De l’eau pour restaurer la dignité à Beni

28 septembre 2026

Désormais les femmes autochtones puisent de l'eau au robinet sans parcourir des kilomètres avec risque des violences

Photo PNUD-Beni

Comment l’accès aux services de base transforme la vie des communautés déplacées autochtones à Beni

Sur le site de KITOBI, qui accueille des déplacés de Ngadi dans la réserve du Mwami Achou Taibo, à proximité de l’Université Chrétienne Bilingue du Congo (UCBC), le quotidien des familles autochtones a connu une transformation significative. Rescapées des violences, ces familles avaient trouvé refuge dans des conditions de grande précarité. À leur arrivée, les 74 ménages ne disposaient que d’une seule toilette rudimentaire et d’aucune douche. Les femmes, les jeunes filles et les enfants étaient contraints de parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau, s’exposant ainsi à des risques accrus de violences basées sur le genre, de maladies hydriques et à d’autres menaces de protection.

Face à cette urgence humanitaire, l’ONG Initiative Congo Debout (ICD), avec l’appui d’Affaires mondiales Canada à travers le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a mis en œuvre une intervention destinée à améliorer durablement les conditions de vie de cette communauté vulnérable. Cette action a permis la construction et la réhabilitation de trois ouvrages d’approvisionnement en eau : un puits à KITOBI, ainsi que la réhabilitation de la source Matengenezo à BENENGULE et de la source Oshibo à TUUNGANE. 

L'accès à l'eau potable réduit sensiblement la pénibilité des femmes à Beni

Photo PNUD-Beni

Lors de la visite de terrain du Coordonnateur humanitaire en RDC (DSRSG/RC/HC), M. Damien Mama, le 9 septembre 2026, les bénéficiaires ont témoigné des changements profonds apportés par ces infrastructures essentielles. Le site de KITOBI dessert désormais plus de 260 femmes, hommes, filles et garçons autochtones, soit 74 ménages. Pour cette communauté souvent marginalisée et insuffisamment prise en compte dans les réponses humanitaires, l’accès à l’eau potable, aux toilettes et aux douches représente bien plus qu’un simple service de base : il constitue une reconnaissance de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. 

Avant la mise en place des infrastructures, les femmes et les jeunes filles consacraient plusieurs heures par jour à la recherche de l’eau. Cette corvée les exposait à des risques importants de harcèlement, d’agressions et de violences basées sur le genre. Aujourd’hui, la proximité des points d’eau et des installations sanitaires renforce leur sécurité, réduit leur charge domestique et leur permet de consacrer davantage de temps aux activités communautaires, éducatives et génératrices de revenus. 

Les enfants viennent s'abreuver à la source sans crainte

Photo PNUD-Beni

L’accès à une eau de qualité et à des infrastructures sanitaires adaptées contribue également à la réduction des maladies hydriques, en particulier chez les enfants. Les nouvelles installations favorisent l’adoption de meilleures pratiques d’hygiène et améliorent l’état de santé général des ménages déplacés. 

« Ce point d’eau et ces sanitaires nous ont redonné la santé et la sécurité. Mais nous ne voulons pas rester dépendantes. Nous voulons aller plus loin : travailler, produire et reconstruire notre avenir avec nos familles », a déclaré Marie, femme leader du site de Ngadi-KITOBI, lors des échanges avec la délégation humanitaire. 

Pour une communauté ayant vécu le déplacement forcé, les traumatismes liés aux conflits et l’exclusion sociale, disposer d’un espace sécurisé pour se laver, accéder à des toilettes décentes et bénéficier d’eau potable constitue une avancée majeure vers le rétablissement de la dignité humaine. Cette intervention contribue également à renforcer l’inclusion des peuples autochtones pygmées dans les efforts de relèvement et de développement local. 

Elles sont nombreuses , chacune avec soit son bidon ou récipient pour puiser de l'eau potable au robinet

Photo PNUD-Beni

Les infrastructures réalisées profitent non seulement aux personnes déplacées, mais également aux communautés hôtes. Les points d’eau sont devenus des espaces de rencontre et de dialogue favorisant la coexistence pacifique, la solidarité et la cohésion sociale dans un contexte marqué par les déplacements forcés. 

Bien que ces réalisations aient considérablement amélioré les conditions de vie sur le site de KITOBI, les besoins restent importants. Les échanges avec les communautés et les autorités locales ont permis d’identifier plusieurs solutions durables, notamment le renforcement du système d’approvisionnement en eau grâce à un dispositif de pompage solaire et l’accès à des terres agricoles mises à disposition par l’autorité coutumière afin de favoriser l’autonomie alimentaire des ménages déplacés. 

L'eau coule sans cesse au robinet et cela fait le bonheur des femmes autochtones

Photo PNUD-Beni

« Les besoins restent immenses, mais notre volonté d’accueillir et d’accompagner nos frères et sœurs déplacés demeure intacte », a affirmé le Mwami Achou Taibo, réitérant ainsi l’engagement des autorités locales en faveur de l’accueil et de l’accompagnement des communautés déplacées à Beni et Lubero. 

L’expérience de KITOBI démontre qu’un investissement dans les services de base constitue souvent la première étape vers la reconstruction des moyens d’existence, le renforcement de la résilience communautaire et la consolidation de la paix.