent à adopter des rôles et des comportements traditionnellement associés aux hommes et les conduit à se sentir déconnectées de leur féminité. Un retour progressif à l’expression de soi, comme le fait de pouvoir s’habiller et agir d’une manière qui leur semble à nouveau authentique, n’est ni simple ni complet.

La réintégration dans la vie civile peut introduire de nouvelles formes de stigmatisation et de difficultés, les anciens combattants étant confrontés au jugement de leurs communautés et même à des questions difficiles de la part de leurs propres familles.

Cependant, certains progrès réalisés par les femmes pendant les conflits ou les périodes de transition sont souvent anéantis une fois la paix rétablie, ce qui souligne la fragilité de ces acquis.

La réintégration ne concerne donc pas seulement les moyens de subsistance ou la sécurité. Elle concerne l’appartenance, la reconnaissance et l’acceptation sociale.

Les femmes, actrices du relèvement

Dans la pratique, la paix se reconstruit souvent à travers des actes quotidiens de relèvement. Les femmes rétablissent leurs moyens de subsistance, soutiennent leurs familles, dirigent leurs communautés, s’engagent dans la vie politique et remettent en question les systèmes de l’intérieur.

Les initiatives de réintégration communautaire montrent également comment la production et la prise de décision partagées peuvent rétablir la confiance, faire évoluer les normes de genre et favoriser la réconciliation.

HE[R]EAL – Sa réalité

HE[R]EAL est une exposition multimédia mondiale co-créée par le PNUD et la Folke Bernadotte Academy (FBA). Elle rassemble des photographies et des témoignages issus de situations de conflit, notamment en Éthiopie, en Colombie, aux Philippines et en Ukraine.

Elle remet en question les récits dominants sur les transitions de la guerre à la paix où, trop souvent, les femmes sont considérées uniquement comme des victimes ou sont complètement exclues de l’histoire.

HE[R]EAL offre une autre perspective : celle des femmes en tant que survivantes, anciennes combattantes, membres de la famille d’acteurs armés, aidantes, leaders et actrices du changement.

Pourquoi c’est important aujourd’hui

Cette exposition marque :

  • les 25 ans de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité
  • les 20 ans des cadres mondiaux de coordination en matière de DDR

Mais elle intervient également dans une situation d’urgence accrue. Le monde est confronté à une recrudescence des conflits, à une augmentation des déplacements de population, au stress climatique et à un rétrécissement de l’espace humanitaire. L’ONU estime que 239 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire en 2026, alors que seule une fraction d’entre elles en bénéficiera.

Dans le même temps, les conflits, les inégalités et la fragilité deviennent les principaux facteurs de la pauvreté. Dans ce contexte, la visibilité est importante car les expériences des femmes ne sont pas secondaires pour la paix. Elles sont au cœur de la pérennité de la paix.

Une invitation

HE[R]EAL est une invitation à voir la paix sous un autre angle, à travers les réalités des femmes. Car la réintégration n’est pas la fin du conflit. C’est le début de la vie après la guerre.