Kamahoro : l'énergie solaire illumine le quotidien et dynamise l'économie locale
12 juin 2026
Ange Micheline, dans son atelier de couture à Kamahoro
Par Aaron Nsavyimana
À Kamahoro, l’énergie solaire transforme le visage de ce village autrefois plongé dans l'obscurité et éloigné du réseau national de distribution d’eau et d’électricité.
« Notre village est devenu un véritable centre d’attraction. Beaucoup de gens y affluent car il est désormais connecté à l’énergie solaire », témoigne Ange Micheline, couturière à Kamahoro. « De nombreux métiers ont vu le jour : couture, coiffure, mouture, secrétariat, projection cinématographique et divers commerces. Fini le calvaire pour les femmes qui utilisaient le mortier, le pilon et le tamis pour obtenir de la farine ! Il leur suffit désormais de mettre l’eau sur le feu et de se rendre au moulin pour nourrir la famille dans les minutes qui suivent. Personnellement, avec ma machine électrique, je peux doubler ou tripler ma production, et ce, même après avoir travaillé dans les champs. J’ai oublié la peine de pédaler toute la journée et mes revenus sont désormais consistants. Avant, je gagnais tout au plus 15 000 FBU par jour ; aujourd’hui, je gagne entre 40 000 et 45 000 FBU. Cela m’a permis d’acheter des chèvres et un terrain, ce dont je n'aurais jamais osé rêver auparavant. »
Abraham Shemezimana, coiffeur, s'en réjouit également : « Avant, je travaillais à perte. Je ne coiffais que 5 personnes par jour. Aujourd’hui, même s'ils sont 50, je peux les raser sans problème. »
Kamahoro fait partie des localités desservies par le projet de Services Énergétiques Ruraux pour la Résilience de la Population au Burundi (SERR) cofinancé par le PNUD et l’Union Européenne. Ce projet, baptisé « Umuco w’iterambere : Energie pour le développement », a apporté une énergie propre et renouvelable à 900 ménages, soit environ 15 000 personnes vivant dans 11 villages isolés du réseau électrique national.
En outre, 9 centres de santé, 15 écoles, des centres culturels et des bureaux administratifs ont été raccordés à l’électricité, tandis que 374 unités économiques ont pu accéder à cette énergie moderne, efficiente, propre et durable. Cette électrification a été déployée dans 7 communes réparties sur 5 provinces du pays (Kirundo, Karusi, Cankuzo, Rutana et Makamba).
Bacebaseme Thérence, chef de la zone de Mayenzi dans laquelle se trouve le village de Kamahoro, souligne l'impact de cette avancée : « La connexion à l’électricité est une véritable source de développement. De nombreuses personnes viennent s'installer et construire à Kamahoro, et on nous a également promis un accès à l’eau. Les activités économiques prospèrent : on constate, par exemple, que les coopératives qui avaient reçu des moulins du PNUD achètent désormais leurs propres équipements. L'amélioration des conditions de vie de la population est indéniable. »
Audrick Mpawenayo, gérant du mini-réseau local, est heureux d’être au service de sa communauté et de bâtir son avenir : « Avant d’être engagé ici, je faisais de petits travaux de réparation et d'installation électrique chez moi, à Gitega. Aujourd’hui, j'ai un emploi stable. Je peux même demander un crédit pour lancer de petits projets personnels. À 28 ans, ma situation financière me permet désormais d'envisager de fonder mon foyer. »
Emmanuel Nzimenya, sentinelle du mini-réseau, abonde dans le même sens : « J’étais employé par le PNUD lors de la construction de ce mini-réseau. J’ai eu la chance d'être maintenu à mon poste depuis que la gestion a été confiée à l’ABER (Agence Burundaise d’Électrification Rurale). À la fin du mois, quand je touche mon salaire, je m'assieds avec ma femme et nous discutons de nos projets familiaux, ce qui n’était pas le cas à l'époque où j’étais cultivateur. La population m’apprécie beaucoup, car je veille sur leur précieuse source d’énergie. »
L'impact se fait aussi ressentir dans les petits commerces, comme l'explique Nibigira Monique, qui tient une buvette faisant également office d'épicerie : « Je viens de Mayenzi, à trois kilomètres d’ici. Là-bas, je devais m'éclairer à la bougie et payer 1 000 FBU pour recharger mon téléphone. Aujourd’hui, j'ai un chez-moi éclairé. Je ne suis plus hantée par l'achat de bougies dont le prix a flambé à 1 500 FBU l'unité, pour éclairer une très courte durée. Mes enfants étudient dans de bonnes conditions et ont de bons résultats scolaires. Mon commerce est devenu florissant et les clients restent plus tard le soir. Je peux vendre 9 à 10 casiers de boissons, contre 3 à 4 maximum auparavant. »
Enfin, Daphrose Baranyikwa fait partie de celles que l'arrivée des moulins électriques a soulagées : « Avant l’électricité, pour obtenir de la farine, il fallait piler le manioc ou le maïs, puis utiliser le tamis. C'était épuisant, surtout après une longue journée de travaux champêtres. Parfois, les femmes devaient marcher 6 kilomètres jusqu'à Buhiga afin de faire moudre du manioc ou du mïs, pour finalement rentrer bredouilles après avoir attendu leur tour toute la journée à cause des coupures de courant. »
Certains commerçants avaient bien opté pour des moulins à carburant, mais cela donnait un goût et une odeur de mazout à la farine, sans parler du coût de la mouture qui restait élevé. « Aujourd'hui, avec les moulins électriques, on peut mettre son eau à bouillir, aller faire moudre son grain, et quelques minutes plus tard, être de retour à la maison avec le repas prêt à être servi ! », se félicite Daphrose.