Lutte contre le paludisme en Haïti : plus de 500 000 personnes ciblées par une campagne de distribution de masse de moustiquaires.

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Haïti, en sa qualité de récipiendaire principal du financement du Fonds mondial, a accompagné le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) lors du lancement de la Campagne de distribution de masse de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILDA) 2026. Mise en œuvre par le MSPP à travers l’Unité de coordination des maladies infectieuses et transmissibles (UCMIT), qui regroupe notamment le Programme national de contrôle de la malaria (PNCM), cette campagne vise à renforcer la protection de plus de 500 000 personnes dans la Grand’Anse, le Sud et les Nippes.

20 août 2026
Group of people on a stage at a conference, banners on sides, CDM 2026 sign.

Photo de groupe des représentants du MSPP, de l’UCMIT, du PNCM et du PNUD dans le cadre de la campagne CDM 2026

Photo : PNUD Haïti | Patricia Sénatus

Placée sous le thème « An n dòmi anba moustikè pou n pa trape malarya » en français « Dormons sous une moustiquaire pour ne pas attraper le paludisme. », cette campagne cible les zones les plus exposées à la transmission du paludisme, à travers la distribution de plus de 308 000 moustiquaires. Elle couvrira au total 20 communes et 44 sections communales dans les départements de la Grand’Anse, du Sud et des Nippes.

La campagne de cette année marque une évolution importante dans la conduite des interventions de santé publique en Haïti. Pour la première fois dans le pays, une campagne de distribution de moustiquaires de cette envergure s’appuie sur un dispositif entièrement digitalisé, permettant notamment de suivre l’avancement des opérations, de mesurer la couverture des ménages et d’améliorer la gestion des stocks au fur et à mesure de l’évolution des opérations.

Allier prévention, données et innovation

Le lancement officiel à Jérémie a réuni des représentants du MSPP et du PNCM, des autorités départementales et locales, des partenaires techniques et financiers ainsi que des leaders communautaires. Dans la Grand’Anse, la distribution des moustiquaires concerne notamment les communes de Jérémie, Roseaux, Les Abricots, Dame-Marie, Anse d’Hainault, Les Irois, Moron, Chambellan et Marfranc.

Présent à la cérémonie du lancement, le Représentant résident adjoint du PNUD en Haïti, M. Sylvain Merlen, a insisté sur les conséquences du paludisme qui dépassent le seul domaine de la santé et affectent également les capacités des communautés et leur développement. Il a surtout mis en avant l’innovation numérique introduite dans la campagne 2026.

Avec cette campagne, nous voulons associer protection sanitaire, innovation et engagement communautaire.
Syvain Merlen

« Le paludisme est une tragédie pour les personnes touchées, mais aussi un frein au développement, car il réduit les capacités des communautés. Avec cette campagne, nous voulons associer protection sanitaire, innovation et engagement communautaire. Pour la première fois à cette échelle en Haïti, la digitalisation nous permettra de suivre les opérations en temps réel, de mesurer la couverture des ménages, de mieux gérer les stocks et d’adapter nos décisions pendant l’action. Il s’agit d’agir plus vite, de corriger plus vite et d’obtenir de meilleurs résultats.»

L’utilisation de téléphones et de tablettes par les équipes de terrain doit notamment permettre de disposer de données actualisées au fur et à mesure du déploiement de la campagne. Cette approche vise à passer d’une logique de rapportage essentiellement réalisée après les opérations à un pilotage fondé sur les données pendant leur mise en œuvre.

La digitalisation doit également faciliter le travail des acteurs communautaires et des superviseurs, améliorer la coordination entre les différents niveaux du système de santé et renforcer la transparence ainsi que la redevabilité dans la gestion de l’intervention.

Renforcer la protection dans les zones les plus exposées

Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, le paludisme demeure un important défi de santé publique en Haïti, particulièrement dans certaines zones du Grand Sud. La maladie reste notamment présente dans les zones côtières et les localités situées à moins de 600 mètres d’altitude. Plus de 99 % des cas enregistrés dans le pays sont causés par Plasmodium falciparum, transmis principalement par le moustique Anopheles albimanus.

Dans ce contexte, les moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action constituent un moyen essentiel de réduire l’exposition des populations aux moustiques vecteurs du paludisme. Organisées tous les 3 ans en Haïti, les campagnes de distribution de masse permettent d’étendre cette protection aux communautés vivant dans les zones où le risque de transmission demeure élevé.

Le Coordonnateur national du Programme national de contrôle de la malaria (PNCM), Dr Marc-Aurèle Telfort, a rappelé la place de cette intervention dans les efforts engagés en vue de l’élimination du paludisme.

« Le paludisme n’est pas un détail, c’est un problème de santé publique qui touche les personnes, le développement et l’économie. La prise en charge d’un cas coûte environ 90 dollars américains, mais le ministère de la Santé publique la rend gratuite. Malgré les efforts du programme et de ses partenaires, Haïti continue de faire face à une augmentation importante des cas, notamment dans la Grand’Anse, qui représente une part considérable des cas enregistrés dans le pays. Il n’y a aucune raison qu’une personne meure du paludisme en Haïti, car nous avons les moyens nécessaires pour prévenir et prendre en charge la maladie. »

 

La mobilisation communautaire, condition essentielle du succès

La distribution des moustiquaires ne constitue toutefois qu’une étape. Leur utilisation régulière et correcte par les ménages reste déterminante pour assurer l’efficacité de l’intervention. Les agents de santé, les équipes de terrain et les leaders communautaires jouent ainsi un rôle central pour sensibiliser les familles et favoriser l’adoption durable des mesures de prévention.

Représentant le Directeur départemental sanitaire de la Grand’Anse lors de la cérémonie, Dr Thierry François a insisté sur cette responsabilité collective :

«La distribution des MILDA représente un outil essentiel de prévention. Toutefois, son efficacité repose sur l’utilisation systématique et correcte des moustiquaires par les ménages. Nous comptons sur l’engagement des leaders communautaires et des agents de santé pour accompagner la population dans cette démarche et ainsi mieux protéger les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et l’ensemble des personnes exposées.»

Des équipes sont ainsi mobilisées dans les sections communales ciblées afin d’assurer la distribution des moustiquaires, tout en accompagnant les ménages dans leur utilisation.

La campagne repose sur la collaboration entre les autorités sanitaires nationales et départementales, les partenaires techniques et financiers, les autorités locales et les communautés. Elle s’inscrit dans les efforts conduits par le gouvernement haïtien, à travers le MSPP, l’Unité de coordination des maladies infectieuses et transmissibles (UCMIT) et le PNCM, avec l’appui du Fonds mondial et du PNUD.

Comme l’a rappelé M. Sylvain Merlen lors du lancement, l’enjeu dépasse la seule distribution de moustiquaires : il s’agit de faire de chaque intervention une occasion de renforcer durablement les capacités du système de santé et la résilience des communautés.

Le PNUD réaffirme ainsi son engagement aux côtés du Gouvernement haïtien, du Fonds mondial et des communautés pour contribuer à un objectif commun : faire progresser Haïti vers l’élimination du paludisme et construire des communautés plus résilientes et mieux protégées.