6ᵉ édition des Journées Scientifiques de l’Économie Béninoise : les institutions au cœur de la prospérité
1 décembre 2025
Le Professeur James Robinson lors de sa conférence inaugurale aux Journées Scientifiques de l'Economie Béninoise, édition 2025
La Direction générale de l’Économie a organisé, les 27 et 28 novembre 2025 à Cotonou, la sixième édition des Journées Scientifiques de l’Économie Béninoise (JSEB) sur le thème : «Institutions et prospérité des nations ». Cette rencontre a réuni universitaires, chercheurs, partenaires techniques et financiers ainsi que décideurs publics pour réfléchir au rôle clé des institutions dans la transformation économique du Bénin et du continent.
A l’ouverture des travaux de la rencontre, le Directeur Général de l’Économie, a rappelé l’objectif des JSEB : mettre la recherche scientifique au service des politiques publiques et renforcer le dialogue entre chercheurs et décideurs.
Le Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), M. Titus Osundina, a salué la pertinence du thème et affirmé que « des institutions fortes, transparentes et inclusives constituent la première infrastructure du développement. Elles protègent les droits, encouragent l’innovation, réduisent l’incertitude et soutiennent nos efforts collectifs vers l’Agenda 2030, en particulier l'ODD16 – Paix, Justice et Institutions Efficaces ».
Le Directeur de Cabinet du Ministre de l’Économie et des Finances, M. Hermann Takou a ensuite procédé au lancement officiel des travaux. Il a rappelé les efforts engagés par le Bénin depuis 2016, notamment la modernisation de la gouvernance économique, le renforcement des institutions, la digitalisation des services publics, la mise en place d’agences spécialisées et la réforme de la justice économique. Ces transformations structurelles ont significativement renforcé la confiance des investisseurs et amélioré l’attractivité du pays.
Les JSEB ont été structurées autour de deux conférences inaugurales, d’une conversation scientifique avec le Professeur Robinson et de 42 communications présentées au cours de 12 sessions.
Dans sa conférence inaugurale, le Professeur James Robinson, Prix Nobel d’économie 2024, a proposé une relecture originale de l’histoire institutionnelle africaine, marquée par une fragmentation politique précoloniale fondée sur une organisation sociale cohérente. Il a exposé son concept de “Wealth in People”, selon lequel la richesse reposait avant tout sur les relations humaines, façonnant les systèmes politiques, économiques et religieux. Bien qu’adaptées à leur contexte, ces institutions ont révélé leurs limites face à la traite négrière et à la colonisation, qui ont accentué les fragilités politiques. Le Professeur Robinson a conclu en soulignant que l’Afrique n’a pas développé de philosophie de l’État centralisé comparable à celles de l’Occident ou de l’Asie, ce qui continue d’influencer la perception de l’État moderne sur le continent.
La conférence du Professeur Adama Diaw, Spécialiste des institutions et de la croissance a mis l’accent sur la qualité institutionnelle comme moteur de croissance. Il a montré que malgré le potentiel de l’Afrique subsaharienne, les performances économiques demeurent inégales. Les institutions — stabilité politique, contrôle de la corruption, État de droit — en sont des déterminants majeurs. Enfin, il a rappelé que la démocratie ne favorise la croissance que lorsqu’elle est consolidée, que l’instabilité politique freine l’investissement, et que la corruption constitue un obstacle déterminant au développement.
La Conversation scientifique avec le Professeur Robinson a mis en lumière son ancrage profond dans la recherche africaine et son ambition de repenser l’économie politique mondiale à partir des réalités du continent. Il a présenté son ouvrage à paraître, Wealth in People, qui propose une réflexion nouvelle sur la richesse comme capital social.
Principaux enseignements des communications scientifiques
Les 42 communications présentées ont fait ressortir des enseignements et conclusions convergentes :
- La qualité des institutions détermine l’efficacité de l’ensemble des politiques économiques en Afrique (stabilité politique, lutte contre la corruption, État de droit).
- La nécessité d’une cohérence forte entre politiques industrielles, commerciales et institutionnelles pour la diversification et l’attraction des investissements directs étrangers (IDE).
- l’efficacité de la dépense publique constitue un troisième axe transversal. Les études montrent que les investissements publics dans l’éducation et les infrastructures génèrent des effets positifs sur la transformation structurelle, tandis que des dépenses mal orientées — militaires ou agricoles — peuvent être contre-productives.
- Les politiques de modernisation du secteur financier et d’inclusion financière exigent également un cadre institutionnel crédible.
- La nécessité de renforcer la résilience face aux chocs sécuritaires et géopolitiques. Le terrorisme transfrontalier, l’instabilité politique des pays voisins ou les chocs externes mondiaux ont des effets aggravés dans les pays à gouvernance fragile.
- La réussite des politiques économiques dépend également de la prise en compte des dimensions sociales et environnementales.