Les personnes comme Jihan sont celles qui auront le plus de mal à se remettre de l'impact de l'explosion. L'évaluation identifie les groupes les plus susceptibles de rester vulnérables : les femmes et les filles, les personnes âgées, les travailleurs réfugiés et migrants, et les jeunes. Le rapport propose une série de principes directeurs qui peuvent contribuer à assurer une reprise juste et sans exclusion. Photo : PNUD Liban/Rana Sweidan

 

Le 4 août est gravé dans le cœur du peuple libanais.

Ce jour-là, une énorme explosion s'est produite dans le port de Beyrouth. Une onde de choc a balayé la ville, faisant plus de 150 morts et 6 000 blessés. 300 000 habitants de la ville ont perdu leur maison le même jour.

Aujoud'hui, Jihan, 45 ans, n'a qu'un seul souhait : "revenir à la veille de l'explosion." Elle ne demande pas grand-chose, explique-t-elle. C’est un appel désespéré pour remplacer une "horrible tragédie" par une "réalité dure mais plus supportable".

"Après cette catastrophe, nous n'avons plus la force de rire", explique-t-elle.

Karantina, le refuge de Jihan depuis 24 ans, a été l'une des zones les plus touchées, ce lieu étant situé moins de trois kilomètres du port de Beyrouth. Cependant, la destruction de l'explosion n'est pas seulement responsable de la misère de Jihan.  

Le PNUD a rencontré Jihan lors d'une visite de terrain organisée pour comprendre l'impact de l'explosion sur les personnes les plus vulnérables de Beyrouth et guider une reprise centrée sur la population qui préserve les droits des personnes les plus affectées en temps de crise et 'ne laisse personne de côté'.

« Avec l'accent mis sur l'évaluation des dommages et sur le coût économique du relèvement, nous ne devons pas oublier que l'explosion du 4 août a été avant tout une tragédie humaine. Que ce soit pour pleurer leurs proches, soigner leurs blessures, ou deplorer la perte d'une maison ou d'un moyen de subsistance, trop de femmes, d'hommes et d'enfants risquent d'être abandonnés par le processus de redressement. Le PNUD veille à ce que les voix des populations soient entendues et à ce que leurs droits soient sauvegardés », déclare Nino Karamaoun, conseiller technique principal du PNUD sur l'État de droit et les droits de l'homme.

La maison de Jihan a été détruite, et elle a peu d'espoir de pouvoir réparer les dégâts en raison de ses énormes difficultés financières. « Mon fils a été blessé. Mon voisin est toujours aux soins intensifs, et une fillette de trois ans du quartier a perdu son visage. Les gens ici sont dévastés, personne n'a été épargné par les pertes matérielles ou les blessures », dit-elle.

Bien que veuve à un jeune âge, Jihan a quatre enfants à sa charge. Sans revenus, elle s’inquiète pour son avenir et celui de ses « enfants orphelins  », comme elle les appelle.

Sa maison a perdu la moitié de son toit. «Tout est détruit. Beaucoup de gens m'ont prévenu que le bâtiment risquait de s'effondrer, mais je reste. Je n'ai pas d'autre choix. »

D'après les conclusions du rapport, les personnes comme Jihan sont celles qui auront le plus de mal à se remettre de l'impact de l'explosion. L'évaluation identifie les groupes les plus susceptibles de rester vulnérables : les femmes et les filles, les personnes âgées, les travailleurs réfugiés et migrants, et les jeunes. Le rapport propose une série de lignes directrices qui peuvent favoriser une reprise équitable et inclusive. Ces objectifs soulignent la nécessité d'adopter un processus de reconstruction centré sur les personnes et les données. Ils préconisent également une approche participative de la relance qui garantisse que tous les groupes soient entendus et que les besoins spécifiques de chacun soient pris en compte.

À sept minutes à pied du quartier de Jihan, à Gemmayze, se trouve Toufic, 75 ans, propriétaire d'un magasin. « Cette explosion a détruit soixante ans de travail acharné. Elle a emporté une entreprise qui était à la fois ma fierté et la source de revenus pour plus de deux familles. »

Toufic ne pensait pas assister un jour à la fin de six décennies de commerce. « Regardez le sol. Sur chaque carreau, il y a une goutte invisible de ma sueur et de mon sang que j'ai versé pour construire cet endroit  », dit-il, tout en retenant ses larmes.  Comme tous les autres chefs d'entreprise, M. Toufic craint de ne pas pouvoir récupérer ses pertes.

Environ 10 000 entreprises ont été détruites, laissant plus de 100 000 personnes sans revenu. Le PNUD donne la priorité au rétablissement des moyens de subsistance et des petites entreprises pour soutenir des personnes comme Toufic et ses employés. Des milliers d'entreprises sont incapables de reprendre leurs activités sans aide.

Aujourd'hui, le peuple libanais est confronté à des défis multiples, dont une crise économique dévastatrice, qui est aggravée par l’épidémie persistante du COVID-19. « Nous soutenons le peuple libanais dans ses efforts pour se remettre des crises successives depuis cinq décennies », déclare Céline Moyroud, représentante résidente du PNUD au Liban. « Nous sommes fermement résolus à soutenir le Liban sur une voie inclusive de redressement et de développement qui ne laisse personne derrière, et qui est attentive aux appels de la population pour un changement, une plus grande responsabilité et une plus grande transparence. »

Récit de Zeina Merhi

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