« Parlons développement » : quand la jeunesse marocaine réinvente le débat public
28 septembre 2026
Depuis 2021, une initiative portée par le PNUD, la Banque mondiale et le Policy Center for the New South a fait le pari d'un dialogue direct avec les jeunes marocain.e.s. Cinq ans et 24 éditions plus tard, le pari est réussi: plus de 38 000 jeunes ont pris part à ces échanges qui transforment des concepts abstraits en leviers d'action concrets.
Un dialogue pour démocratiser le développement durable
Comment rendre les Objectifs de développement durable (ODD) et le Nouveau Modèle de Développement tangibles pour ceux qui en seront les premiers artisans ? C'est la question à l'origine de « Parlons développement », lancée en avril 2021 par le bureau du PNUD au Maroc, la Banque mondiale et le Policy Center for the New South (PCNS).
Le pari est simple mais ambitieux : sortir les débats sur le développement des cercles d'experts pour les porter directement dans les universités, y compris les plus éloignées des grands centres urbains. Car dans cette initiative, les jeunes ne sont pas de simples spectateurs : ils sont les acteurs principaux d'un dialogue intergénérationnel qui nourrit à la fois leur réflexion et les politiques publiques de demain.
L'innovation au cœur du format : croiser les regards pour éclairer chaque enjeu
Ce qui distingue « Parlons développement » d'un débat universitaire classique, c'est la manière dont chaque thématique est traitée. Plutôt que de confier la parole à un seul type d'intervenant, chaque édition réunit un panel volontairement pluriel : un.e représentant.e des institutions nationales, un.e autre des organisations internationales, un.e académicien.e, un.e acteur.trice de la société civile et un.e représentant.e du secteur privé — dans un souci constant d'équilibre entre les genres.
Cette diversité n'est pas un simple exercice de représentativité : elle est le véritable moteur de l'innovation du projet. En confrontant les regards institutionnel, scientifique, associatif et entrepreneurial sur un même enjeu — qu'il s'agisse de l'économie bleue, de la pénurie d'eau ou de l'égalité des genres — le débat gagne en profondeur et en nuance, et les jeunes apprennent à appréhender un même problème sous des angles qu'ils n'auraient pas croisés autrement.
Chaque édition démarre par un atelier préparatoire de deux heures, animé par un.e. expert.e., où les étudiant.e.s explorent en petits groupes les enjeux de la thématique retenue avec les partenaires locaux. Vient ensuite le débat : un statement d'ouverture porté par un.e jeune, puis des panélistes qui ne disposent que de cinq minutes chacun pour présenter leurs idées, avant de laisser la majeure partie du temps au dialogue avec le public. Ce déséquilibre volontaire — peu de temps pour les expert.e.s, beaucoup pour l'échange — traduit une priorité claire : ce n'est pas l'exposé qui prime, mais l'interaction.
Le dialogue plutôt que la confrontation
À la différence d'un débat contradictoire classique, « Parlons développement » cultive une autre approche : celle du dialogue. Les points de vue divergent, parfois se heurtent, mais l'objectif n'est jamais de désigner une position gagnante — il est de construire, collectivement, des recommandations qui tiennent compte de cette diversité. Cette démarche invite les expert.e.s à écouter autant qu'à s'exprimer, et les jeunes à questionner les intervenant.e.s avec esprit critique tout en s'appropriant les enjeux.
Ce format a permis d'aborder vingt-cinq thématiques aussi variées que l'économie bleue à Tanger, la pénurie d'eau dans le Sud, l'égalité des genres à Fès, la santé mentale des jeunes à Tifelt, ou plus récemment le patrimoine culturel de Zagora — dans autant de régions marocaines. Une même conviction les traverse toutes : le développement se construit par le dialogue, pas par la juxtaposition de discours.
Un partenariat multi-acteurs qui a fait ses preuves
Cinq ans après son lancement, la collaboration entre le PNUD, la Banque mondiale et le PCNS reste l'un des piliers de la réussite du projet. Chaque institution y apporte une expertise et un réseau distincts, sans jamais chercher à imposer sa propre grille de lecture — une posture qui reflète, à l'échelle du partenariat, le même esprit de dialogue que celui promu sur le terrain.
Cette alliance s'est également enrichie avec le temps : expert.e.s du PNUD et d'autres agences des Nations Unies, seniors fellows du PCNS, spécialistes de la Banque mondiale, mais aussi représentant.e.s d'institutions nationales, d'universités et du secteur privé se sont progressivement joints à l'initiative, consolidant un véritable écosystème d'acteur.rice.s engagé.e.s autour d'un objectif commun.
Des résultats qui parlent
Les chiffres témoignent de l'ampleur prise par l'initiative : 40 000 participants touchés, dont 25 800 jeunes en présentiel et plus de 13 700 en ligne ; 139 expert.e.s nationaux et internationaux mobilisés ; 33 partenaires engagés ; et 157 retombées médiatiques.
Mais au-delà des statistiques, ce sont les voix des participant.e.s qui racontent le mieux l'impact du projet. Rabiaa Cherrat, étudiante à l'ENCG de Tanger, se souvient d'un débat où « il y a eu une interaction entre nous et les experts». Pour Salah-Eddin Erriq, étudiant à l'EST de Fquih Ben Saleh, ce sont les expériences partagées par les intervenant.e.s qui ont le plus marqué : « c'est la meilleure chose pour pouvoir l'appliquer dans sa vie ». Louisa Battioui, fondatrice de Forum 2040, salue quant à elle « un échange d'expertise et d'expérience construit à partir des questions posées par les jeunes », qui permet de comprendre comment parler de développement de manière inclusive. Le Pr Yacine Zoubi, de la Faculté des sciences et techniques d'Al Hoceima, y voit une occasion précieuse de « sortir des amphis » pour créer un autre type de contact avec les étudiants.
« Parlons développement est le reflet de notre engagement envers la jeunesse marocaine, qui est la clé d'un avenir durable », résume Ilaria Carnevalli, Représentante résidente du PNUD Maroc. Un constat partagé par Karim El Aynaoui, Président exécutif du PCNS, pour qui « c'est ensemble, dans l'échange et le partage, que nous construisons un Maroc toujours plus inclusif, durable », et par Ahmadou Moustapha Ndiaye, Directeur de division de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, qui rappelle que « nos trois institutions croient en la force du dialogue ».
Vers une initiative pérenne et réplicable
Le succès du modèle dépasse aujourd'hui les frontières marocaines : en 2025, l'initiative a été répliquée à Madagascar, suite à un transfert d'expérience entre bureaux du PNUD. Au Maroc, un premier « Club Parlons dév » a vu le jour en 2026 avec le Club Agora de l'UM6P, où des étudiant.e.s prennent eux-mêmes en charge la pérennisation de l'initiative au sein de leur université, avec l'appui du PNUD, de la Banque mondiale et du PCNS.
D'autres pilotes sont en cours de préparation avec de nouvelles universités partenaires, confirmant le potentiel de réplicabilité de ce modèle et sa capacité à ancrer durablement la voix des jeunes dans les débats de politiques publiques.
« Parlons développement » illustre ainsi la capacité du PNUD à innover, à s'ancrer dans les territoires et à faire du dialogue intergénérationnel un véritable moteur de développement durable. Une aventure qui, cinq ans après son lancement, ne fait que commencer.
Le PNUD Maroc remercie l'ensemble des universités, institutions publiques, organisations de la société civile et partenaires du secteur privé qui, édition après édition, rendent possible cette initiative, ainsi que la Banque mondiale et le Policy Center for the New South pour cette collaboration fructueuse.
Vous pouvez voir les dialogues Parlons développement ici.
Pour plus d'informations, veuillez contacter Yassmine Bellakhdim, Project coordinator and gender focal point, Yassmine.bellakhdim@undp.org