Le Programme des Nations Unies pour le développement avertit qu’il faut alléger la dette de 50 % des populations les plus pauvres du monde dès maintenant pour éviter une crise systémique majeure du développement.

La restructuration de la dette ne peut pas attendre que les taux d’intérêt baissent ou qu’une récession mondiale s’installe.

11 octobre 2022
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Les pays riches ont les ressources nécessaires pour mettre fin à la crise de la dette, qui s’est rapidement détériorée en partie à cause de leurs propres politiques intérieures. Ces politiques ont fait exploser les taux d’intérêt dans les économies en développement et fait fuir les investisseurs.

PNUD

New York, le 11 octobre 2022 — Au total, 54 économies en développement représentant plus de la moitié des populations les plus pauvres du monde ont besoin d’un allègement urgent de leur dette en raison des crises mondiales en cascade. Selon un nouveau document publié aujourd’hui par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), rester dans l’inaction comporte des risques considérables (si ces pays n’ont pas accès à une restructuration efficace de leur dette, la pauvreté augmentera et les investissements désespérément nécessaires à l’adaptation au climat et à l’atténuation de ses effets ne se produiront pas), d’autant plus que les pays touchés sont parmi les plus vulnérables au changement climatique dans le monde.

Le document (« Avoiding "Too Little Too Late" on International Debt Relief ») met en évidence les effets d’entraînement des réponses des gouvernements à la récente crise économique et met en garde contre les répercussions potentielles. Dans ce contexte défavorable, le document présente un certain nombre de mesures politiques de restructuration de la dette qui pourraient contribuer à mettre un terme à la crise de la dette.

Les conditions du marché évoluent rapidement, car une contraction fiscale et monétaire synchronisée ainsi qu’une faible croissance alimentent la volatilité dans le monde entier : 19 économies en développement paient désormais plus de 10 points de pourcentage au-dessus des obligations du Trésor américain pour emprunter des fonds sur les marchés des capitaux, ce qui les exclut effectivement du marché. Les détenteurs de nombreuses obligations d’économies en développement les voient s’échanger avec de fortes décotes, entre 40 et 60 centimes par dollar.

« Les 54 pays qui connaissent de graves problèmes d’endettement sont composés de plus de la moitié des populations les plus pauvres du monde. Pourtant, ils ne représentent guère plus de 3 % de l’économie mondiale. L’allègement de la dette ne serait qu’une petite pilule à avaler pour les pays riches, et le coût de l’inaction est terrible pour les populations les plus pauvres dans le monde. Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter l’erreur qui consiste à fournir un allègement trop faible, trop tard, dans la gestion du fardeau de la dette des économies en développement », déclare M. Steiner.

Un accord sur la dette pourrait maintenant se profiler à l’horizon : les conditions de marché encouragent les créanciers privés à négocier un allègement de la dette au titre du Cadre commun pour le traitement de la dette du G20. Des taux d’intérêt plus élevés, un dollar fort et une récession mondiale imminente pourraient modifier leur position de négociation.

Les pays riches ont les ressources nécessaires pour mettre fin à la crise de la dette, qui s’est rapidement détériorée en partie à cause de leurs propres politiques intérieures. Ces politiques ont fait exploser les taux d’intérêt dans les économies en développement et fait fuir les investisseurs. Cela se produit alors que les économies en développement accusent d’importants déficits de financement pour lutter contre le changement climatique. Les 54 pays les plus vulnérables à la dette comprennent 28 des 50 nations les plus vulnérables au changement climatique.

Cette semaine, les ministres des finances du G20 se réuniront à Washington juste avant les assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). Les conditions sont réunies pour que les créanciers et les débiteurs donnent le coup d’envoi des pourparlers de restructuration de la dette au titre du Cadre commun du G20 et évitent une crise de la dette des pays en développement qui pourrait autrement déboucher sur une crise du développement à long terme.

Le document propose une marche à suivre pour le Cadre commun sur la restructuration de la dette, en se concentrant sur des domaines fondamentaux : l’analyse de la viabilité de la dette, la coordination des créanciers officiels, la participation des créanciers privés, et l’utilisation de clauses de dette qui varient selon l’État et qui ciblent la résilience économique et fiscale dans le futur. Le PNUD propose que le Cadre commun se concentre sur les restructurations complètes qui permettront aux pays de retrouver plus rapidement la croissance, les marchés financiers et les progrès du développement.

« Lorsque les obligations des marchés émergents se négocient à 40 centimes par dollar, les créanciers privés deviennent soudainement plus ouverts à la négociation. À l’heure actuelle, l’ingrédient manquant est l’assurance financière des principaux gouvernements créanciers pour conclure un accord. Les obligations Brady ont fourni une raison suffisante pour que les créanciers restent à la table des négociations dans les années 1980. Le scénario qui se dessine est le même en 2022 », déclare George Gray Molina, économiste en chef au PNUD.

Une restructuration efficace de la dette n’est qu’un élément essentiel pour garantir que les économies en développement disposent des finances dont elles ont besoin pour progresser en matière de développement durable. Les auteurs du rapport concluent qu’il est urgent de trouver de nouvelles sources de financement pour que les pays en développement puissent entreprendre des investissements dans l’adaptation au climat et l’atténuation de ses effets.

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