L'Afrique francophone s'attèle à combler le déficit de financement de la biodiversité alors que le monde se prépare à la COP17 sur la biodiversité
31 mars 2026
Un atelier clé dotera 24 pays francophones des outils nécessaires pour combler leur déficit de financement de la biodiversité, avec le soutien du PNUD-BIOFIN, de l'IFDD et du Fonds pour l'environnement mondial
Casablanca, Maroc, 31 mars 2026
Les forêts du bassin du Congo abritent plus d'espèces que presque n'importe quel autre endroit sur Terre. Madagascar abrite des plantes et des animaux que l'on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète. Les forêts guinéennes d'Afrique de l'Ouest comptent parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité au monde. Et pourtant, les pays chargés de protéger ces habitats irremplaçables peinent à financer leurs efforts de conservation.
Cette semaine, 24 pays africains francophones se réunissent à Casablanca pour tenter de changer cette situation. L'Atelier régional francophone sur le financement de la biodiversité (31 mars-2 avril) est co-organisé par l'Initiative pour la Finance de la Biodiversité (BIOFIN) du PNUD, l'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) et le Fonds pour l'environnement mondial (FEM).
« Le Maroc est pleinement engagé à intégrer la biodiversité dans les politiques publiques et les mécanismes financiers, notamment à travers l’élaboration de son Plan national de financement de la biodiversité. Renforcer les synergies entre le financement de la lutte contre le changement climatique et celui de la biodiversité est un levier essentiel pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial », a déclaré M. Bouzekri Razi, secrétaire général au ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable.
L’objectif est à la fois concret et urgent : doter les pays participants des outils techniques, des réseaux de pairs et des plans de financement de la biodiversité dont ils ont besoin pour protéger leur patrimoine naturel.
« La biodiversité et les services écosystémiques sont reconnus comme le fondement de nos économies, de notre sécurité alimentaire, de notre résilience climatique et du bien-être de nos populations, en particulier dans les zones rurales, côtières et montagneuses », a déclaré Noëlla Richard, représentante résidente adjointe du PNUD au Maroc.
« Notre ambition commune est désormais claire », a-t-elle expliqué, « : aider chaque pays à élaborer une feuille de route opérationnelle, adaptée à son contexte national, afin de combler le déficit de financement en faveur de la nature, de mieux orienter les dépenses publiques et privées, et d’ancrer fermement la biodiversité au cœur des stratégies de développement et des décisions économiques. »
Les plans de financement de la biodiversité sont reconnus à l’échelle mondiale comme une « mesure habilitante » importante pour les pays signataires du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité (KMGBF) — un accord international historique de 2022 visant à protéger et à restaurer la biodiversité.
Le KMGBF a fixé des objectifs ambitieux pour 2030 : protéger 30 % des terres et des océans de la planète, éliminer les subventions néfastes et, surtout, combler un déficit de financement de la biodiversité estimé à plus de 700 milliards de dollars par an.
Élaborés et mis en œuvre avec le soutien de l’Initiative pour la Finance de la biodiversité du PNUD, ces plans ont permis à 41 pays partenaires de mobiliser plus de 2,7 milliards de dollars de financement pour la nature depuis 2018.
Avec le soutien du Fonds pour l'environnement mondial, BIOFIN aide 91 pays supplémentaires à élaborer leurs plans de financement de la biodiversité, dont les 24 pays qui ont participé à l'atelier.
« Nous sommes à un tournant », a expliqué Mariana Bellot, responsable du Programme mondial pour la finance de la biodiversité du PNUD.
« Les solutions mises en œuvre dans 41 pays ont permis de mobiliser 2,7 milliards de dollars pour la nature. Mais avec 91 pays supplémentaires désormais soutenus grâce au partenariat avec le FEM, nous mettons en place les fondements d’une initiative d’une ampleur bien plus grande.
À mesure que ces pays passent de la planification à la mise en œuvre, la possibilité de faire évoluer la situation concernant le déficit de financement de la biodiversité devient plus réelle que jamais », a-t-elle déclaré.
« À travers cet atelier régional francophone organisé avec BIOFIN et le FEM, nous réaffirmons notre engagement à aider les États membres et les gouvernements à renforcer leurs capacités à mobiliser des financements crédibles et structurés, adaptés aux défis liés à la biodiversité. » a déclaré Cécile Martin-Phipps, directrice de l’IFDD, à propos des priorités de l’organisation dans le cadre de son soutien à cet atelier francophone.
À l’approche de la COP17 — le prochain grand sommet des Nations unies sur la biodiversité —, la pression s’intensifie sur les gouvernements pour qu’ils affichent des progrès concrets et mesurables. Les pays devront démontrer non seulement leur intention, mais aussi leurs résultats : des stratégies nationales actualisées en matière de biodiversité, de nouveaux mécanismes de financement et la preuve que les fonds sont effectivement acheminés là où la nature en a le plus besoin.
Pour de nombreux pays francophones d’Afrique, cette pression est particulièrement forte. Riches en biodiversité, ils comptent également parmi les pays confrontés aux plus grandes contraintes financières — et, jusqu’à récemment, ceux qui avaient le moins accès à un soutien technique dans leur propre langue.
Pendant trois jours, les délégués — deux par pays, généralement le point focal national de la CDB et le coordinateur national de BIOFIN — travailleront sur l’ensemble de la méthodologie BIOFIN, échangeront leurs expériences au-delà des frontières et commenceront à élaborer des concepts concrets pour des solutions de financement nationales adaptées à leur propre contexte.
La méthodologie BIOFIN guide les pays à travers quatre étapes interconnectées : une analyse des politiques et des institutions, une évaluation des dépenses en matière de biodiversité, une analyse des besoins financiers et l'élaboration d'un plan national de financement de la biodiversité adapté au contexte de chaque pays.
L'échange entre pairs est, de l'avis général, aussi précieux que la formation technique. Les pays qui ont déjà progressé dans la méthodologie BIOFIN partageront ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné, offrant ainsi aux nouveaux participants une image plus honnête et plus concrète de la mise en œuvre que ne peut le fournir aucun manuel.
À l'issue de l'atelier, les participants devraient repartir avec des capacités techniques renforcées, des outils pour hiérarchiser des solutions de financement adaptées à leur contexte national et les bases d'un réseau francophone durable pour le financement de la biodiversité.
Les résultats de l'atelier sont également conçus pour alimenter directement les discussions de la COP17 — en apportant des preuves, des enseignements et des données nationales susceptibles d'influencer la prise de décision mondiale sur les cibles 14, 15, 16, 18 et 19 du Cadre mondial pour la biodiversité (GBF), qui couvrent ensemble la mobilisation de financements, l'engagement du secteur privé, la réforme des subventions néfastes et le soutien international aux pays en développement.
La perte de biodiversité qui se produit actuellement en Afrique francophone n’est pas un phénomène abstrait. Les scientifiques avertissent que le bassin du Congo — la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde — subit une pression croissante due à l’expansion agricole et à l’exploitation forestière illégale.
Le postulat de l'atelier de cette semaine — et de l'initiative BIOFIN au sens large — est que combler le déficit de connaissances et de capacités est une condition préalable pour combler le déficit de financement.
À PROPOS DE BIOFIN
L'Initiative pour la Finance de la biodiversité (BIOFIN) du PNUD travaille avec plus de 130 pays pour transformer la manière dont les économies et les systèmes financiers valorisent la nature et y investissent. Depuis 2018, BIOFIN a catalysé plus de 2,7 milliards de dollars en faveur de la nature — en aidant les pays à réformer leurs politiques, à aligner leurs budgets et à attirer les investissements —, favorisant ainsi le changement économique et financier au cœur de l’Engagement pour la nature du PNUD visant à préserver les écosystèmes pour les populations et la planète.
- À PROPOS DE L'IFDD
L'IFDD, la référence de la Francophonie en matière de développement durable : L'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), organe subsidiaire de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), est basé au Québec depuis près de 40 ans. Sa mission est de faciliter la coopération en faveur de la transition écologique et du développement durable parmi les 90 États membres et gouvernements de la Francophonie.
- À PROPOS DU FEM
Le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) regroupe plusieurs fonds multilatéraux qui travaillent ensemble pour relever de manière intégrée les défis les plus urgents de la planète. Son financement aide les pays en développement à relever des défis complexes et à œuvrer à la réalisation des objectifs environnementaux internationaux. Au cours des trois dernières décennies, le FEM a fourni plus de 26 milliards de dollars de financement, principalement sous forme de subventions, et a mobilisé 153 milliards de dollars supplémentaires pour des projets prioritaires menés par les pays.