Entre tradition, science et durabilité, le Maroc fait de ses savoirs ancestraux de construction en matériaux locaux un pilier de son développement résilient.
Transmettre pour bâtir l’avenir : préserver les savoir-faire de l’architecture en terre au Maroc
21 octobre 2025
Ksar Aoufous est situé près du village d'Aoufous, dans la région de la palmeraie de Ziz. Il se trouve sur les rives de l'oued Ziz, à proximité d'Errachidia
Dans les vallées du Sud-Est marocain, les kasbahs et les Ksours se dressent encore comme les témoins d’un génie architectural façonné par la terre et le temps. Mais derrière ces murs de pisé, d’adobe ou de pierre se joue bien plus qu’une histoire patrimoniale : c’est une vision d’avenir durable, écologique et profondément humaine.
Les Ateliers internationaux des savoirs de l’architecture en terre, organisés du 15 au 18 octobre à Errachidia par la Faculté des sciences et techniques en partenariat avec le Programme de Valorisation Durable des Ksour et Kasbahs (PVD2K), ont réuni chercheurs, architectes, artisans et étudiants autour d’un objectif : transmettre, documenter et préserver des savoir-faire menacés, mais essentiels à l’identité et le développement durable des régions concernées.
L’architecture en terre est bien plus qu’une simple technique de construction ; elle est le reflet d’une harmonie entre l’humain et son environnement. Dans les régions du Drâa-Tafilalet, du Souss-Massa ou encore du Haouz, elle a façonné des paysages uniques : ksour fortifiés, kasbahs familiales, greniers collectifs et douars solidaires.
Ce patrimoine, longtemps considéré comme fragile, est aujourd’hui reconnu pour sa sobriété écologique, son intelligence climatique, sa résistance aux séismes et sa valeur identitaire. Restaurer un ksar ou une kasbah, c’est non seulement sauver un monument, mais aussi réhabiliter un savoir, un métier, une mémoire vivante et une amélioration des conditions de vie de la population oasienne.
Le Programme de Valorisation Durable des Ksour et Kasbahs (PVD2K), mis en œuvre par le ministère de l'Aménagement du Territoire National, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la Ville et appuyé par le PNUD Maroc, incarne cette approche globale de la restauration : technique, sociale et économique. Le directeur national de PVD2K, M. Abdallah Hachimi, a rappelé lors de l’atelier :
« L’architecture de terre fait partie du patrimoine matériel et immatériel de nombreuses régions du Maroc. Restaurer ces sites, c’est redonner vie à des savoir-faire locaux, créer des opportunités économiques et renforcer l’identité culturelle et la résilience des territoires. »
Ateliers internationaux des savoirs de l’architecture en terre, organisés du 15 au 18 octobre à Errachidia
Pour lui, la documentation et la transmission de ces techniques constituent le pilier du programme : chaque projet de restauration devient un espace d’apprentissage, où artisans, jeunes ingénieurs et communautés locales échangent leurs savoirs. Cette démarche permet de consolider un écosystème vivant du patrimoine, ancré dans la durabilité et la participation citoyenne.
Ateliers internationaux des savoirs de l’architecture en terre, organisés du 15 au 18 octobre à Errachidia
Présent à l’événement, M. Yassir Benabdallaoui, Conseiller Programmes au PNUD Maroc, a souligné la philosophie du programme :
« Travaillons sur le bâti, mais n’oublions pas l’humain. »
Cette phrase résume la démarche intégrée du PVD2K : il ne s’agit pas seulement de réhabiliter des murs, mais aussi de revitaliser des territoires. Chaque chantier devient un levier pour former des jeunes, promouvoir l’artisanat local, renforcer la cohésion communautaire et créer des opportunités économiques durables.
Ainsi, la restauration des kasbahs et ksour s’inscrit dans une logique de développement territorial inclusif, où le patrimoine devient moteur d’emploi, d’identité et de résilience et de promotion de l’écotourisme.
M. Yassir Benabdallaoui, Conseiller Programmes au PNUD Maroc lors des Ateliers internationaux des savoirs de l’architecture en terre, organisés du 15 au 18 octobre à Errachidia
Les ateliers d’Errachidia ont également mis en lumière la nécessité de lier la tradition à la recherche scientifique. L’expert en architecture de terre Ali Limam a insisté sur ce point essentiel :
« Il est indispensable d’intégrer une approche scientifique pour accompagner l’expertise terrain existante au Maroc. La valorisation de l’architecture de terre doit s’appuyer sur la recherche, la caractérisation des matériaux, l’expérimentation et la formation technique, pour garantir la qualité, la durabilité et la reproductibilité des interventions. »
Cette convergence entre science et tradition permet de transformer le savoir empirique en savoir durable, documenté et transmissible. Elle ouvre la voie à la modernisation responsable de l’architecture en terre : innovations dans la composition du pisé, études de résistance, normes de restauration adaptées au climat marocain.
Au-delà des restaurations physiques, le PVD2K contribue à réinventer le lien entre les Marocains et leur patrimoine. À travers la documentation, la formation et la valorisation culturelle, il donne une nouvelle vie à des savoirs longtemps marginalisés. Il démontre qu’en puisant dans ses racines, le Maroc peut construire un avenir durable, fier et inclusif, où l’architecture de terre n’est plus perçue comme un vestige du passé, mais comme un modèle d’innovation climatique et sociale.
Préserver les savoir-faire de l’architecture en terre, c’est préserver une vision du monde fondée sur l’équilibre, la communauté et le respect du vivant. C’est aussi un acte d’avenir : dans un contexte de changement climatique et de pression urbaine, ces pratiques ancestrales offrent des solutions durables et inspirantes.
À Errachidia, artisans, chercheurs et acteurs du développement ont rappelé une conviction commune: le Maroc détient dans sa terre les clés de sa résilience. Et grâce à des initiatives comme le PVD2K, ces clés continuent d’ouvrir la voie vers des territoires vivants, durables et fiers de leur héritage.
Au-delà des restaurations physiques, le PVD2K contribue à réinventer le lien entre les Marocains et leur patrimoine. À travers la documentation, la formation et la valorisation culturelle, il donne une nouvelle vie à des savoirs longtemps marginalisés. Il démontre qu’en puisant dans ses racines, le Maroc peut construire un avenir durable, fier et inclusif, où l’architecture de terre n’est plus perçue comme un vestige du passé, mais comme un modèle d’innovation climatique et sociale.