Renverser la tendance : construire un port résilient pour le Burundi

30 avril 2026
Renverser la tendance : Construire un port résilient pour le Burundi

Des engins en manœuvres de déchargement d'une embarcation au Port de Bujumbura

PNUD-BI-2026

Situé à l'extrémité nord du lac Tanganyika, l'une des grandes réserves d'eau douce et l’un des plus profonds au monde, le port de Bujumbura constitue le point d'ancrage qui relie le Burundi au reste du monde. Pays enclavé d'Afrique centrale et orientale, le Burundi se trouve dans la vallée du Grand Rift, qui fait partie de la région des Grands Lacs africains. 

 

Le port de Bujumbura fait partie d’un réseau vital de transport fluvial de marchandises reliant le Burundi au reste du monde via la Tanzanie et la Zambie, et au réseau commercial plus large de l’Afrique de l’Est. Les marchandises sont acheminées vers le lac à travers des corridors ferroviaires et routiers qui s’étendent jusqu’aux ports maritimes de l’océan Indien dont celui de Dar-es-Salaam en Tanzanie.  

 

Pour le Burundi, ces voies sont primordiales. Une part importante du carburant, des matériaux de construction et des biens essentiels y transite. Avec une capacité de 500 000 tonnes, le port achemine la majorité des marchandises du pays, soutenant ainsi les chaînes d'approvisionnement nationales et l'intégration commerciale régionale. Cependant, cette artère vitale est de plus en plus menacée suite notamment aux effets du changement climatiques qui entrainent de plus en plus de manière récurrente des inondations dues à de fortes montées des eaux.  

 

Montée des eaux, montée des risques  

 

Fin 2023 et début 2024, des précipitations d’une intensité inhabituelle ont provoqué une forte élévation du niveau du lac Tanganyika. Les eaux de crue se sont répandues à travers Bujumbura et ses environs, submergeant des habitations, des routes et des infrastructures essentielles. Le long des rives du lac, des sections entières du port et des installations adjacentes ont été inondées. Ce qui avait longtemps été considéré comme un avantage géographique stable est devenu un point de vulnérabilité.  

 

L'ampleur de la crise était dramatique. Plus de 240 000 personnes ont été touchées à travers le Burundi, et plus de 48 000 ont été déplacées. Des communautés entières, en particulier dans les zones de basse altitude comme Gatumba, ont vu leurs moyens de subsistance emportés par les eaux. Les réseaux de transport ont été durement touchés, avec plus de 18 millions de dollars de pertes, le port de Bujumbura figurant parmi les plus affectés.  

 

Afin d’évaluer l’impact global et de tracer la voie à suivre, le gouvernement du Burundi, avec le soutien de l’Union européenne (UE), du PNUD et de la Banque africaine de développement, a entrepris une évaluation des besoins post-catastrophe (PDNA).  

 

Le PDNA est une méthodologie mondialement reconnue, élaborée conjointement par l’UE, les Nations Unies et la Banque mondiale pour évaluer les impacts des catastrophes et orienter la planification du relèvement. Elle va au-delà des dégâts immédiats pour répondre à une question plus stratégique : que faudra-t-il non seulement pour reconstruire, mais pour mieux reconstruire ?   

 

Dans le cas du Burundi, le montant total des dégâts et des pertes économiques causés par les inondations a été estimé à plus de 210 millions de dollars. Au-delà des dégâts et des pertes enregistrés, l’évaluation a mis en lumière un enjeu d’une portée plus profonde: les indondations n’ont pas seulement endommagés les infastructures, elles ont également remis en caus les fondements sur lesquels celles ci avaieent été conçues.

 

Au-delà de la reconstruction : une nouvelle approche des infrastructures  

 

Force est de constater qu’avant l’apparition des inondations, le Burundi et ses partenaires avaient investi près de 79 millions de dollars pour moderniser le port dans le cadre d’un vaste corridor régional traversant le lac Tanganyika. Aujourd’hui comme le changement climatique rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses, il ne suffit plus de reconstruire les infrastructures selon les normes d’autrefois. Les ports, les routes et les villes doivent désormais être conçus pour un avenir différent, où l’incertitude est la norme.  

 

Conscients de ces enjeux, le PNUD et l’UE en collaboration avec le gouvernement ont mené une étude technique approfondie sur le port de Bujumbura. L’objectif était d’identifier et de déterminer les mesures permettant de renforcer la résilience de cette infrastructure stratégique face à l’évolution des risques climatiques et hydrologiques.  

 

Concevoir pour l'incertitude  

 

Pendant six mois, une équipe multidisciplinaire composée d'ingénieurs civils, de spécialistes en hydraulique et de modélisateurs climatiques a analysé le port en détail. À l'aide de levés par drone, de modélisations des inondations et d'analyses de scénarios, ils ont examiné comment les différentes sections du port réagiraient à la montée du niveau de l'eau et aux conditions météorologiques extrêmes. Il en est ressorti une solution fondée sur une approche par couches.  

 

L'étude propose un ensemble de mesures concrètes et chiffrées qui concilient ambition et faisabilité. Elle décrit les mesures visant à renforcer les infrastructures existantes, à repenser les systèmes de drainage afin de mieux gérer les débits d'eau et à planifier les futurs agrandissements de manière à résister à des conditions encore incertaines, mais de plus en plus sévères. 

 

Il est important de noter que les recommandations s’articulent autour de l’adaptabilité. Plutôt que d’enfermer le port dans des conceptions rigides, elles favorisent des améliorations progressives, évolutives au fil de la précision des impacts climatiques et des modèles de développement.   

 

De la crise à la résilience 

 

Lorsque les résultats ont été présentés en mars 2026, ils ont marqué bien plus que la conclusion d’un exercice technique. Ils ont signalé un changement dans la manière d’aborder le développement. 

 

Le port de Bujumbura n’est plus considéré simplement comme une infrastructure à réparer ou à agrandir. Il est repensé comme un système qui doit fonctionner sous pression, absorber les chocs et continuer à servir l’économie du pays même dans des conditions défavorables. 

 

Pour le Burundi, les enjeux sont considérables. En tant que pays enclavé, toute perturbation du port de Bujumbura se répercute sur l’ensemble de l’économie, affectant les prix, les chaînes d’approvisionnement et les moyens de subsistance bien au-delà des rives du lac. Le renforcer, c’est préserver la stabilité nationale et la connectivité régionale.  

 

Avec les données, les partenariats et la planification adéquats, la reconstruction peut devenir l’occasion de concevoir des systèmes adaptés à un climat en mutation.  

 

C’est là l’essence même de la résilience.