Production de sel au Bénin : De la pénibilité à la fierté

22 mai 2026
Group of people in light-blue outfits posing on a wooden outdoor staircase beside a log cabin.

Un de salicultrices sur le site de production de sel à Djegbadji

Crédit photo: PNUD Bénin

Longtemps traditionnelle, la production de sel au Bénin est en pleine mutation. La modernisation de la production transforme progressivement cette activité en un levier de développement socio-économique et de préservation de l’environnement, grâce à l’accompagnement de plus de 1 700 saliculteurs et salicultrices dans le cadre du Projet de Promotion du Sel local Xwlajè dans la zone côtière au Bénin (ProSel). 

"Aujourd'hui, grâce aux efforts conjugués du Gouvernement, des partenaires techniques et financiers, des collectivités territoriales décentralisées et des communautés bénéficiaires, nous franchissons une nouvelle étape vers la modernisation et la transformation de cette filière, tout en préservant son caractère artisanal "
Modeste KEREKOU, Ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi.

À Hio Houta, dans la commune de Ouidah, Emma Kindohou incarne cette transformation en cours dans la filière salicole. À plus de 50 ans, cette mère de quatre enfants, perpétue un savoir-faire transmis par sa belle-mère. Mais pendant longtemps, cette activité, essentielle à la survie de sa famille, s’est faite au prix d’un travail pénible et de revenus très faibles.

"Avant, on vendait le kilo de sel à 300 FCFA. On bradait nos produits", se souvient-elle.

Au Bénin, la saliculture est une activité largement féminine, pratiquée dans les zones côtières, notamment à Ouidah, Kpomassè, Grand-Popo, Comè et Sèmè-Kpodji. Chaque année, environ 4000 tonnes de sel y sont produites. Cependant, cette production reposait sur des méthodes traditionnelles. Les salicultrices travaillaient sur des sites non aménagés, exposées à la chaleur et aux fumées, avec peu d’organisation et sans respect des normes d’hygiène.

Sur le plan environnemental, l’impact était tout aussi préoccupant : près de 20 000 m³ de bois de mangrove étaient utilisés chaque année pour la cuisson du sel, contribuant ainsi à la dégradation de l’environnement.

Group of people cooking over a clay stove with large pots inside a thatched hut

Un de salicultrices sur le site de production de sel à Djegbadji

Crédit photo: PNUD Bénin

Une réponse innovante grâce à la coopération Sud Sud

Face à ces défis, le Gouvernement du Bénin, avec l’appui des pays du groupe IBSA notamment l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a lancé en mars 2022 le Projet de Promotion du Sel local  xwlajè dans la zone côtière au Bénin (ProSel). D’un coût global de 5 226 678 $US, les pays de l’IBSA ont joué un rôle clé en mobilisant des ressources financières pour un montant d’un million de dollars US, le PNUD y a contribué avec 200 000 US$ pour accompagner une transformation durable et inclusive de la filière.

L’objectif est clair : moderniser la production de sel, préserver l’environnement et renforcer l’autonomisation économique des femmes.

Avec ProSel, une véritable révolution s’opère dans les méthodes de production. Les techniques traditionnelles de cuisson au bois de mangrove sont progressivement remplacées par des solutions innovantes et écologiques, telles que le séchage solaire et la cuisson à vapeur. L’iodation du sel local est désormais une réalité et un dispositif moderne de distillation utilisant des combustibles alternatifs, comme les coques de noix de palme, a été introduit.

À Djègbadji dans la commune de Ouidah, une unité semi-moderne de production a été installée, équipée de chaudières, de marmites de cuisson, de tanks de préchauffage, de séchoirs et de circuits de vapeur. Ces équipements ont été conçus par des innovateurs béninois avec la participation active des salicultrices, garantissant ainsi leur adaptation aux réalités locales. Des machines d’iodation et de conditionnement ont également été mises en place pour améliorer la qualité du sel et le rendre conforme aux normes sanitaires.

"Je voudrais partager la fierté des Gouvernements de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud d’avoir contribué à cette initiative de coopération Sud-Sud, qui ne se limite pas à un simple partage de ressources, mais permet la co-construction de solutions adaptées et innovantes, directement inspirées des expériences vécues dans nos contextes respectifs ".
M. Linda MASO, Chargé d’Affaire de l’Ambassade de l’Afrique du Sud près le Bénin, intervenant au nom du groupe IBSA.

Un de salicultrices sur le site de production de sel à Djegbadji

Crédit photo: PNUD Bénin

Un changement de vie pour les femmes

Pour Emma et des centaines d’autres salicultrices, les résultats sont concrets et transformateurs.

« Avant, on ne faisait pas attention aux conditions d’hygiène. Maintenant, on filtre la saumure avant la cuisson », explique-t-elle. Grâce aux formations reçues, notamment de la Direction de l’Alimentation et de la Nutrition Appliquée (DANA), les productrices maîtrisent désormais les techniques modernes de production et d’iodation.

Avec la mise en place d’une unité moderne de production, les gains sont multiples :

  • Une réduction significative de la pénibilité du travail, la cuisson passe de 3 tonnes par an à 3 tonnes par jour
  • Une amélioration des conditions sanitaires,
  • Une augmentation de la production et de la qualité du sel,
  • Et surtout, une hausse substantielle des revenus.

Aujourd’hui, le prix du sel est passé de 300 FCFA à 1 000 FCFA grâce à l’amélioration de la qualité et à un meilleur conditionnement.

« On ne brade plus notre travail. On sait ce qu’on vaut », affirme Emma avec fierté.

Crédit photo: PNUD Bénin

Des impacts environnementaux et économiques durables

L’impact du ProSel dépasse largement les bénéfices économiques. En réduisant l’utilisation du bois de mangrove, le projet contribue activement à la préservation de l’environnement. Déjà, 20 hectares de mangroves ont été reboisés dans les communes de Pahou et de Ouidah.

Par ailleurs, les salicultrices sont désormais mieux organisées et formées à la gestion financière, renforçant ainsi la durabilité de leurs activités.

Le projet a déjà produit des résultats significatifs :

  • + 1700 saliculteurs et salicultrices accompagnés,
  • 36 coopératives formalisées,
  • 8 machines d’iodation installées,
  • 1 unité semi-moderne de production à Djègbadji,
  • 20 hectares de mangroves reboisés.

Aujourd’hui, Emma regarde l’avenir avec confiance. Comme elle, de nombreuses salicultrices voient leur rôle évoluer, passant de productrices vulnérables à actrices économiques structurées et autonomes.

"Dans le cadre de la coopération Sud Sud entre le Bénin, les pays de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud, nous démontrons qu’un partage d’expériences, d’innovations et de savoir-faire entre pays du Sud peut générer des solutions concrètes, inclusives et durables au service des communautés"
M. Titus OSUNDINA, Représentant Résident du PNUD au Bénin.
Crédit photo: PNUD Bénin