La résilience communautaire par le reboisement

23 décembre 2025
Photograph of a man standing beside a large signboard with Belgian logos in a rural field.

Bio Tchintchinsi, producteur agricole à Kamaha

PNUD Bénin / Hugues Ahounou

A Kamaha, dans la commune de Copargo, le Projet de Renforcement de la Résilience des Communautés Agricoles des Zones Frontalières exposées aux effets néfastes des changements climatiques (PRRéCAZ) combine la restauration des terres dégradées, la création de revenus durables et le renforcement des capacités des producteurs. Les activités de reboisement ont transformé la vie des populations, mis fin à l’exode des jeunes, offert aux femmes des alternatives à l’orpaillage traditionnel et permis à la communauté de reconstruire son école. Une véritable histoire de renaissance.

Bio Tchintchinsi se souvient encore du silence. Ce silence particulier qui s'installait sur Kamaha, petit village de Wandjérou dans la commune de Copargo (à environ 500 km au nord de Cotonou), chaque fois qu'un jeune partait chercher fortune au Nigéria. 

« Nos femmes tombaient malades jour après jour à force de rester dans l'eau et la boue des marigots pour quelques paillettes d'or », raconte le sexagénaire, cultivateur de père en fils. « Et pendant ce temps, l'école du village, délabrée, était abandonnée. »

Dans cette zone frontalière exposée aux chocs climatiques - sécheresses prolongées, pluies erratiques, terres épuisées - la communauté faisait face à une vulnérabilité croissante. Bio lui-même tirait à peine 50 000 FCFA d'une saison agricole sur son demi-hectare. Des ressources insuffisantes pour subvenir convenablement aux besoins de sa famille. 

" Quand il pleut, ces arbres retiennent l’eau. Ils protègent nos cultures du vent et rendent la terre plus fertile. Ils nous ont donné une raison de rester. "
Bio Tchintchinsi, producteur agricole à Kamaha
Farmer in brown cap and beige shirt crouches among young trees in a sunny field, wearing a face mask.

Un jeune homme en train d'assurer l'entretien des plants mis en terre

Photo: PNUD Bénin
Utilisation de la main d’œuvre locale 

En mars 2023, le Projet PRRéCAZ, co-financé par le Gouvernement du Bénin, le Royaume de Belgique et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) arrive à Kamaha. Son objectif est de renforcer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés rurales les plus exposées aux aléas climatiques, tout en favorisant l’adoption de pratiques agricoles durables, l’agroforesterie, et une économie plus résiliente face aux crises climatiques. 

Sur 20 hectares de terres dégradées, une plantation communautaire voit le jour : 10 hectares de Gmelina - ces arbres à croissance rapide - et 10 hectares d'anacardiers greffés, source future de revenus durables. Mais l'innovation du projet réside également dans sa démarche inclusive.

206 habitants du village sont recrutés, femmes et hommes confondus, pour la mise en terre des plants : andainage, piquetage, plantation, entretien. C'est l'approche de la Haute Intensité de Main-d’œuvre (HIMO), qui injecte directement l'argent dans les poches de ceux qui font le travail. Plus de 5 millions de FCFA versés localement. L'économie de Kamaha a un sursaut immédiat.

La transformation de Bio

Bio fait partie des 180 producteurs formés aux techniques agricoles résilientes aux changements climatiques et aux techniques modernes de gestion durable des terres - rotation des cultures, agroforesterie, conservation des sols - ; il n'a pas seulement appris, il a excellé. Engagé comme superviseur du site, son revenu bondit jusqu'à dépasser les 300 000 FCFA, soit six fois ce qu'il gagnait avant.

Aujourd'hui, l'homme cultive plus de 4 hectares, gère sa propre ferme et entretient même son propre site de reboisement. « Le projet m'a ouvert les yeux. Je sais maintenant cultiver pour gagner. J'ai pris confiance. Et j'ai pris mon avenir en main », dit-il avec fierté.

Cependant, la vraie transformation, celle dont il est le plus fier, n'est pas la sienne. Parmi les 206 travailleurs, 56 sont des femmes. Pour elles, quitter l'orpaillage est une question de survie. Les heures passées dans l'eau boueuse, le dos courbé, les mains dans la vase toxique, ont laissé des traces : infections, douleurs chroniques, épuisement. Avec PRRéCAZ, elles gagnent collectivement plus d'un million de FCFA - des revenus qu'elles réinvestissent aussitôt dans des activités durables comme la petite restauration, la transformation du soja en fromage, le petit élevage ou encore, la vente de riz au détail. « Nous avons maintenant des activités qui nous nourrissent tous les jours, et nos enfants vont à l'école au lieu de venir avec nous dans la boue. » confie Mariama, l'une d'elles.

Quelques femmes appuyées par le projet PRRéCAZ à Kamaha

Photo: PNUD Bénin / Hugues Ahounou
Plus précieux que l’or

Avec les millions injectés dans la main-d'œuvre locale, les jeunes du village décident de faire quelque chose que personne ne leur avait demandé. Ils achètent des feuilles de tôles et réfectionnent eux-mêmes l'école du village. Mieux encore, ils financent désormais le salaire d'un enseignant sur leurs fonds propres. 

Bio, le visage rayonnant raconte : « Quand il pleut, ces arbres retiennent l’eau. Ils protègent nos cultures du vent et rendent la terre plus fertile. » Puis il ajoute : « Ils nous ont donné une raison de rester. » 

Vue partielle du site de reboisement à Kamaha

Photo: PNUD Bénin / Hugues Ahounou