SCOLUR Côte d'Ivoire : accélérer la transition vers un cacao “zéro déforestation”

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire doit concilier compétitivité, durabilité et protection des forêts. En effet, le pays subit une déforestation importante entraînant une dégradation des terres et une perte de sa biodiversité. D’ici 2030, le gouvernement s’est engagé à restaurer 20% des zones forestières.

23 septembre 2025

Rendre durable une filière stratégique  

Lancé officiellement en février 2024, jusqu’en 2027, le projet SCOLUR-CI (Scaling up Cocoa-based Food Systems, Land Use and Restoration / Transformative Innovations in Côte d’Ivoire) vise à concilier la production durable de cacao et la restauration des paysages cacao-forêt. Les paysages cibles sont localisés dans quatre régions productrices de cacao, notamment : Cavally et du Guémon à l’Ouest, La Mé, au Sud et celle del’Indénié-Djuablin à l’Est.

Financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM/GEF) et exécuté par trois agences Onusiennes, la FAO, le PNUD et l’ONUDI), le projet SCOLUR a pour ambition de promouvoir la cacaoculture zéro déforestation à travers la mise à l’échelle de l’agroforesterie à base de cacaoyers, la conservation de la biodiversité et la valorisation des services écosystémiques et la restauration des portions de forêt dégradées dans le milieu rural, prioritairement à la périphérie des forêts classées et des aires protégées. En Côte d'Ivoire, les points focaux institutionnels sont le ministère d’Etat et le ministère de l’Agriculture, du Développement et des Productions Vivrières. Sur le terrain, la mise en œuvre est coordonnée par le World Agroforestry Centre (ICRAF) et la Société de Développement des Forêts (SODEFOR).

En bref, le projet SCOLUR a deux priorités : créer des chaînes de valeur cacao sans déforestation à travers l’agroforesterie à base de cacaoyers et restaurer les terres dégradées grâce à la foresterie communautaire et au renforcement des ilots de biodiversité dans le milieu rural. 

Par ailleurs, l'amélioration des moyens de subsistance des communautés locales, ainsi que le renforcement de l’autonomisation des femmes et des jeunes font partie des priorités. En Côte d'Ivoire, les femmes jouent en effet un rôle de premier plan dans la chaine de valeurs du cacao sans que cela soit suffisamment reconnu. En effet, elles interviennent dans la cueillette, la plantation et souvent l’entretien des jeunes plantules de cacaoyers à travers les cultures associées comme la banane plantain et le manioc et dans l’intégration des produit forestiers non ligneux (PFNL) dont le rôle dans la diversification des sources de revenus est reconnu. 

Les changements concrets sur le terrain 

Depuis son lancement en 2024, plusieurs réalisations ont été effectuées, à commencer par des actions prises dans le domaine de la gouvernance et la planification des paysages cacao-forêts des régions cibles du projet. Ainsi, quatre plateformes multi-acteurs de gestion des paysages (PMA) ont été créées (ou dynamisées) et sont maintenant pleinement opérationnelles dans les quatre régions bénéficiaires du projet.  

Quatre rapports des études de base ont été élaborés (deux biophysiques et deux socio-économiques), trois Plans de Gestion Intégrée du Paysage (PGIP) et trois Plans de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) ont aussi été rédigés et sont en cours de validation. Enfin, trois cartes d’usage des sols ont été actualisées et façonnées. 

 Améliorer la résilience des producteurs 

Les acteurs locaux ont par ailleurs bénéficié des initiatives portées par SCOLUR. Ainsi, des équipements informatiques et bureautiques ont été donnés aux quatre PMA pour un montant de 11 000 000 de FCFA, et du matériel agricole a été remis à vingt-deux coopératives et groupements de travail pour une valeur de 37 000000 FCFA. Enfin, un catalogue de modèles agroforestiers à base de cacaoyers a été validé en septembre 2024 pour sélectionner les quatre modèles qui seront vulgarisés dans les zones d’intervention du projet SCOLUR. La sensibilisation des producteurs et la promotion de l’agroforesterie à base de cacaoyers est aussi un pilier des actions initiées par SCOLUR.  

Dans cet optique, 3 144 ha de parcelles agroforestières ont été installées, et 95 924 plants agroforestiers issus du Conseil du Café-Cacao et 20 000 plants agroforestiers fruitiers issus ont été mis en terre. En novembre 2024, 40 ha de parcelles de démonstrations qui serviront “d’héritage” du projet ont été établis sur vingt sites.  

Enfin, l’élaboration d’outils de promotion de la finance verte pour financer la transition agroécologique dans la cacaoculture a été valorisée par l’intermédiaire d’une étude sur les « Caractérisations des donateurs publics et investisseurs privés potentiels pour l’agroforesterie cacao », et un pilote pour un modèle de financement innovant de l’agroforesterie est en cours de création.  

Un processus en marche

Le renforcement de la durabilité de la chaine de valeurs du cacao est vital pour l’économie de la Côte d'ivoire. Elle passe par un verdissement des paysages de cacaoyers à travers l’intégration des arbres compagnons du cacaoyer dans les plantations “plein soleil”, un renforcement de la présence des ilots de forêts, une restauration des milieux dégradés et une sensibilisation des institutions financières pour faciliter le financement des technologies de production durable du cacao à base de l’agroforesterie dans les régions productrices de cacao.  

Pour atteindre cet objectif, il est important d’élaborer des outils et indicateurs qui permettront de certifier qu’un paysage répond aux normes de durabilité en lien avec les normes régionales et internationale existante.