À Ouèssè, le biogaz change la vie des femmes étuveuses de riz

4 juin 2026
Deux femmes en train d'allumer un fourneau alimenté par le biogaz
Crédit photo: PNUD Bénin/ Elsie Assogba

Au Bénin, l’accès limité à une énergie fiable et abordable constitue un frein majeur au développement des activités productives, en particulier en milieu rural où la transformation agroalimentaire dépend encore largement du bois de feu. Avec l’appui du projet PANA Énergie, la Coopérative Communale des Étuveuses de Riz de Ouèssè dispose désormais d’une unité de biogaz qui permet de valoriser les déchets agricoles pour produire une énergie propre et transformer le riz paddy.

« L’accès à une énergie propre et fiable ne transforme pas seulement les économies rurales. Il libère le potentiel des femmes, allège leur fardeau quotidien et leur donne les moyens de devenir de véritables actrices du développement »
M. Titus Osundina, Représentant Résident du PNUD au Bénin.
Photo of three people in pink outfits processing food in a rustic kitchen with large bowls.

Tri et nettoyage du riz avant l'étuvage au Centre communal de transformation de riz de Ouèssè

Crédit photo: PNUD Bénin/ Elsie Assogba

Pendant longtemps, les membres de cette coopérative, composée de 181 femmes, ont été confrontées à deux défis majeurs : la forte dépendance au bois de chauffe pour l’étuvage et la gestion des résidus agricoles, notamment les balles et les sons de riz. Les longues heures passées devant des foyers traditionnels, exposées à la fumée et à la chaleur, faisaient partie de leur quotidien. Il fallait jusqu’à six heures pour porter l’eau à ébullition et transformer une tonne de riz.

Grâce Tagba, trésorière de la Coopérative, s’en souvient encore : « C’était pénible… la fumée nous fatiguait, et le feu ne prenait pas vite ». Cette réalité pesait lourdement sur leur productivité, leur santé et l’environnement.

Des residus agricoles

La coopérative génère 150 tonnes de déchets issus de la transformation du riz

Crédit photo: PNUD Bénin/ Elsie Assogba
« Avant, le son de riz nous encombrait. On ne savait pas quoi en faire. Aujourd’hui, ces mêmes déchets produisent de l’énergie ».
M. Wilfried Dossou, gérant de la Coopérative.

Aujourd’hui, grâce au projet PANA Énergie, mis en œuvre avec l’appui du Gouvernement du Bénin, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), ces contraintes s’allègent progressivement. À travers le Mécanisme de Soutien Financier, une initiative qui vise à réduire les barrières qui limitent l’accès des ménages, entrepreneurs et petites unités de transformation aux solutions énergétiques modernes et durables, en accordant des subventions basées sur la performance à des promoteurs privés.

À l’issue d’un processus compétitif, la société Biogaz Bénin a été retenue parmi six entreprises pour la distribution de réchauds améliorés, de fours à cuisson et d’unités de biogaz.

L’installation d’un biodigesteur de 15 m² fin 2025 pour cette coopérative permet désormais de valoriser les déchets agricoles. Balles vides et sons de riz, épluchures de manioc et bouses de vache sont récupérés, mixés et introduits dans une cuve hermétique. Par fermentation, ces matières produisent du biogaz, stocké ensuite dans un tank de 30 m³ et acheminé vers les installations d’étuvage.

Des femmes mettant des déchets dans un biodigesteur

Les femmes étuveuses de riz en train de verser des sons de riz dans un biodigesteur

Crédit photo: PNUD Bénin/ Elsie Assogba

Les résultats sont immédiats et concrets. Avec l’utilisation du biogaz, le temps de chauffe est passé de six heures à une seule, améliorant considérablement le rendement de la coopérative. La production annuelle, estimée à 300 tonnes de riz, devient plus efficace, tandis que les 150 tonnes de déchets générées chaque année trouvent désormais une utilité. Le rythme de travail s’allège, la fatigue diminue et, surtout, l’air redevient respirable. « Maintenant, on travaille mieux… on respire mieux », confie Grâce avec fierté. Elles écoulent leurs produits sur le marché local et auprès des institutions comme le Programme Alimentaire Mondial et l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition.

une femme dans une unité de biogaz

" Maintenant avec le biogaz, on travaille mieux… on respire mieux ", confie Grâce avec fierté

Crédit photo: PNUD Bénin/ Elsie Assogba

Au-delà des gains économiques, le biogaz a un impact environnemental et social majeur. En réduisant l’utilisation du bois de feu, il contribue à freiner la déforestation et à limiter les émissions de gaz à effet de serre, tout en améliorant la santé des femmes.