Des progrès durement acquis en matière de développement pourraient être réduits à néant, ce qui ferait basculer jusqu’à 4 millions de personnes dans la pauvreté
L’escalade du conflit au Moyen-Orient anéantit plus d’une année de croissance économique dans la région des États arabes, selon une nouvelle évaluation du Programme des Nations Unies pour le développement
31 mars 2026
Amman et New York – Selon de nouvelles estimations du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’escalade du conflit au Moyen-Orient, qui entre désormais dans sa cinquième semaine, pourrait coûter à l’ensemble des pays de la région entre 3,7 et 6,0 % de leur produit intérieur brut (PIB). Cela représente une perte vertigineuse comprise entre 120 et 194 milliards de dollars US, qui dépasse la croissance cumulée du PIB régional enregistrée en 2025. Associés à une augmentation du chômage qui pourrait atteindre 4 points de pourcentage − ce qui équivaut à 3,6 millions d’emplois perdus, soit plus que le nombre total d’emplois créés dans la région en 2025 −, ces reculs vont faire basculer jusqu’à 4 millions de personnes dans la pauvreté. Le rapport de l’évaluation, intitulé Military Escalation in the Middle East: Economic and Social Implications for the Arab States, expose une situation préoccupante liée aux vulnérabilités structurelles caractéristiques de la région. À cause de ces vulnérabilités, une escalade militaire, même de courte durée, pourrait avoir des effets considérables, généralisés et potentiellement durables sur le plan socioéconomique.
« Cette crise sonne l’alarme dans les pays de la région qui doivent repenser en profondeur leurs choix stratégiques en matière de politiques budgétaires, sectorielles et sociales, ce qui représente un tournant important dans la trajectoire de développement de la région », explique Abdallah Al Dardari, assistant du Secrétaire général des Nations Unies et directeur du Bureau régional du PNUD pour les États arabes. « Les résultats de notre évaluation montrent la nécessité de renforcer très vite la collaboration régionale pour diversifier les économies − et ne plus dépendre d’une croissance tirée par les hydrocarbures −, étoffer le tissu productif, sécuriser les systèmes commerciaux et logistiques, et élargir les partenariats économiques afin de limiter l’exposition aux chocs et aux conflits. »
Pour saisir l’ampleur des perturbations causées par quatre semaines de conflit, l’évaluation s’appuie sur un modèle d’équilibre général calculable. Les effets du conflit sont modélisés en estimant notamment l’augmentation des coûts du commerce, les pertes de productivité temporaires et les destructions localisées de capital. Cinq simulations ont été réalisées avec des scénarios correspondant chacun à un degré d’escalade du conflit et qui vont d’une situation de « perturbations modérées », dans laquelle les coûts du commerce sont multipliés par dix, à une situation de « perturbations extrêmes et de choc énergétique », dans laquelle les coûts du commerce sont multipliés par cent, du fait notamment d’un arrêt de la production d’hydrocarbures.
Les résultats montrent que les effets ne sont pas uniformes et varient considérablement à l’intérieur de la région en raison de caractéristiques structurelles des principales sous‑régions qui la constituent. Selon les estimations, les pertes macroéconomiques les plus importantes se concentrent dans la sous-région du Conseil de coopération du Golfe et dans celle du Levant. Les pays concernés sont fortement exposés aux perturbations du commerce et à la volatilité du marché de l’énergie, ce qui entraîne des baisses importantes de la production, des investissements et des échanges. Les deux sous‑régions risquent de voir leur PIB diminuer de 5,2 à 8,5 % et de 5,2 à 8,7 % respectivement. Les augmentations des taux de pauvreté se concentrent dans les pays du Levant et les pays arabes les moins avancés. Dans ces pays, le niveau de vulnérabilité est déjà le plus élevé et les chocs entraînent une détérioration plus forte des conditions de vie. En Afrique du Nord, les effets restent modérés mais tout de même importants en valeur absolue.
Au Levant, le taux de pauvreté devrait augmenter de cinq points à cause de la crise. Cette crise devrait en effet plonger 2,85 à 3,30 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté, ce qui représente plus de 75 % de l’augmentation de la pauvreté dans l’ensemble de la région. L’indice de développement humain (IDH) de l’ensemble de la région devrait baisser d’environ 0,2 à 0,4 %, ce qui correspond à un recul d’environ six mois à près d’un an des progrès réalisés sur le plan du développement humain.
Pour plus d’informations et pour organiser des interviews, veuillez contacter :
Riad Sabbagh | Consultant principal en communication | Bureau régional pour les États arabes | riad.sabbagh@undp.org
Ahmed Bazzoum | Spécialiste en communication | Bureau régional pour les États arabes | ahmed.bazzoum@undp.org
Noeman AlSayyad | Conseiller en communication stratégique | Bureau régional pour les États arabes | noeman.alsayyad@undp.org
Note aux rédacteurs :
- L’évaluation sera disponible en ligne (dès que l’embargo sera levé) via le lien suivant. Une version en arabe sera publiée très prochainement.
- Cette évaluation fait partie d’une série d’évaluations rapides produites par le PNUD concernant les effets de l’escalade du conflit au Moyen-Orient sur l’Iran, la région des États arabes, l’Afrique et la région Asie-Pacifique, ainsi que sur les perspectives de développement mondial.
- Les résultats présentés dans cette note doivent être interprétés comme des estimations indicatives des possibles effets d’une escalade du conflit en fonction de différents degrés d’intensité des chocs, et non comme des effets déjà réels.
- Des estimations des effets sont présentées pour quatre groupes sous-régionaux des États arabes, à savoir :
- Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ;
- Les pays du Levant, qui regroupent l’Irak, la Jordanie, le Liban, l’État de Palestine et la Syrie ;
- La région Afrique du Nord, qui regroupe l’Algérie, l’Égypte, la Libye, le Maroc et la Tunisie ;
- Les pays arabes les moins avancés (PMA), notamment le Soudan et le Yémen, les données disponibles n’ayant pas permis de simuler les effets du conflit sur Djibouti et la Somalie.
Synthèse des effets (disponible en anglais) :
| Macroeconomic Impact | GDP | |||
| Region | Loss of 3.7 - 6.0 % | equivalent to | US$120.00-194.00 Billion |
| GCC | Loss of 5.2 - 8.5 % | equivalent to | US$103.00-168.00 Billion |
| Levant | Loss of 5.2 - 8.7% | equivalent to | US$17.30-28.90 Billion |
| N Africa | Gain of 0.0 - 0.4 % | equivalent to | US$0.09-3.20 Billion |
| LDCs | Loss of 0.1 - 0.5 % | equivalent to | US$0.07-0.32 Billion |
| Unemployment Impact | Jobs lost | |||
| Region | Increase by 1.8 - 4.0 % | equivalent to | 1.61-3.64 Million jobs lost |
| GCC | Increase by 3.6 - 9.4 % | equivalent to | 1.17-3.11 Million jobs lost |
| Levant | Increase by 2.3 - 2.7 % | equivalent to | 0.32 Million jobs lost |
| N Africa | Increase by 0.1 % | equivalent to | 0.06 Million jobs lost |
| LDCs | Increase by 0.2 – 0.8 % | equivalent to | 0.05-0.20 Million jobs lost |
| Poverty Impact | Additional population pushed below poverty line | ||||
| Region | Increase by 0.70 - 1.00 % | equivalent to | 3.05 - 3.96 Million people | |
| GCC | Not caluculated due to very low baseline | |||
| Levant | Increase by 4.45 - 5.15 % | equivalent to | 2.85 - 3.29 Million people | 75%of total |
| N Africa | Increase by 0.03 – 0.05 % | equivalent to | 59 – 103 Thousand people | |
| LDCs | Increase by 0.15 - 0.60 % | equivalent to | 137 – 560 Thousand people | |
| Human Development Impact | HDI | Year of progress set back | ||||
| Region | Decrease by 0.2 – 0.4 % | equivalent to | 0.5 – 1.0 Years set back | |
| GCC | Decrease by 0.3 - 0.5 % | equivalent to | 1.2 – 2.0 Years set back | |
| Levant | Decrease by 0.4 - 0.7 % | equivalent to | 0.9 – 1.5 Years set back | |
| N Africa | Increase by 0.0 - 0.1 % | equivalent to | Slight gain forward | |
| LDCs | Decrease by 0.0 - 0.1 % | equivalent to | Small but significant set back | due to low HDI baseline |