Discours de Xavier Michon à l'occasion de la cérémonie de pose de la première pierre pour la construction de 16 salles de classe à l'École nationale de police
26 juin 2026
Xavier Michon, Représentant Résident du PNUD en Haïti
Monsieur le Directeur Général de la Police Nationale d'Haïti,
SEM Monsieur l'Ambassadeur du Canada en Haïti,
Mesdames, Messieurs les membres du Haut Commandement de la PNH,
Distingués partenaires techniques et financiers,
Représentants des entreprises en charge de l'exécution et de la supervision des travaux,
Madame la Point Focal du Programme d'appui à la PNH,
Chers cadres du Programme d'appui à la PNH,
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de commencer par une question simple, mais essentielle : en quoi seize salles de classe peuvent-elles contribuer à renforcer la sécurité d'un pays ?
On ne gagne pas une bataille sécuritaire le jour de l'affrontement. On la gagne des mois, parfois des années auparavant, dans une salle de classe, autour d'un cas pratique, face à un instructeur qui exige le meilleur. Ce que nous inaugurons aujourd'hui, c'est précisément cela : le lieu où se jouera, silencieusement, une partie de l'avenir sécuritaire d'Haïti.
J'y reviendrai dans un instant, parce que les chiffres comptent et que la transparence sur ce que nous construisons compte aussi.
Mais ce bâtiment traduit en réalité une ambition bien plus fondamentale : celle d'une PNH mieux formée, mieux préparée, et donc mieux armée pour servir et protéger la population haïtienne.
Cette ambition ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle se construit très concrètement par des conditions de formation qui permettent aux aspirantes et aspirants policiers d'apprendre, de s'exercer, de développer leur sens de l'éthique, leur discipline, leur respect des droits humains et leur attachement au service public. Former une policière ou un policier, ce n'est pas seulement transmettre des connaissances techniques : c'est préparer des femmes et des hommes à faire face à des situations complexes avec professionnalisme, discernement et sang-froid.
Alors, lorsque l'on me demande ce que le PNUD, avec l'appui du Canada, contribue à construire ici, je réponds : nous ne construisons pas seulement des salles de classe. Nous contribuons à créer les conditions dans lesquelles se formera la prochaine génération de la Police Nationale d'Haïti.
Permettez-moi à présent d'être précis sur ce que nous nous engageons concrètement à livrer, parce que la transparence est aussi une forme de respect envers nos partenaires et envers la PNH.
Le bâtiment de 16 salles de classe que nous lançons aujourd'hui s'inscrit dans une approche moderne de renforcement des capacités de l'École Nationale de Police. D'une superficie de 800 m², répartie sur deux niveaux, il comprendra 16 salles de 50 m² chacune, permettant d'accueillir plusieurs groupes simultanément et de soutenir des formations accélérées dans de meilleures conditions. Au-delà des salles elles-mêmes, ce bâtiment intégrera des blocs sanitaires équipés, des escaliers de circulation et de secours, ainsi qu'un dispositif énergétique autonome combinant un groupe électrogène, 80 panneaux solaires, des régulateurs de charge et un banc de batteries au lithium. Ces choix ne sont pas anodins : l'autonomie énergétique garantit que la formation ne s'arrête pas quand le courant s'arrête. En Haïti, ce n'est pas un détail technique. C'est une décision politique.
Les travaux, exécutés par FDN Construction and Transportation sous la supervision de Constructure, s'étendront sur dix-huit mois, avec une livraison prévue en octobre 2027.
Mesdames et Messieurs,
Ce projet s'inscrit dans un effort plus large visant à renforcer durablement les capacités de l'École Nationale de Police. En complément d'autres investissements engagés sur le site, notamment le dortoir destiné aux femmes, il contribuera à améliorer l'inclusivité, le bien-être et les conditions d'apprentissage de l'ensemble des aspirantes et aspirants.
Il rappelle aussi une conviction essentielle : investir dans la sécurité, ce n'est pas seulement accroître les effectifs. C'est d'abord investir dans la qualité de la formation, car une institution forte se construit par la compétence, l'éthique et le professionnalisme des femmes et des hommes qu'elle prépare au service de la Nation.
Mais au-delà des chiffres, des matériaux et des équipements, revenons à la question centrale, celle qui donne tout son sens à ce chantier : pourquoi investir dans la formation policière, et pourquoi maintenant ?
Il y a une équation que l'on oublie souvent dans les débats sur la sécurité : on parle d'effectifs, de moyens, d'équipements. Rarement de formation. Pourtant, c'est là que tout commence. Un agent mal formé n'est pas seulement moins efficace : il est potentiellement une source d'insécurité supplémentaire. À l'inverse, un agent bien formé, ancré dans l'éthique du service public, est le premier facteur de confiance entre une institution et la population qu'elle protège. C'est pourquoi seize salles de classe ne sont pas un détail budgétaire : elles sont un multiplicateur stratégique.
Et les défis sécuritaires auxquels Haïti fait face aujourd'hui n'appellent pas des réponses improvisées. Ils exigent des réponses structurées, durables, fondées sur l'excellence.
Cette conviction, je voudrais l'adresser directement aux aspirantes et aspirants policiers, présents et futurs : ce que nous posons aujourd'hui est un signe de la considération que la PNH et ses partenaires accordent à votre formation, à votre engagement et à votre avenir. Ces salles de classe sont pensées pour vous permettre de vous concentrer sur l'essentiel : apprendre avec rigueur, développer vos compétences, et devenir des professionnelles et professionnels à la hauteur des attentes de la Nation.
Rien de tout cela ne serait possible sans des partenaires qui ont cru à ce projet et qui continuent d'investir dans la transformation de la Police Nationale d'Haïti.
Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance au Gouvernement canadien pour son engagement constant aux côtés de la PNH. La présence aujourd'hui de Son Excellence l'Ambassadeur du Canada est un signal fort : elle témoigne d'un choix stratégique, celui d'accompagner dans la durée la construction d'une institution plus professionnelle, plus efficace et plus proche de la population.
Je veux aussi saluer la Police Nationale d'Haïti, en particulier son Directeur Général, Monsieur Paraison, ainsi que l'ensemble du Haut Commandement, pour leur vision, leur confiance et la qualité du partenariat établi avec le PNUD. C'est grâce à la collaboration étroite avec la PNH, et tout particulièrement avec la Point Focal du Programme d'appui à la PNH, que ce projet a pu avancer malgré les nombreux défis rencontrés dès sa phase de démarrage. Dans un contexte souvent complexe, cet engagement constant a fait toute la différence.
Mesdames et Messieurs,
Dans quelques mois, les premières aspirantes et aspirants prendront place dans ces salles. Ils n'auront peut-être pas conscience, ce jour-là, qu'ils étudient dans un espace voulu, planifié, financé par un partenariat international qui a cru en leur avenir. C'est cela aussi, la construction d'un État : des actes concrets, posés méthodiquement, qui s'accumulent et finissent par changer la réalité d'un pays.
La pierre que nous posons aujourd'hui n'est pas symbolique. Elle est réelle. Et c'est précisément pour cela qu'elle compte.
Je vous remercie.