L'épidémie d'Ebola pourrait faire basculer près d'un million de personnes dans la pauvreté et coûter plusieurs milliards de dollars, avertit le PNUD

Une nouvelle analyse du PNUD montre qu’Ebola est bien plus qu’une urgence sanitaire. Il s’agit aussi d’une crise du développement et de l’économie, aux lourdes conséquences socioéconomiques, qui touchent particulièrement les femmes.

29 juin 2026
Photograph: group of people around a blue water barrel; man bends to operate a tap.

Si la menace immédiate pour la santé publique est grave et nécessite des mesures de confinement telles que les quarantaines, certaines des restrictions plus générales imposées aux déplacements et aux échanges commerciaux ont, sans le vouloir, des effets dévastateurs sur les économies locales et les moyens de subsistance informels.

Projet Hope RDC

NEW YORK / KINSHASA, 30 juin — Une nouvelle évaluation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avertit que la flambée actuelle de maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo (RDC) provoque une crise socioéconomique de grande ampleur susceptible de faire basculer 985 000 personnes supplémentaires dans la pauvreté, les femmes étant les plus durement touchées par ses répercussions économiques et sanitaires. Si les effets de la crise venaient à s'étendre à l'échelle régionale, elle pourrait entraîner la perte de dizaines de milliers d’emplois, perturber les systèmes de santé et d’éducation et coûter jusqu’à 3,6 milliards de dollars américains aux économies africaines.

Le rapport, Évaluation socioéconomique rapide de la flambée d’Ebola en RDC, montre que la flambée actuelle du virus Ebola de Bundibugyo constitue un choc majeur qui aggrave la pauvreté en RDC ainsi que dans les pays voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud. Si la menace immédiate pour la santé publique exige des mesures de riposte telles que les quarantaines, certaines restrictions plus larges imposées aux déplacements et aux échanges commerciaux ont également des conséquences involontaires mais dévastatrices sur les économies locales et les moyens de subsistance, en particulier dans le secteur informel.

« Ebola ne s’arrête pas aux portes des hôpitaux », a déclaré Ahunna Eziakonwa, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice régionale du PNUD pour l’Afrique. « Ses répercussions se font sentir sur les moyens de subsistance, l’éducation, la sécurité alimentaire, le commerce, les finances publiques et la confiance des populations. Si nous considérons Ebola uniquement comme une crise sanitaire, nous risquons de sous-estimer les effets dévastateurs qu'elle entraîne sur le développement. »

L’analyse montre que les répercussions économiques vont bien au-delà des personnes directement infectées et frappent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables, qui ne disposent d’aucune marge financière pour absorber un tel choc. Même si la flambée reste contenue à la RDC et à l’Ouganda, les conséquences économiques demeurent considérables : la RDC pourrait enregistrer une perte de plus d’un milliard de dollars de PIB réel et la disparition de 55 000 emplois.

Les perturbations des échanges commerciaux, les restrictions aux frontières, les retards dans les transports, la baisse de la confiance des consommateurs et les interruptions des marchés informels pourraient réduire le PIB du continent de 2,37 milliards de dollars, même si la propagation du virus reste largement maîtrisée. Les 20 pourcents des ménages les plus pauvres pourraient voir leur consommation quotidienne reculer de 1,76 pourcent, une baisse qui efface des progrès de développement encore fragiles et risque d'ancrer durablement davantage de familles dans la pauvreté.

Dans un scénario plus grave de « polycrise », où la flambée d’Ebola coïnciderait avec des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et des chocs sur les marchés de l’énergie, l’Afrique pourrait perdre 3,6 milliards de dollars de production économique et 328 000 emplois.

Cette crise socioéconomique revêt également une forte dimension de genre. Le rapport montre que les femmes sont particulièrement vulnérables dû à leur rôle dans la société. Majoritaires dans le commerce transfrontalier informel, elles voient leurs revenus directement affectés par les restrictions de circulation. Elles représentent également la majorité des personnels de santé de première ligne et assument le plus souvent les responsabilités de soins au sein des ménages, ce qui les expose davantage au risque de contamination.

Le redéploiement des ressources de santé vers la lutte contre Ebola pourrait par ailleurs provoquer une crise sanitaire secondaire. Le rapport estime que les perturbations des services de santé pourraient entraîner jusqu’à 2 520 décès supplémentaires de nourrissons en RDC, imputables à des causes autres qu’Ebola.

Pour limiter ces conséquences socioéconomiques dévastatrices, le PNUD recommande un ensemble de mesures coordonnées, sensibles au genre :

  • Renforcer le soutien ciblé grâce à des transferts monétaires directs et des subventions à la consommation destinés aux populations les plus vulnérables, en particulier aux ménages dirigés par des femmes.
  • Mettre en place des « frontières intelligentes », privilégiant des protocoles de dépistage ciblés et des mécanismes communautaires de protection plutôt que des fermetures généralisées, afin de permettre aux femmes actives dans le commerce informel de poursuivre leurs activités en toute sécurité.
  • Préserver les dépenses sociales essentielles, en mettant en place des mécanismes de financement d’urgence garantissant la continuité des services de santé maternelle, reproductive et infantile parallèlement à la riposte contre Ebola.

Le PNUD appelle les gouvernements, les partenaires du développement et les institutions financières internationales à aller au-delà des approches traditionnelles de riposte aux épidémies en investissant simultanément dans les systèmes de santé, la protection sociale, les moyens de subsistance et la résilience économique.

Le rapport complet peut être téléchargé ici. (en anglais)

Note à l’attention des rédactions

Cette évaluation fait suite à la déclaration, le 17 mai, de l’Organisation mondiale de la Santé qualifiant cette flambée d’Ebola d’urgence de santé publique de portée internationale. Centrée dans l’est de la RDC, elle est provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement approuvé.

Contacts presse

  • Gaby Goldman | Responsable de la communication de crise | gabriela.goldman@undp.org | +1 917 288 7900
  • Eve Sabbagh | Spécialiste de la communication stratégique, Bureau régional pour l’Afrique | eve.sabbagh@undp.org | +1 484 904 5730