Un programme d'alphabétisation dans les prisons du Bénin
Apprendre aujourd’hui pour préparer demain
7 septembre 2026
Un maître alphabétiseur dispensant un cours de calcul en langue locale fon à la prison civile d'Abomey
Au Bénin, derrière les murs des prisons d’Akpro-Missérété, d’Abomey et de Parakou, un programme d’alphabétisation redonne espoir à des centaines de détenus. En leur permettant d’acquérir des compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul, en français ou en langues nationales, cette initiative vise leur réinsertion sociale et professionnelle.
Dans une salle de classe de la prison civile d’Abomey, Marie (nom d’emprunt) écrit son nom.
Un geste simple.
Et pourtant, pendant des années, elle n’en avait jamais été capable.
Avant son incarcération, elle ne savait ni lire ni écrire. Aujourd’hui, elle peut écrire le nom de ses enfants. Et elle imagine déjà ce qu’elle emportera avec elle le jour où elle quittera la prison.
Marie suivant une séance de lecture en langue fon
Avant d’arriver en prison, je ne savais pas écrire mon nom ni faire des calculs simples. Aujourd’hui, je sais le faire. Je peux facilement écrire le nom de mes enfants… Je suis très heureuse de savoir qu’un jour, je quitterai cette prison avec un certificat d’alphabétisationMarie ( nom d'emprunt), une détenue à la prison civile d'Abomey
Un détenu en train de faire un exercice de calcul
Dans les établissements pénitentiaires d’Akpro-Missérété, Abomey et Parakou, 13 salles de classe ont ouvert leurs portes. Depuis janvier 2026, 233 détenus, dont 19 femmes, ont choisi d’apprendre à lire, à écrire et à compter.
Mis en œuvre par l’Agence pénitentiaire du Bénin avec le soutien financier du Bureau des affaires internationales des stupéfiants et de l’application de la loi (INL) des États-Unis en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le programme s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui à la promotion et à la protection des droits de l’homme dans les établissements pénitentiaires et au renforcement de l’État de droit (PAEP). Il propose entre 250 et 300 heures de formation sur six mois.
Plusieurs jours par semaine, les participants suivent des cours de trois heures, dispensés par des alphabétiseurs formés. Les enseignements sont proposés en français, mais aussi en fon, en yoruba, en fulfuldé et en baatonum, afin que chacun puisse apprendre dans la langue la mieux adaptée à son parcours et à ses aspirations.
Une détenue en train d'écrire son prénom sur une ardoise
Pour les détenus, apprendre à lire et à écrire leur ouvre de nouvelles perspectives après leur incarcération.
Au fil du programme, les participants acquièrent progressivement des compétences essentielles en lecture, en écriture et en calcul. Ils apprennent à accomplir des gestes du quotidien, comme écrire leur nom, lire des documents ou effectuer des calculs simples, retrouvant ainsi peu à peu une autonomie que beaucoup n’avaient jamais connue auparavant.
« Le fait de suivre les cours me fait oublier les soucis », ajoute Marie.
Pour beaucoup, il s’agit de bien plus que d’apprendre des lettres et des chiffres.
C’est retrouver confiance en soi. C’est retrouver un équilibre mental souvent fragilisé par la détention.
Retrouver sa place.
Préparer sa vie après la détention.
A l’issue du premier cycle, les participants sont évalués et ceux qui atteignent le niveau requis reçoivent un certificat. Certains pourront ensuite suivre un deuxième cycle de six mois et devenir à leur tour alphabétiseurs, afin de transmettre à d’autres ce qu’ils ont appris.
Apprendre. Faire reconnaître cet apprentissage. Puis, peut-être, le transmettre à son tour.
Des maîtres alphabétiseurs engagés pour transmettre aux apprenants des compétences en lecture, écriture et calcul
Au-delà de l’alphabétisation, le projet contribue à l’amélioration des conditions de détention. Des boîtes à suggestions ont notamment été installées dans les établissements pénitentiaires, afin de recueillir les préoccupations des détenus. Les types de plaintes reçues portent souvent sur la vie carcérale, les relations entre codétenus, les conditions de restauration, le traitement du personnel ou encore les mécanismes de liberté conditionnelle.
Derrière les murs d’une prison, l’alphabétisation ne sert pas seulement à préparer un examen. Elle ouvre la voie à la réinsertion et renforce les perspectives d’intégration sociale et économique.
Elle peut devenir le premier chapitre d’une nouvelle vie.