Luanda, capitale de l'Angola. Photo: PNUD Angola/Cynthia R. Matonhodze

 

Si une chose était claire au Forum économique mondial cette année, c'est que la nature est au premier plan de nos préoccupations. Le décor avait déjà été planté l'an dernier par la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, selon laquelle jusqu'à un million d'espèces seraient menacées d'extinction d'ici 2050.

La perte de biodiversité figurait au 3è rang des menaces les plus graves au monde dans le rapport annuel sur les risques économiques mondiaux (en anglais), notamment dû à son rôle dans les crises alimentaires et hydriques, les catastrophes environnementales, les conflits interétatiques et les migrations involontaires. Un nouveau rapport publié à Davos, Nature Risk Rising (en anglais), estime que plus de la moitié de notre économie mondiale - 44 billions de $ - dépend directement de la nature et est donc vulnérable aux chocs environnementaux.

Ce qui ressort de ces rapports a déjà été déterminé par plus de 1 330 gouvernements municipaux et nationaux (en anglais) : la perte de biodiversité associée au changement climatique constitue une urgence planétaire.

Nous n’avons plus que 10 ans pour atteindre les Objectifs de développement durable, c'est pourquoi les Nations Unies, le PNUD et le Club de Rome appellent à une « Décennie d’action ». Ce mois-ci, le plus grand Forum urbain mondial jamais organisé s'attellera à prendre des décisions audacieuses pour sauvagarder la nature, en particulier dans les villes. Les 5 décisions essentielles à prendre en 2020 sont les suivantes :

  1. les gouvernements doivent replacer la nature au cœur du développement durable. Il faut réévaluer l'impact des subventions agricoles, des plans nationaux et mondiaux d'infrastructure, des politiques de dette extérieure et autres qui encouragent la perte de biodiversité. Cela signifie également d'intégrer la restauration et la protection des écosystèmes dans les plans de développement nationaux.

  2. les entreprises privées doivent décider une fois pour toutes d'éliminer la déforestation de leurs chaînes d'approvisionnement, en particulier en ce qui concerne le boeuf, le soja, l'huile de palme, le caoutchouc et le bois. Malgré des centaines d'engagements pour la Déclaration de New York sur les forêts (PDF) et  l'ODD 15.2 pour mettre fin à la déforestation, aucune des 500 entreprises concernées n'a pu atteindre cet objectif. De plus, 70% des plus grandes entreprises mondiales ne divulguent pas leur impact sur les forêts. Cela doit prendre fin. En 5 ans seulement, nous avons perdu une zone de forêt tropicale de la taille de la Belgique et nous sommes au bord du point de non-retour.

  3. les institutions financières doivent arrêter de financer la perte de biodiversité, que ce soit intentionnel ou non. Moins d'1% des plus de 258 billions $ d'actifs dans le monde financerait entièrement les ODD, et une fraction de ce pourcentage - une erreur d'arrondi - financerait entièrement la nature. Pourtant, les investissements continuent de favoriser la perte de biodiversité (OCDE, PDF) au lieu de sa récupération.

  4. Les tribunaux judiciaires doivent protéger les défenseurs de l'environnement et les journalistes couvrant la perte de biodiversité qui sont confrontés à des actes criminels sans précédent, et traduire en justice les délits largement perpétrés par les sociétés minières, agro-industrielles et forestières, encouragés par la corruption locale. Il faut également faire respecter les lois concernant le braconnage illégal, en particulier celui perpétré par les syndicats du crime, ainsi que les lois concernant la pollution et les décharges à grande échelle, notamment ceux dus à la négligence des entreprises.

  5. Lors des réunions des Nations Unies cette année, les gouvernements s'accorderont sur un plan stratégique décennal pour la biodiversité, fixeront des règles équitables sur le marché du carbone pour l'Accord de Paris, décideront si la gouvernance mondiale des océans est d'importance et détermineront si la biodiversité est une question d'État lors du tout premier sommet des Nations Unies sur la biodiversité. Ces décisions sont le prélude à une décennie d'action, et elles doivent être prises avec une détermination et une ambition sans précedent, à la mesure de notre urgence planétaire.

En fin de compte, toutes ces décisions se résument à une seule : cette décennie sera-t-elle celle où nous tissons un filet de sécurité planétaire pour la vie sur terre, ou pas? Le Forum urbain mondial l'endroit idéal pour répondre par l'affirmative !

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