MOT D’OUVERTURE DE MME ILARIA CARNEVALI À LA 9ÈME ÉDITION DU MOROCCO TODAY FORUM

28 juillet 2026
Photo: Speaker at podium on stage with red flag beside, audience seated; screen shows portraits.

24 juillet, Errachidia

Madame la Ministre de la Transition Numérique et de la Réforme de l'Administration

Monsieur le Ministre délégué chargé du Budget ( TBC)

Monsieur le Wali, Directeur Général des Collectivités Territoriales,

Monsieur le Wali de la Région Drâa-Tafilalet,

Monsieur le Vice-Président de l’Association des Régions du Maroc,

Monsieur le Président du Conseil Régional de Traa Tafilalet

Monsieur le Président du Groupe le Matin

Mesdames et Messieurs les Ministres, Gouverneurs, élus, représentants des institutions nationales, du secteur privé, de la société civile et des partenaires du développement,

Mesdames et Messieurs, 

C’est un honneur de prendre part à cette neuvième édition du Morocco Today Forum, consacrée à un thème essentiel pour l’avenir du Royaume : « Le Maroc des territoires, pour une émergence intégrée et inclusive ».

Au PNUD, nous portons une conviction simple : le développement n’est pas seulement une trajectoire économique. Il est d’abord un engagement envers les personnes. Depuis 1990, le concept de développement humain nous rappelle que le progrès se mesure à l’élargissement des choix, des libertés et des capacités de chaque personne.

Cette approche était inspirée notamment par les travaux du prix Nobel Amartya Sen, qui a dit du développement territorial :

« Le développement territorial et local ne peut être mesuré de manière réaliste par le seul revenu. Il doit plutôt être évalué à l’aune des libertés substantielles dont jouissent les personnes vivant dans ces territoires : leur capacité à mener la vie qu’elles ont des raisons de valoriser, soutenue par des opportunités locales, l’éducation et la santé. »

Ainsi, l’Agenda 2030 et l’engagement à ne laisser personne de côté à son cœur, prennent tout leur sens lorsqu’ils deviennent des progrès concrets, visibles et ressentis au plus près des populations.

À partir de l’expérience du PNUD dans plus de 170 pays et territoires, trois enseignements se dégagent à cet égard. Premièrement, l’action locale produit son plus grand impact lorsqu’elle est intégrée : les populations ne vivent pas le développement par secteurs, mais à travers l’accès à l’eau, à l’énergie, aux services, aux transports, à l’emploi et aux opportunités. Deuxièmement, le financement est décisif : les priorités territoriales doivent devenir des plans investissables, capables de mobiliser ressources publiques, investissement privé, finance climatique et finance à impact. Troisièmement, la localisation des objectifs de développement durable n’est pas un exercice technique, mais un levier de transformation du développement vécu au quotidien.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le Maroc s’affirme aujourd’hui comme un pays en pleine émergence, porté par une vision de long terme, des réformes structurantes et des investissements majeurs dans le capital humain, les infrastructures, la protection sociale et les transitions économique, énergétique et digitale. Elle se reflète notamment dans l’Indice de développement humain : le Maroc a atteint un IDH de 0,710, entrant dans la catégorie des pays à développement humain élevé. L’enjeu est désormais de faire en sorte que cette dynamique irrigue pleinement toutes les régions du Royaume, conformément à l’ambition portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI d’un développement équilibré, inclusif et proche des citoyens.

Il est particulièrement significatif de nous réunir ici, à Errachidia, aux portes du Tafilalet. La région de Drâa-Tafilalet porte une histoire profonde de résilience, d’ingéniosité et d’organisation collective. Ses oasis, ses systèmes de gestion de l’eau, ses Ksour et Kasbah témoignent d’un patrimoine naturel, culturel et humain exceptionnel, et aussi d’un grand potentiel économique diversifié. Elle nous rappelle qu’un territoire ne se définit pas seulement par ses contraintes, mais aussi par sa capacité à transformer ses fragilités en forces, son patrimoine en avenir et ses savoir-faire en opportunités.

C’est là toute la puissance du développement territorial : transformer une vision nationale en expérience vécue, relier les grandes réformes aux réalités locales, et faire converger l’action publique, l’investissement, l’innovation et les aspirations citoyennes autour d’un projet commun.

Pour faire de cette ambition une réalité durable, quatre leviers nous semblent décisifs sur la base du travail du PNUD au niveau national et global.

Le premier est une gouvernance territoriale inclusive, performante et fondée sur les données. Au Maroc, la régionalisation avancée offre un cadre stratégique majeur pour renforcer la capacité des territoires à anticiper, planifier, financer, mettre en œuvre et évaluer leurs politiques publiques. Cela suppose une coordination renforcée entre les niveaux de gouvernance, une participation citoyenne effective et des outils de suivi permettant d’orienter l’action publique vers des résultats transformateurs.

Le deuxième levier est une économie territoriale inclusive et créatrice d’emplois décents. L’émergence des territoires ne peut reposer uniquement sur les infrastructures. Elle doit transformer les potentialités locales en opportunités économiques durables, notamment pour les jeunes, les femmes et les populations des zones rurales, oasiennes et montagneuses. Produits du terroir, chaînes de valeur agricoles, artisanat, tourisme durable, économie sociale et solidaire, PME vertes et start-ups locales peuvent devenir de véritables moteurs de prospérité territoriale. Les expériences menées au Maroc, y compris dans les zones oasiennes, rurales et enclavées, montrent qu’en conciliant préservation du patrimoine, valorisation des savoir-faire, durabilité environnementale et amélioration des conditions de vie, un patrimoine naturel et culturel peut devenir un levier de développement économique et social.

Le troisième levier est la transition écologique comme moteur de compétitivité et de résilience territoriale. Les territoires sont parmi les premiers touchés par le stress hydrique, la pression sur les ressources naturelles et la vulnérabilité des activités agricoles. Mais ils sont aussi les premiers espaces d’innovation et d’adaptation. La transition verte peut créer de la valeur, des emplois et des investissements lorsqu’elle s’appuie sur les ressources et les avantages comparatifs de chaque région.

Le quatrième levier est la transformation numérique et l’innovation au service du développement territorial. Les données, les plateformes numériques et l’intelligence artificielle peuvent améliorer les services publics, renforcer la planification, suivre les projets en temps réel et rapprocher les administrations des citoyens. Mais le numérique n’a de sens que s’il est inclusif, s’il réduit les distances, renforce les compétences et facilite l’accès des femmes, des jeunes, des personnes en situation de handicap et des populations rurales aux opportunités de demain.

Ces quatre leviers ne peuvent produire pleinement leurs effets qu’à travers deux accélérateurs indispensables : le financement et le partenariat.

Le premier accélérateur : un financement territorial intégré et innovant. Les ambitions territoriales appellent une capacité nouvelle à aligner les ressources nationales, l’investissement privé, la finance climatique et la finance à impact autour de stratégies claires, crédibles et orientées vers les résultats. Les cadres de financement intégrés et les cartographie des investissements, y compris dans leur déclinaison territoriale, peuvent aider à transformer les potentialités locales en portefeuilles d’investissement concrets et inclusifs.

Le deuxième accélérateur est le partenariat. Aucun acteur ne peut relever seul la complexité des défis territoriaux. La transformation des territoires repose sur une alliance entre l’État, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités, la société civile, les partenaires techniques et financiers et, surtout, les citoyens eux-mêmes. Cette alliance doit favoriser le dialogue, la coordination, la redevabilité et la confiance.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

La nouvelle génération du développement territorial appelle donc une culture de l’action publique fondée sur la proximité, la co-construction, l’innovation, l’apprentissage continu et l’évaluation de l’impact. Elle appelle aussi une nouvelle culture de partenariat autour des priorités des territoires.

Le Maroc dispose, dans ses territoires, d’un capital immense : un patrimoine vivant, des ressources humaines jeunes et créatives, des institutions engagées, des collectivités en mouvement, un secteur privé appelé à jouer un rôle croissant, et surtout, une précieuse vision nationale qui place le développement inclusif et durable au cœur du projet de société.

La question n’est plus seulement de savoir comment développer les territoires. Elle est de créer les conditions pour qu’ils deviennent les moteurs de leur propre transformation, dans le cadre de la vision nationale de long terme. C’est là que réside le potentiel le plus prometteur d’une émergence inclusive : lorsque chaque région contribue pleinement à la prospérité commune, lorsque chaque territoire révèle ses forces, et lorsque chaque citoyenne et chaque citoyen peut se projeter dans un avenir porteur d’opportunités et de choix.

Le PNUD demeure pleinement engagé aux côtés du Royaume du Maroc pour accompagner cette dynamique, en appui aux acteurs nationaux et locaux du développement. Nous continuerons à encourager le dialogue autour de solutions intégrées de développement territorial durable, qui peuvent inspirer bien au-delà des frontières du Royaume. Car le développement territorial constitue, partout dans le monde, le cœur de l’action pour la réalisation des Objectifs de développement durable à l’Horizon 2030. 

Je vous remercie.

C’est là toute la puissance du développement territorial : transformer une vision nationale en expérience vécue, relier les grandes réformes aux réalités locales, et faire converger l’action publique, l’investissement, l’innovation et les aspirations citoyennes autour d’un projet commun.