Discours d'ouverture de Mme Noëlla Richard à l’Atelier régional francophone sur le financement de la biodiversité

1 avril 2026
Poster for biodiversity funding workshop; elephant wading in water, Casablanca.

 

Monsieur le Secrétaire Général du Département du Développement Durable ; M. Razi 

Madame la Représentante de l'Organisation Internationale de la Francophonie pour l'Afrique du Nord ; Mme Hacyl 

Mesdames et Messieurs les participants et participantes venu.e.s des 24 pays francophones ici représenté.e.s ; 

Mesdames et Messieurs les représentant.e.s du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération

Mesdames et Messieurs les représentant.e.s du Ministère de l'Économie et des Finances ; 

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions nationales et internationales,

Je suis ravie d’être parmi vous pour ouvrir cet Atelier régional francophone sur le financement de la biodiversité, co-organisé par le PNUD-BIOFIN et l'Institut de la Francophonie pour le développement durable. Votre présence à toutes et tous ici à Casablanca témoigne d'une conviction partagée : celle selon laquelle la biodiversité ne peut plus attendre.

Pendant trop longtemps, la biodiversité a été abordée comme une question de conservation — noble, certes, mais souvent périphérique aux grandes décisions économiques. Ce temps devient révolu : les analyses les plus récentes, notamment celles de l'IPBES, rappellent avec force que plus de la moitié du PIB mondial dépend modérément ou fortement de la nature. La biodiversité n'est pas une externalité : elle est le substrat même de nos économies, de notre sécurité alimentaire, de notre résilience climatique, du bien-être des populations, rurales, côtières et de montagne.

Et pourtant, le déséquilibre reste vertigineux. À l'échelle mondiale, les flux financiers qui contribuent à la dégradation de la biodiversité atteignent près de 7 000 milliards de dollars par an, contre seulement 220 milliards consacrés à sa protection. Ce n'est pas un déficit de connaissance. C'est bel et bien un déficit de volonté financière — et c'est précisément ce que nous sommes réunis ici pour corriger.

Depuis plus de douze ans, le PNUD, à travers l’Initiative pour le financement de la biodiversité (BIOFIN) accompagne les pays dans l'élaboration de leurs plans nationaux de financement de la biodiversité. Cette méthodologie, reconnue à l'échelle mondiale, repose sur quatre piliers complémentaires que vous allez approfondir au fil de ces trois jours : l'Analyse des Politiques et des Institutions, l'Analyse des Dépenses de la Biodiversité, l'Estimation des Besoins Financiers, et l'élaboration du Plan de Financement lui-même.

Les résultats sont déjà tangibles : à ce jour, plus de 2,7 milliards de dollars ont été mobilisés à travers les solutions de financement développées par BIOFIN. En Zambie, une émission d'obligations vertes a permis de lever 150 millions de dollars. Au Kazakhstan, une meilleure planification budgétaire a conduit à l'extension de 6,1 millions d'hectares d'aires protégées. Ces exemples ne sont pas des exceptions — ils sont des preuves de concept. Lorsque nous investissons dans la nature, c'est l'ensemble de l'économie qui en bénéficie.

Je tiens à souligner aussi que ce qui rend cet atelier particulièrement significatif, c'est l'élan remarquable que connaît l'espace francophone. Depuis 2024, avec le soutien renforcé du Fonds pour l'Environnement Mondial, BIOFIN a étendu son appui à 91 nouveaux pays — faisant passer le nombre de pays francophones bénéficiaires de 3 à 24. Vous êtes ici les représentants de cette communauté en pleine expansion et je vous en félicite. Au-delà des chiffres, on voit aussi le potentiel de la langue comme vecteur d'accélération —la langue aussi peut être un pont entre nos expériences, nos outils et nos solutions. 

J’ajouterais que les plans de financement de la biodiversité ne peuvent réussir que s'ils s'appuient sur des données fiables, des méthodologies maîtrisées, et des réseaux solides d'expertise partagée. C'est exactement l'ambition de cet atelier.

Une évolution majeure mérite d'être soulignée : d’une manière générale, les plans de financement de la biodiversité ne relèvent plus uniquement des ministères de l'Environnement. Ils s'inscrivent désormais plus souvent au cœur des politiques économiques et financières — impliquant les ministères des Finances, de la Planification, les autorités de supervision financière et les banques centrales. Cette transversalité est une condition sine qua non pour ancrer durablement la biodiversité dans les décisions budgétaires nationales et les politiques d'investissement.

Les trois jours qui s'ouvrent aborderont précisément ces dimensions : la finance publique et ses leviers, le rôle croissant du secteur privé, la réorientation des subventions nuisibles à la biodiversité, et les stratégies de plaidoyer pour mobiliser des ressources aux niveaux national et international. Le programme est ambitieux, mais nos pays en ont la capacité et attendons beaucoup de ces réflexions.

Le Maroc est fier de vous accueillir dans cette démarche collective. Le PNUD au Maroc, en étroite collaboration avec le Département du Développement Durable et avec l'appui du FEM, met en œuvre un portefeuille de projets complémentaires et interconnectés pour renforcer les cadres institutionnels, politiques et financiers en matière de biodiversité.

Dans le cadre du projet d'appui aux actions précoces (EAS, FEM 7), des avancées concrètes ont été réalisées : alignement des cibles nationales sur le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, et production de la première Analyse des Dépenses pour la Biodiversité du Maroc, couvrant la période 2019–2024. Cette analyse révèle des dépenses annuelles moyennes estimées à 2,06 milliards de dirhams — soit environ 0,16 % du PIB — orientées principalement vers l'utilisation durable des ressources biologiques et la conservation des zones protégées. Ces dépenses sont importantes, mais elles mettent également en lumière la fragilité du financement dans un contexte où les priorités budgétaires nationales sont encore largement dominées par des impératifs économiques et sociaux.

Ces analyses jettent les bases de l'actualisation de la SPANB en 2026 et de l'élaboration d'un plan national de financement de la biodiversité — visant à mobiliser des ressources additionnelles, à réorienter progressivement les subventions néfastes, et à inscrire durablement la biodiversité au cœur des stratégies de développement.

Mesdames et Messieurs

La dynamique est donc lancée ! À nous, collectivement, de la traduire en actions concrètes, afin de bâtir une économie qui reconnaît, valorise et préserve les systèmes vivants dont elle dépend.

J’exprime notre profonde reconnaissance à l’équipe BIOFIN et à l'IFDD, partenaires essentiels de cet atelier, pour son engagement constant au service de la francophonie du développement durable. 

Et, je formule le vœu que les échanges de ces trois jours contribuent à nourrir les futurs plans nationaux de financement de la biodiversité de vos pays respectifs.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite des échanges riches et fructueux !

Depuis plus de douze ans, le PNUD, à travers l’Initiative pour le financement de la biodiversité (BIOFIN) accompagne les pays dans l'élaboration de leurs plans nationaux de financement de la biodiversité. Cette méthodologie, reconnue à l'échelle mondiale, repose sur quatre piliers complémentaires que vous allez approfondir au fil de ces trois jours : l'Analyse des Politiques et des Institutions, l'Analyse des Dépenses de la Biodiversité, l'Estimation des Besoins Financiers, et l'élaboration du Plan de Financement lui-même.