Bori : Quand l’énergie solaire sauve des vies 24 h sur 24

23 décembre 2025
Nurse in pink scrubs and hair cover stands beside a neonatal incubator in a hospital.

Madona Abido, sage-femme diplômée d’État au Centre de santé de Bori

Photo: PNUD Bénin / Hugues Ahounou

Le projet PANA Énergie déploie des solutions énergétiques durables dans les zones rurales du Bénin, renforçant la résilience des communautés face aux défis climatiques tout en garantissant l'accès aux services essentiels. A Bori, une sage-femme raconte comment l'énergie solaire ne sert pas seulement à éclairer le centre de santé, mais aussi à sauver des vies.

Il est deux heures du matin à Bori, dans la commune de N’Dali, située à 500 kilomètres au nord de Cotonou. Une parturiente se présente au centre de santé en phase avancée de travail. Le bébé présente des signes de détresse. Madona Abido, sage-femme diplômée d’État âgée de 27 ans, procède à une évaluation rapide. Constatant un périnée trop étroit, elle décide d’effectuer une incision suivie de sutures complexes afin de garantir la sécurité de la mère et de l’enfant.

Une telle urgence aurait pu tourner au drame, si c’était autrefois où ce centre était plongé dans l’obscurité la nuit. « Avant, j'aurais dû travailler dans le noir, en priant pour que la lampe torche tienne jusqu'au dernier point », se souvient-elle. Mais cette nuit-là, tout a changé. D'un simple geste sur l'interrupteur, la salle d'accouchement s'inonde d'une lumière blanche, stable et puissante. Madona voit clair, travaille vite et bien, et délivre la mère, indemne avec son bébé. 

Soigner dans l'ombre

Lorsque Madona est affectée à Bori en 2022, elle découvre une réalité que connaissent encore certains centres de santé ruraux au Bénin, la nuit est synonyme d'angoisse, raconte-t-elle. Faute d'électricité, les accouchements s'effectuaient à la lueur des téléphones portables que les accompagnants doivent tenir au-dessus des tables de travail. Les appareils médicaux restent inutilisables. Les nouveau-nés en détresse respiratoire doivent être aspirés avec les moyens de bord.

« On travaillait avec la peur au ventre », confie la sage-femme. Des cas devaient être référés vers N'Dali (38 km) voire Parakou (79 km), faute d’éclairage approprié pour suturer une hémorragie ou poser une perfusion. Non pas par manque de compétence, mais de lumière.

"Aujourd'hui, nous contrôlons notre énergie. Cette mini centrale solaire nous permet d'exercer notre métier avec assurance et de soigner correctement. Et surtout, elle nous donne la certitude que, même à 3 heures du matin, nous disposons de l’énergie électrique pour soigner et sauver des vies".
Madona Abido, sage-femme diplômée d’État à Bori
Row of electrical meters and control boxes mounted on a yellow wall.

Parc de batteries qui permettent l'alimentation électrique du centre de santé

Photo: PNUD Bénin / Hugues Ahounou
Une révolution silencieuse

C’est alors qu’en 2023, le centre de santé de Bori amorce une transformation qui changera tout. Dans le cadre du projet de Renforcement de la résilience du secteur de l’énergie aux impacts des changements climatiques au Bénin, également appelé PANA Energie, financé par le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM) et mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avec le Gouvernement du Bénin, une mini-centrale solaire photovoltaïque intelligente de 19,8 kWc est installée.

C'est une infrastructure autonome conçue pour sécuriser les services vitaux et assurer une électricité stable 24 heures sur 24, quelles que soient les conditions climatiques. Dans un contexte où le raccordement au réseau électrique national reste inégalement réparti, avec des taux d'électrification s’établissant à environ 69 % en milieu urbain et 36% en milieu rural, l’objectif est donc de favoriser l’accès aux populations hors réseau.

A Bori, cette solution décentralisée change le quotidien de Madona et ses patients. « Les femmes viennent accoucher en confiance », sourit la sage-femme. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le nombre de naissances mensuel a presque doublé, passant de 20 à parfois 50. Les évacuations d'urgence ont diminué. Les appareils de réanimation fonctionnent enfin. L'aspirateur électrique dégage les voies respiratoires des nouveau-nés. D'autres partenaires, comme Enabel, ont pu installer une table chauffante pour les prématurés et un appareil de thermo- coagulation, impossibles à utiliser auparavant. Un congélateur solaire assure désormais la conservation des vaccins. Le soir dans la cour, des écoliers viennent étudier sous les lampadaires solaires installés sur tout le périmètre. 

Two men stand near a tan, single-story building with a blue cart on a dusty yard.

Le Centre de santé de Bori

Photo: PNUD Bénin
Autonomie et durabilité

Le projet PANA Énergie a également veillé à ce que Madona et ses collègues soient formés à la maintenance de base et au suivi du système via une application mobile. Ils surveillent les batteries, relancent le système en cas de disjonction, optimisent l'usage des équipements.

« Aujourd'hui, nous contrôlons notre énergie », dit Madona avec fierté. « Cette centrale nous permet d'exercer notre métier avec assurance et de soigner correctement », dit-elle. « Et surtout, elle nous donne la certitude que, même à 3 heures du matin, nous disposons de l’énergie électrique pour soigner et sauver des vies. »

A Bori, là où l'obscurité était autrefois synonyme de danger, la lumière solaire a rallumé l'espoir.

 

Les panneaux solaires de la mini centrale photovoltaïque de Bori

Photo: PNUD Bénin