Des moyens de subsistance résilients face au changement climatique renforcent la paix, la stabilité et la cohésion sociale.
Les femmes à l’avant-garde de la lutte pour le climat, la paix et la sécurité
5 mars 2026
Des ingénieures installent des panneaux solaires en Mongolie, élargissant l’accès à une énergie propre et à des systèmes de chauffage plus efficaces dans les communautés rurales.
Dans les collines du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, les habitants ont l’habitude de récolter des chenilles comestibles qui vivent dans des arbres. Or, des années de conflit ont entraîné un appauvrissement de ces forêts. Pour les femmes qui dépendent de cet environnement pour nourrir leurs familles et gagner leur vie, c’est une perte considérable qui leur laisse peu de moyens de s’en sortir alors que la situation sécuritaire et environnementale s’aggrave.
Dans tous les contextes de crise, le changement climatique ne fait qu’amplifier les tensions qui fragilisent la paix et la sécurité. Les sécheresses, les inondations et la dégradation des terres mettent à rude épreuve les systèmes alimentaires et épuisent les moyens de subsistance, ce qui ne fait qu’accroître la pression exercée sur des ressources déjà rares comme la terre ou l’eau, et donc le risque de conflit. Par ailleurs, dans les pays déjà touchés par un conflit, ces chocs climatiques aggravent la pauvreté, affaiblissent les institutions et compliquent encore le processus de rétablissement, créant un cercle vicieux où les pressions climatiques et l’insécurité se renforcent mutuellement.
Selon les estimations, 1,1 milliard de personnes dans le monde vivent dans une pauvreté multidimensionnelle, dont 40 % vivent dans des pays touchés par des conflits, fragilisés ou peu paisibles. Dans le même temps, près de huit personnes sur dix qui vivent dans une pauvreté multidimensionnelle − soit 887 millions sur les 1,1 milliard de personnes concernées dans le monde − sont directement exposées à des aléas climatiques comme les chaleurs extrêmes, les inondations, la sécheresse ou la pollution de l’air.
Les risques sont plus importants pour les femmes qui dépendent plus souvent de moyens de subsistance sensibles aux aléas climatiques comme l’agriculture ou la récolte de produits forestiers, alors que, parallèlement, elles sont moins à même de posséder des terres, d’accéder à des financements et de participer aux prises de décisions. Tandis que l’insécurité et les pressions exercées par le changement climatique désorganisent les moyens de subsistance traditionnels, les hommes migrent à la recherche de revenus ou de sécurité, laissant derrière eux des communautés de plus en plus « féminisées » au sein desquelles les femmes assument des responsabilités économiques et sociales toujours plus importantes, mais sans bénéficier ni des droits ni des protections associés à ces responsabilités.
Par ailleurs, lorsque les moyens de subsistance disparaissent ou que les familles sont déplacées, le risque pour les femmes et les filles d’être confrontées à des formes de violence domestique ou sexuelle, à des mariages précoces ou à d’autres formes d’exploitation augmente.
Cela étant, ces mêmes bouleversements offrent également aux femmes l’occasion d’être à l’initiative pour faire en sorte que les communautés soient plus résilientes en restaurant des écosystèmes dégradés, en rétablissant des moyens de subsistance et en renforçant la cohésion sociale.
Protéger les moyens de subsistance, renforcer la cohésion sociale
Dans les environnements fragiles ou touchés par un conflit, des moyens de subsistance résilients face au changement climatique sont non seulement une priorité pour s’adapter à ce changement, mais aussi un moyen important de renforcer la paix, la stabilité et la cohésion sociale.
Au Yémen, des années de conflit ont déjà affaibli les systèmes alimentaires et les économies rurales d’un pays où le changement climatique aggrave encore les sécheresses et les pénuries d’eau. Les femmes des populations locales enseignent comment se débrouiller et travailler avec des ressources limitées − un savoir traditionnel qui se transmet de génération en génération. Il devient en effet crucial d’acquérir de telles compétences face à la pression croissante exercée sur l’environnement, à la montée de l’insécurité et à la rareté grandissante des ressources.
Avec le soutien du PNUD, des agricultrices sont formées à des méthodes scientifiques de gestion de l’eau, qui permettent de maintenir une activité agricole dans des régions où la ressource est rare. En participant aux associations et aux groupes d’usagers de l’eau, ces femmes jouent également un rôle actif dans la gestion des ressources communes et la résolution des conflits liés à l’eau au sein de leurs communautés, contribuant ainsi à renforcer la coopération, la cohésion sociale et la stabilité.
Des initiatives similaires sont en cours au Tchad. Grâce à des programmes soutenus dans le cadre de l’Initiative mondiale pour les femmes, la paix et la sécurité, plus de 5000 femmes ont bénéficié d’une formation et reçu du matériel pour acquérir une sécurité financière, et plus de 500 femmes ont adopté des pratiques agricoles climato-compatibles pour faire face à l’évolution de la pluviométrie et à la dégradation des terres.
Les pôles agroécologiques gérés par des femmes leur permettent d’acquérir une indépendance financière et de transformer le tissu politique et social de leurs communautés.
Contribuer à la sécurité, à la dignité et au rétablissement
Au-delà des moyens de subsistance, la résilience face au changement climatique améliore également la sécurité et les conditions de vie des populations confrontées à des situations de violence et de fragilité.
Des initiatives d’adaptation menées localement en Jamaïque autonomisent les femmes en leur offrant à la fois des moyens de subsistance et des espaces sûrs où elles trouvent un soutien psychologique et un sentiment d’appartenance. En plus de promouvoir l’agriculture, une serre alimentée à l’énergie solaire offre aux femmes victimes de violence domestique la possibilité de se former et de gagner leur vie, ainsi qu’un espace sûr au sein duquel ces femmes peuvent s’exprimer librement.
Là où l’insécurité économique et la violence se recoupent, le fait de pouvoir gagner sa vie, bénéficier de réseaux d’entraide et accéder à des espaces sûrs atténue la vulnérabilité et donne aux femmes les moyens de reprendre leur vie en main.
Vers un avenir résilient et pacifique
Les femmes jouent depuis longtemps un rôle déterminant dans la manière dont les communautés réagissent face au changement climatique, une contribution qui, souvent, n’est ni reconnue ni rémunérée. Or, reconnaître ce rôle et renforcer la participation des femmes aux instances de planification et aux institutions locales permet de s’assurer que les actions menées face au changement climatique et en faveur de la paix et de la sécurité répondent aux besoins de l’ensemble de la communauté.
En Mongolie, des initiatives menées par des femmes élargissent l’accès à une énergie propre et à des modes de chauffage plus efficaces dans les zones rurales, ce qui permet de réduire la pression exercée sur les forêts et d’améliorer les conditions de vie des populations locales. La participation des femmes aux instances de planification et aux institutions locales garantit une plus grande inclusivité des décisions relatives à la gestion des ressources naturelles, contribuant ainsi à plus de stabilité et de résilience dans les régions reculées.
Les femmes au cœur de la résilience et de la paix
Le travail entrepris pour réhabiliter les arbres à chenilles au Sud-Kivu ne vise pas seulement à rétablir une source de nourriture ou de revenus. Ces dernières années, des femmes ont participé à la restauration de 440 hectares de forêt. En restaurant les forêts, en gérant collectivement les ressources naturelles et en rétablissant des moyens de subsistance, ces femmes contribuent également à renforcer la stabilité et la cohésion sociale.
Comme l’indique Véronique Bulaya, coordinatrice du projet : « L’autonomisation des femmes est capitale. Lorsque l’on donne aux femmes des moyens d’agir, c’est l’ensemble de la population qui en bénéficie et cela transforme les générations futures. »
Ces expériences nous rappellent que les femmes sont au cœur des solutions aux problèmes que posent le changement climatique, les conflits et les situations de fragilité. Que l’on parle de préserver des moyens de subsistance, de restaurer des écosystèmes ou de renforcer la sécurité, la coopération ou le leadership local, la participation des femmes est capitale pour aboutir à des sociétés stables, pacifiques et inclusives.
Des années de conflit ont entraîné la déforestation de vastes zones du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Le reboisement permet de générer des revenus, d’améliorer la sécurité alimentaire et de renforcer la cohésion sociale.
Des groupes dirigés par des femmes et des communautés ont contribué à restaurer 440 hectares de forêt au Sud-Kivu, notamment l’arbre à chenilles, qui constitue une source essentielle de nourriture.