Quand la tradition renforce l'État de droit : le Dinabe d'Atsimo-Andrefana homologué
22 septembre 2026
Après plusieurs mois de concertations plus inclusives réunissant la communauté, autorités administratives et judiciaires, collectivités territoriales, leaders communautaires et représentants de la société civile, le Dinabe de la région Atsimo-Andrefana franchit une étape décisive avec son homologation officielle.
Cette reconnaissance marque l'aboutissement d'un processus conduit dans le cadre du projet LANDJA, financé par le Fonds des Nations Unies pour la Consolidation de la Paix, et mis en oeuvre par le PNUD Madagascar, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme et MSIS Tatao, sous le leadership du ministère de la Justice. L’objectif du projet est de rapprocher la justice traditionnelle de la justice formelle et renforcer durablement l'État de droit ainsi que la cohésion sociale à Madagascar.
Mais au-delà de son homologation juridique, cette nouvelle version du Dinabe constitue avant tout une avancée concrète pour les communautés. Elle dote la région d'un cadre plus moderne, plus transparent et mieux adapté aux réalités actuelles, tout en préservant les valeurs et les mécanismes traditionnels qui font la force du Dina.
Une gouvernance plus crédible au service des communautés
L'une des principales avancées concerne le renforcement de la gouvernance des Komity Mpanatanteraka ny Dina (KMD). Les nouvelles dispositions instaurent des règles plus claires pour leur élection, leur nomination et leur fonctionnement, tout en renforçant les critères d'intégrité des responsables communautaires et le rôle du Comité des Sages dans le suivi des procédures.
En améliorant la transparence et la redevabilité des instances du Dinabe, cette réforme vise à renforcer la confiance des citoyens envers les mécanismes communautaires de prévention et de règlement des conflits.
Une meilleure complémentarité avec la justice de l'État
La révision clarifie également les relations entre le Dinabe et le système judiciaire national. Les procédures sont désormais mieux définies et les situations relevant prioritairement de la justice pénale sont clairement identifiées.
Cette meilleure articulation permet de sécuriser juridiquement les décisions prises au niveau communautaire, tout en favorisant une coopération plus efficace entre autorités traditionnelles et institutions judiciaires.
Des droits humains davantage protégés
Les concertations ont aussi permis d'intégrer des garanties importantes en matière de droits humains. Le Hazofoty [1] est maintenu comme mécanisme traditionnel, mais son application est désormais strictement encadrée afin de préserver l'accès aux soins, à l'éducation, à l'eau, aux activités génératrices de revenus et aux rites funéraires. La réforme consacre également le principe de responsabilité individuelle en supprimant les dispositions pouvant engager la responsabilité des membres d'une même famille.
Ces évolutions contribuent à rendre le Dinabe plus protecteur, plus équitable et davantage conforme aux principes fondamentaux des droits humains.
Le projet Landja est financé par le Peace Building Funds et est mis en oeuvre par le PNUD Madagascar, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, et MSIS TATAO sous la tutelle du Ministère de la Justice de Madagascar
Un Dinabe tourné vers les défis d'aujourd'hui
Cette nouvelle version du Dinabe élargit également son champ d'action en intégrant les enjeux environnementaux. Protection des ressources naturelles, lutte contre les feux de brousse et gestion durable du patrimoine naturel font désormais partie des priorités identifiées par les communautés, avec l'appui des services techniques, notamment la Direction Régionale de l'Environnement et du Développement Durable (DREDD).
Le Dinabe devient ainsi un véritable outil de gouvernance locale capable d'accompagner les communautés face aux défis contemporains.
Une réforme porteuse d'impacts durables
Avec son homologation, le Dinabe d'Atsimo-Andrefana entre désormais dans une nouvelle phase : celle de sa mise en œuvre effective au bénéfice des populations.
À terme, cette réforme devrait permettre de renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions, d'améliorer la prévention et la résolution des conflits, de consolider la complémentarité entre justice traditionnelle et justice formelle, tout en favorisant une meilleure protection des droits humains et une gouvernance communautaire plus responsable.
Au-delà d'une simple révision juridique, cette homologation constitue un investissement dans la stabilité, la cohésion sociale et le développement durable de la région. Elle illustre l'ambition du projet LANDJA de faire du Dina un levier de paix, de dialogue et de gouvernance locale au service de communautés plus résilientes et d'un État de droit renforcé.
[1] Hazofoty: le Hazofoty est une sanction communautaire traditionnelle prévue par le Dinabe. Il s'agit d'une mesure d'exclusion sociale temporaire prononcée à l'issue d'un Kabary Dina contre une personne reconnue coupable de certaines infractions.