Dans la région des États arabes, les pays voisins de la guerre à Gaza subissent un déclin socioéconomique par ricochet, selon une nouvelle évaluation rapide

Le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale avertissent que le développement humain pourrait régresser d'au moins 2 à 3 ans en Égypte, en Jordanie et au Liban.

13 décembre 2023

Si la guerre se poursuivait jusqu’à la fin de son troisième mois en cours, les premières estimations montrent que 230 000 personnes supplémentaires pourraient tomber dans la pauvreté en Égypte, en Jordanie et au Liban voisins, d'ici la fin de 2023.

Photo : PNUD

Amman – Le système humanitaire à Gaza est au bord de l'effondrement, ce qui met 2,2 millions de personnes en situation de danger immédiat. Chaque nouveau jour de guerre, l'onde de choc qui se propage aux pays voisins dans la région des États arabes entraînera des revers socioéconomiques durables. 

Les résultats préliminaires d'une nouvelle évaluation rapide menée par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale (CESAO) montrent que le développement humain en Égypte, au Liban et en Jordanie est sur le point de reculer. Si la guerre se poursuivait jusqu’à la fin de son troisième mois en cours, les premières estimations montrent que 230 000 personnes supplémentaires pourraient tomber dans la pauvreté en Égypte, en Jordanie et au Liban voisins, d'ici la fin de 2023, car le coût de la guerre en termes de perte cumulée du produit intérieur brut (PIB) pourrait s'élever à environ 10,3 milliards de dollars américains, soit 2,3 pour cent pour ces trois pays. 

L'évaluation rapide publiée aujourd'hui, intitulée « Impacts socio-économiques prévus de la crise de Gaza sur les pays voisins dans la région des États arabes », examine plusieurs retombées régionales possibles, à partir des enseignements tirés de précédents conflits dans la région, y compris l'invasion de l'Irak en 2003, la guerre de 2008-2009 à Gaza et la crise en Syrie, qui continue de faire rage depuis 2011. Ces effets comprennent les variations des prix du pétrole, l’afflux de réfugiés, les pressions sur la dette publique et la marge de manœuvre budgétaire, le tourisme et le commerce, entre autres. Bien que l'impact de ces retombées ne se soit pas encore pleinement manifesté, l'évaluation indique qu'ils restent des variables de risque qui doivent être surveillées de près. 

« Tout d'abord, un cessez-le-feu humanitaire immédiat doit être instauré à Gaza. Cette guerre est catastrophique pour le peuple palestinien. Et si elle se poursuit, son impact pourrait se répercuter sur les pays voisins dans la région des États arabes », a déclaré Abdallah Al Dardari, Directeur du Bureau régional pour les États arabes du PNUD. « Ces pays connaissaient déjà des difficultés économiques dues à la COVID-19 et à une série de crises économiques mondiales, y compris celles provoquées par la guerre en Ukraine. Nous ne devons pas perdre de vue que les retombées de la guerre à Gaza sur le commerce, le tourisme et les moyens de subsistance exacerbent les vulnérabilités existantes et mettent en péril les modestes gains réalisés par ces pays voisins pour redresser leurs économies et leurs sociétés. » 

Les auteurs de l'évaluation estiment que, si la guerre se prolonge au-delà de trois mois, les impacts socioéconomiques sur plusieurs pays voisins s'intensifieront. Les estimations de la limite supérieure prévoient que près d'un demi-million de personnes tomberont dans la pauvreté et que la perte cumulée totale de PIB atteindra 18 milliards de dollars américains, soit 4 pour cent pour les trois pays, en 2024. 

Les auteurs utilisent des outils de modélisation économique pour simuler les impacts de la guerre sur les pays voisins, en se concentrant principalement sur l'Égypte, la Jordanie et le Liban, ainsi que la Syrie, lorsque des données existent. Pour calculer l’impact, ils envisagent deux scénarios de conflit, en supposant que la guerre dure trois mois et six mois, avec l'intensité et la portée géographique actuelles, limitées à Gaza et au territoire palestinien occupé. 

Toutefois, les auteurs de l'évaluation préviennent que si la guerre s'étendait en termes de portée géographique, l'escalade des effets pourrait devenir plus exponentielle. Ils plaident pour des mesures urgentes visant à renforcer la résilience sociale et économique dans les pays voisins touchés, soulignant que la priorité doit être de prendre des mesures pour mettre fin à la guerre afin de mettre un terme à la dévastation et aux souffrances indicibles à Gaza et dans le territoire palestinien occupé. 

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