Retrouver l’autonomie, retrouver la dignité
19 décembre 2025
Abakar, 13 ans, Amhabib, 25 ans et Issakha, 62 ans
Au Tchad, vivre avec un handicap signifie encore trop souvent dépendre, renoncer, s’effacer. Se déplacer, aller à l’école, participer à la vie communautaire ou simplement être visible exige des efforts disproportionnés. Pourtant, l’inclusion n’est pas un privilège. Elle est une condition du développement, une question de dignité, et un droit fondamental.
C’est dans cet esprit qu’en janvier 2025, le PNUD, à travers le financement Funding Windows, et en partenariat avec le REPHAT – Réseau des Personnes Handicapées du Tchad, a remis des dispositifs d’assistance et des équipements adaptés à des personnes handicapées.
Derrière ces équipements, il y a bien plus que du matériel : il y a des vies qui reprennent mouvement, voix et dignité.
Issakha Bichara : retrouver la liberté de se déplacer
À Massaguet, Issakha Bichara, 62 ans, a vu sa vie basculer le jour où un accident dans les champs lui a fait perdre la vue. Privé de mobilité, dépendant des autres pour les gestes les plus simples, il s’est peu à peu enfermé dans la solitude. Aller chercher de l’eau, rendre visite à des proches ou se rendre à la mosquée était devenu difficile. Entièrement dépendant, cette situation pesait lourdement sur son moral.
Issakha a reçu une canne intelligente. Elle ne lui a pas rendu la vue. Mais elle lui a rendu la liberté. Aujourd’hui, il se déplace seul dans les quartiers de Massaguet, participe à la vie communautaire et a retrouvé sa place parmi les siens.
Issakha, 62 ans, a reçu une canne intelligente
Amhalib : de l’invisibilité à l’autonomie
Dans le village d’Achankhallah, département de Dababa, Amhalib Moussa, 25 ans, a longtemps vécu enfermée chez elle. Devenue handicapée à la suite d’un accident, elle dépendait des autres pour se déplacer, souvent transportée sur le dos d’un âne ou dans un pousse-pousse. Elle avait des idées, des envies d’entreprendre. Mais sans mobilité, tout lui semblait impossible. Sa vie se résumait, dit-elle, à « regarder les autres avancer ».
Grâce au tricycle qu’elle a reçu, Amhalib a retrouvé le mouvement, et avec lui, la confiance nécessaire pour reprendre le contrôle de son quotidien. Elle circule désormais dans les rues d’Achankhallah et des villages voisins, participe aux activités des groupements féminins, assiste aux réunions communautaires et sensibilise sur les droits des personnes handicapées.
Amhalib, 25 ans, a reçu un fauteuil roulant
Abakar : aller à l’école, enfin
À Bokoro, Abakar Moussa, 13 ans, regardait chaque matin les autres enfants partir à l’école, cartable sur le dos. Il rêvait de pouvoir les suivre. Mais atteint de poliomyélite et sans moyen de déplacement adapté, il restait à la maison, le cœur serré. Sa famille n’avait pas les moyens de lui offrir un tricycle. Sa mère le portait parfois, mais l’effort devenait de plus en plus difficile, et elle a dû privilégier son activité génératrice de revenus.
Le jour où Abakar a reçu son tricycle adapté, il a immédiatement demandé à aller à l’école. Aujourd’hui, il est autonome, assidu et enthousiaste. Il ne manque aucun jour de classe, raconte à sa mère ses jeux avec les autres enfants pendant la récréation et parle désormais de son avenir avec assurance.
Son rêve ? Devenir enseignant.
Abakar, 13 ans, a reçu un fauteuil roulant
Au-delà des équipements, la dignité
Ces histoires sont différentes. Mais elles disent toutes la même chose : lorsque les obstacles tombent, les capacités émergent. Elles rappellent que l’inclusion commence lorsque l’on redonne mobilité, autonomie et voix. Renforcer les capacités, fournir des dispositifs d’assistance, soutenir l’autonomie et la participation citoyenne : ce sont là des actions concrètes qui redonnent visibilité, confiance et dignité.
Parce que l’inclusion n’est pas un état. C’est un chemin, qui se trace pas à pas, avec les personnes concernées au cœur des solutions.
Et sur ce chemin, chaque geste compte.