De l’aide d’urgence à de nouveaux départs

Agir au cœur de la crise pour changer la trajectoire du Soudan du Sud

23 avril 2026
Group of people outdoors around sandy huts; a woman in bright pink dress talks with UNDP staff.

Au Soudan du Sud, le PNUD œuvre à combler les lacunes du développement qui maintiennent les communautés dans des situations de déplacement prolongé.

Photo : PNUD Soudan du Sud

À Wau, dans l’État du Bahr el Ghazal occidental, la résilience n’est pas un concept abstrait ; c’est une réalité quotidienne. La terre rouge porte les traces des déplacements et des retours, et la vie s’organise encore dans l’ombre persistante de l’instabilité. Ici, les communautés avancent malgré les crises, s’adaptent, et cherchent à reconstruire sur le long terme.

Lors de ma visite, un message s’est imposé, simple et sans détour.
Les populations veulent tourner la page. Rentrer chez elles en sécurité. Gagner leur vie. Envoyer leurs enfants à l’école. Régler les différends sans violence.
Elles aspirent, tout simplement, à un avenir ; pour ne pas avoir à survivre indéfiniment.

L’aide humanitaire reste indispensable au Soudan du Sud. Elle sauve des vies, chaque jour. Mais ce que Wau nous montre, c’est qu’elle ne suffit pas. Si nous voulons réduire durablement les besoins, et pas seulement y répondre dans l’urgence, il faut investir plus tôt dans le relèvement, en parallèle de l’action humanitaire, et non après coup. C’est à cette condition que les crises d’aujourd’hui ne deviendront pas le conflit de demain.

UNDP Resident Representative in South Sudan with a group of people on the field, in a sunny setting.

À Wau, dans le Bahr el Ghazal occidental, l’endurance permet aux communautés de traverser les crises, de s’adapter et de renforcer leur résilience sur le long terme.

Photo : PNUD Soudan du Sud
Photograph of UNDP Resident Representative in South Sudan with smiling children wearing colorful clothes waving in a resettlement camp.

Les familles de Wau sont prêtes à rentrer chez elles et à le faire en toute sécurité. Elles veulent gagner leur vie et envoyer leurs enfants à l’école.

Photo : PNUD Soudan du Sud

Agir plus tôt pour éviter l’enlisement 

Dans le Bahr el Ghazal occidental, le PNUD agit à la croisée de l’humanitaire, du développement et de la paix. Notre objectif est clair : éviter que les populations ne restent figées dans des situations de déplacement prolongé.

Ce travail se fait en partenariat étroit avec les autorités, les agences humanitaires, les partenaires des Nations Unies, la société civile et les leaders communautaires. Ensemble, nous construisons une approche commune pour accompagner les personnes déplacées internes, les réfugiés, les rapatriés et les communautés d’accueil dans la reconstruction de leurs vies.

À Wau, nous appuyons notamment le Groupe de travail étatique sur les solutions durables, en privilégiant des approches intégrées, ancrées dans les territoires et portées par les communautés, plutôt que des interventions fragmentées.

Car c’est bien dans l’intervalle entre l’urgence et le développement que tout se joue. Trop souvent, c’est là que les parcours se brisent : les déplacements s’éternisent, les tensions s’exacerbent, et les opportunités de stabilisation disparaissent.

Le relèvement précoce, concrètement

Pour une famille qui retourne dans leur région d’origine après de années de déplacement forcé, les besoins ne sont pas sectoriels. Il ne s’agit pas de choisir entre un revenu, un accès à l’eau ou des soins de santé. Tout est nécessaire, immédiatement.

C’est le sens de notre initiative « Parcours vers la réintégration communautaire », soutenue par le mécanisme de financement « Funding Windows » du PNUD, un mécanisme flexible qui permet d’agir tôt et de s’adapter rapidement. Cette approche combine gouvernance locale, moyens de subsistance, cohésion sociale, protection et infrastructures résilientes face au climat.

Soutenue par le Danemark, le Luxembourg et la République de Corée, elle ne fonctionne pas comme une juxtaposition de projets, mais comme un effort cohérent. Elle vise aussi à renforcer les autorités locales, pour qu’elles puissent définir, planifier et piloter les réponses aux besoins de leurs communautés.

Two photographs; Left: audience in wood-paneled room; Right: panelists at a bannered stage.

Lancement de l’initiative « Parcours vers la réintégration communautaire » au Soudan du Sud.

Photos : PNUD Soudan du Sud
En parallèle, nous investissons dans le potentiel des populations. Car un relèvement efficace ne se limite pas à répondre à l’urgence : il redonne confiance, restaure la dignité et réduit les risques de crises futures.

Avec l’appui de la Banque africaine de développement, le Centre intégré pour les entreprises, l’emploi et l’innovation de Wau offre désormais aux jeunes des formations numériques, un accompagnement entrepreneurial et un accès à des opportunités concrètes. C’est un lieu où les idées prennent forme et deviennent des moyens de subsistance.

Grâce à notre partenariat avec le Fonds mondial, nous renforçons également des systèmes essentiels, notamment un entrepôt régional pour les médicaments, afin de garantir un accès fiable aux produits vitaux.

Et pour répondre à un enjeu crucial qui permet également de renforcer la confiance des habitants de la région, nous avons soutenu la mise en place d’une Unité spéciale de protection, désormais opérationnelle au sein de la police, offrant un espace sûr aux survivantes et survivants de violences basées sur le genre.

Pris isolément, ces efforts répondent à des besoins immédiats. Ensemble, ils dessinent une trajectoire : celle d’un passage progressif de la dépendance à l’autonomie.

Changer la dynamique du déplacement

Le Bahr el Ghazal occidental accueille aujourd’hui plus de 400 000 personnes déplacées ou qui sont rentrées dans leur région d’origine après une longue période de déplacement forcé. Mais c’est en ce moment de besoins accrus que les ressources humanitaires s’amenuisent.

C’est précisément dans ce contexte que le relèvement précoce devient déterminant. Car plus on attend, plus la réintégration devient difficile : les moyens de subsistance s’érodent, les frustrations s’accumulent, et les tensions peuvent rapidement dégénérer.

Photograph of UNDP Resident Representative in South Sudan inspecting a partially built brick wall at a resettlement camp.

Le Représentant résident au Soudan du Sud, Mohamed Abchir, inspecte un bâtiment partiellement reconstruit dans un camp de réinstallation.

Photo : PNUD Soudan du Sud

À l’inverse, investir tôt change la donne. En accompagnant les populations dans leur reconstruction alors même que l’aide humanitaire est encore en place, nous pouvons réduire progressivement la dépendance à l’aide d’urgence.

C’est cette transformation que nous oeuvrons à réaliser.

Un appel à repenser les partenariats

Au Soudan du Sud, le PNUD apporte une valeur ajoutée spécifique : une capacité à intervenir entre urgence, développement et paix, en lien étroit avec les gouvernements et l’ensemble du système des Nations Unies.

Nous restons engagés au-delà de la crise immédiate. Nous investissons dans les institutions, les systèmes et les personnes. Et nous veillons à ce que les réponses d’aujourd’hui préparent la stabilité de demain.

Mais pour changer d’échelle, il faut aussi changer d’approche. Cela suppose d’investir différemment : non pas en remplacement de l’aide humanitaire, mais à ses côtés. Plus tôt. Avec plus de flexibilité. Et en soutenant des solutions intégrées, portées localement.

À Wau, les Funding Windows du PNUD ont permis de franchir un cap. En sortant d’une logique de projets fragmentés et de court terme, ils rendent possible une action cohérente, capable d’évoluer avec les réalités du terrain.

Les résultats sont visibles : les communautés se stabilisent, des perspectives émergent, la confiance se reconstruit.

UNDP staff and local communities in a thatched shelter; women in colorful clothes.

L’aide humanitaire au Soudan du Sud sauve des vies chaque jour. Mais elle doit s’accompagner d’investissements dans le relèvement précoce.

Photo : PNUD Soudan du Sud

Accompagner l’élan des populations

Ce qui marque à Wau, ce ne sont pas seulement les programmes, mais la détermination des populations. Elles avancent déjà, souvent avec très peu. Ce qu’elles attendent, c’est un soutien à la hauteur de leurs ambitions.

Notre responsabilité est claire : consolider ces dynamiques, transformer les progrès en résultats durables, et passer d’une logique de gestion de crise à une logique de réduction des crises.

Être présent dans l’urgence, oui. Mais aussi, et surtout, accompagner les populations dans leur désir d’aller de l’avant et de reconstruire.