Les Filets de Pêche Usés et Abandonnés : Une Menace Invisible pour nos Océans
12 juin 2025
Chaque année, nos océans sont submergés par environ 8 millions de tonnes de plastiques, exacerbant une crise environnementale déjà critique. Les filets de pêche perdus ou abandonnés en mer, constituent une part significative de cette pollution marine. Représentant jusqu'à 10 % du total des déchets marins, ces filets peuvent rester actifs pendant des décennies, piégeant et tuant la vie marine dans un cycle de destruction sans fin.
Fabriqués pour résister aux rigueurs de la mer, ces filets, souvent faits de matériaux très durables comme le plastique ou le nylon, laissent derrière eux une empreinte invisible mais dévastatrice, sous forme de microplastiques, menaçant la santé des écosystèmes marins dans leur ensemble. Dans un processus appelé « la pêche fantôme », les filets perdus ou abandonnés en mer peuvent continuer de "pêcher" de manière indiscriminée. Des centaines de milliers de créatures marines, allant des petits poissons aux grands mammifères, se retrouvent emprisonnées dans ces pièges mortels chaque année, entravant ainsi le fonctionnement naturel des habitats marins et perturbant les chaînes alimentaires vitales.
Les récifs coralliens, essentiels pour la biodiversité marine et la protection des littoraux, sont également menacés par ces filets fantômes. En s'accrochant à ces structures délicates, les filets peuvent les abîmer ou les détruire, portant préjudice à toute une chaîne de vie qui dépend de ces habitats pour survivre. Leur destruction entraîne une perte de biodiversité, affecte les communautés de pêcheurs qui dépendent de ces écosystèmes pour leur subsistance, et diminue la capacité des zones côtières à résister aux événements climatiques extrêmes.
Le littoral de la région Rabat-Salé-Kénitra (RSK) au Maroc n’est pas épargné de cette menace. Une étude approfondie réalisée par la Direction Régionale de l’Environnement de Rabat-Salé-Kénitra a permis de cartographier un total de 66 points noirs à risque de charriage des déchets vers le littoral et le milieu marin. Elle a mis en lumière l'urgence d'agir contre la pollution par les déchets de filets de pêche au niveau du port de Skhirat, où l'accumulation était particulièrement alarmante et pose un grave danger pour la faune marine et la biodiversité locale.
Répondant à cet appel, une opération d'envergure a été lancée, dans le cadre du projet de Gestion Intégrée des Zones Côtières de la Région Rabat-Salé-Kénitra, résultant en l'évacuation de plus de 475 tonnes de déchets plastiques provenant des filets de pêche usés et abandonnés au niveau du port de pêche de Skhirat. Avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement et le Ministère Italien de l’Environnement, cette opération de nettoyage a été possible grâce à la collaboration étroite entre le Département du Développement Durable, le Département des Pêches, la Préfecture de Skhirat-Témara, la Commune de Skhirat, la Coopérative des pécheurs Almoustakbal de la pêche artisanale, et l'ONG ZERO WASTE.
Port de pêche de Skhirat
« Avant l'opération de nettoyage, la situation au port de pêche de Skhirat était critique. Chaque jour, nous voyions des montagnes de filets usés s'entasser sur les quais et dans l'eau, nuisant gravement à notre environnement et à nos moyens de subsistance. L'intervention de nettoyage a marqué un tournant et nous avons vu une amélioration immédiate de l'état du port. » a déclaré M. Nourredine Esalkani, président de la coopérative de pêche artisanale du port Skhirat.
Parallèlement à cela, une campagne de sensibilisation a été déployée à grande échelle aux profits des membres de la Coopérative des pécheurs Almoustakbal ainsi que les usagers du site pour informer les communautés de pêcheurs sur les dangers des filets fantômes et promouvoir des pratiques de pêche responsables dans la région.
« Les ateliers de sensibilisation qui ont accompagné l'opération de nettoyage ont été particulièrement bénéfiques. Beaucoup d'entre nous ne comprenaient pas pleinement l'impact à long terme des filets fantômes ni l'importance du recyclage et de la gestion appropriée des filets usés. Ces sessions nous ont ouvert les yeux sur les pratiques de pêche responsables et sur comment nous pouvons contribuer à protéger notre environnement marin tout en assurant la durabilité de nos activités de pêche. » a ajouté M. Nourredine Esalkani.
Suite à l'opération de nettoyage, les filets récupérés ont été soigneusement triés et regroupés avant d'être transportés vers un espace spécialement aménagé par la commune de Skhirat. Cet espace a servi de point central pour la collecte et le stockage temporaire des filets en attendant leur recyclage. L'association ZERO WASTE, jouant un rôle clé dans le processus de transformation, a commencé à utiliser progressivement les filets déposés pour les recycler en divers produits utiles et offrir une nouvelle vie à des matériaux qui autrement continueraient à nuire à l'écosystème marin.
« Chez Zero Waste, notre mission est de transformer les déchets en ressources. En amont de l'opération, nous étions conscients de l'ampleur du défi mais également très motivés par le potentiel de transformation positive. Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli ensemble et optimistes quant à la réplication de ce modèle dans d'autres régions. La participation et le soutien de la communauté locale ont été essentiels à notre succès, et nous continuons de travailler pour sensibiliser davantage les gens à l'importance du recyclage et de la gestion durable des déchets. » a souligné M. Nadir Sinaceur, militant pour la protection de l’environnement et président de l’association Zero Waste Skhirat.
Les filets de pêche traditionnels usés ou abandonnés représentent une menace bien réelle pour nos océans. Il est impératif de braquer les projecteurs sur l'impact dévastateur des pratiques de pêche non durables et de s'engager activement à prévenir la pollution marine. Il est de notre responsabilité collective de veiller à ce que nos océans restent vibrants, diversifiés et capables de soutenir la vie marine pour les générations futures. En agissant maintenant, nous pouvons prévenir les dommages futurs et contribuer à la restauration des habitats marins qui sont vitaux pour la biodiversité et pour les économies locales qui en dépendent.