De Zurich aux premières lignes du climat : protéger les communautés les plus vulnérables

18 mars 2026

De Zurich aux premières lignes du climat : protéger les communautés les plus vulnérables

Dans cette édition de Swiss Voices, nous rencontrons David Mueller, qui a grandi dans la périphérie de Zurich. Il a étudié les sciences politiques et l’anthropologie culturelle à l’University of Zurich — un parcours qui ne semblait pas, à première vue, destiné à mener vers la conception de solutions d’assurance paramétrique capables de protéger jusqu’à quatre millions de personnes vulnérables à Lagos contre les conséquences financières d’inondations catastrophiques. Et pourtant, c’est précisément là que la vie l’a conduit — pour son plus grand bonheur.

« J’ai quitté la Suisse vers l’âge de vingt ans », raconte-t-il en souriant, « et je n’ai jamais vraiment cessé de voyager depuis. »

Aujourd’hui, David est spécialiste technique régional au sein de l’Insurance and Risk Finance Facility (IRFF) du PNUD, basé au Hub africain pour la finance durable du PNUD à Pretoria, en South Africa. Son travail se situe à l’intersection d’univers rarement associés mais essentiels : réunir gouvernements, assureurs internationaux et partenaires du développement afin de renforcer la résilience financière des pays face à des risques mondiaux de plus en plus importants.

Une carrière guidée par la curiosité — et un peu par le hasard

Le parcours de David n’a rien de linéaire. Après ses études de premier cycle, il quitte l’université pour travailler au Kenyaet en Afrique de l’Est, avant de poursuivre un master en études africaines à la SOAS University of London. À la suite d’un stage auprès de l’Ambassade de Suisse à Nairobi, il rejoint la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC) en tant qu’assistant de programme durant la famine en Somalia en 2011.

Il devient ensuite Jeune administrateur financé par la Suisse (JPO) au sein du PNUD en Ethiopia, où il travaille sur le développement et l’engagement du secteur privé à travers le continent africain. Pendant un temps, il quitte le système des Nations Unies pour rejoindre un cabinet de conseil en management à impact social, souhaitant se rapprocher davantage du travail technique qui le passionnait.

Ces allers-retours entre les institutions suisses de développement et les Nations Unies rendent son parcours particulièrement singulier.

« Grâce au programme JPO, j’ai appris à évoluer dans ces deux univers », explique-t-il. « Et honnêtement, maintenir un lien avec les politiques suisses de développement — même après toutes ces années passées à l’étranger — est quelque chose auquel je tiens profondément. »

L’assurance comme outil stratégique de développement

Lorsque David décrit son travail actuel, il commence par une observation simple : « Les personnes comme vous et moi disposent de filets de sécurité. Une assurance automobile, une couverture médicale. Si un imprévu survient, un soutien financier permet de se relever ou de se reconstruire. Mais pour de nombreuses personnes dans le monde, le moindre choc peut avoir des conséquences catastrophiques. »

Son équipe au PNUD travaille à changer cette réalité.

L’exemple le plus parlant ? Le PNUD a contribué à faciliter une police d’assurance paramétrique contre les inondations, une initiative majeure pour l’État de Lagos au Nigeria. Cette couverture protège jusqu’à quatre millions de personnes réparties dans sept districts exposés aux inondations. Lorsque le niveau de l’eau dépasse un seuil prédéfini — vérifié en temps réel grâce à l’imagerie satellitaire — des fonds pouvant atteindre 7,5 millions de dollars américains sont automatiquement versés au gouvernement de l’État de Lagos en quelques jours, et non en plusieurs mois, afin de soutenir les opérations de secours et de relèvement.

Ce produit a été conçu par un groupe d’organisations membres de l’Insurance Development Forum, dont AXA Climate, AXA Mansard au Nigeria, Swiss Re, le modélisateur de risques d’inondation JBA Risk Management, la société satellitaire ICEYE, ainsi qu’African Risk Capacity Ltd. La prime est cofinancée par le fonds InsuResilience Solutions Fund et par l’État de Lagos lui-même, la part de ce dernier augmentant progressivement afin d’assurer une appropriation durable à long terme.

En cas d’inondation catastrophique, cette assurance permet de débloquer des financements destinés à l’aide humanitaire et aux transferts monétaires directs aux communautés touchées dans les sept districts couverts, conformément au Plan de contingence contre les inondations de Lagos, élaboré avec l’appui du PNUD et de l’African Risk Capacity. Le PNUD accompagne également le gouvernement nigérian dans l’intégration du financement des risques dans la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) 3.0 du pays.

« Les moments les plus critiques sont les toutes premières heures après une catastrophe », explique David. « Ce dispositif permet au gouvernement d’agir immédiatement — sans attendre des allocations budgétaires d’urgence ou des prêts. »

« Nous avons pu démontrer que ce modèle public-privé fonctionne, et ce projet constitue également une feuille de route pour une assurance contre les risques d’inondation fondée sur la technologie, applicable au renforcement de la résilience dans les pays et villes vulnérables au changement climatique à travers le monde. »

« Mon espoir est que les acteurs de l’assurance, y compris les grands acteurs suisses, intensifient progressivement leur engagement, alors que nous contribuons à la création de marchés de l’assurance durables à l’échelle mondiale. »

La superpuissance discrète de la Suisse

Lorsque l’on demande à David ce que la Suisse apporte au développement mondial, il réfléchit un instant. « Ce n’est pas le financement », dit-il — « la Suisse ne peut pas rivaliser avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni. C’est quelque chose de moins tangible, mais peut-être de plus puissant. »

« Quand la Suisse convoque une discussion, les gens répondent présents. Je l’ai constaté moi-même à l’ambassade au Kenya. La Suisse possède cette capacité remarquable à réunir — à faire asseoir autour de la même table des pays et des acteurs qui, autrement, ne se rencontreraient pas. Cette neutralité est bien réelle, et elle est rare. »

Il souligne également l’identité de la Suisse comme l’un des principaux centres financiers mondiaux — et la responsabilité qui en découle. « Il existe une immense opportunité de réorienter cette tradition financière vers une finance plus durable, davantage alignée sur les objectifs climatiques et sociaux. »

« Nous avons aussi quatre langues, 26 cantons, toutes les raisons d’être divisés — et pourtant nous sommes là. À une époque où le monde semble avoir perdu son appétit pour la coopération, je pense que la Suisse peut démontrer qu’il est possible de faire les choses autrement. »


Conseils pour un jeune Suisse qui veut changer le monde

Le conseil de carrière de David est un peu inattendu. « Oubliez les études en développement un instant », dit-il.

« Construisez d’abord une expertise thématique. Étudiez l’économie. Étudiez les sciences du climat. Étudiez les sciences actuarielles. Ce sont précisément les profils que le monde du développement peine à attirer — parce qu’un économiste ira naturellement vers la finance, et non vers une agence des Nations Unies. Si vous avez cet intérêt et ce bagage, vous vous distinguerez. »

Et un dernier point : les langues. « Si vous voulez travailler en Afrique et que vous êtes suisse, vous devriez être capable de parler français. J’aurais aimé y accorder plus d’importance plus tôt. »

Un conseil pour les visiteurs en Suisse

Lorsqu’on lui demande ce qu’il dit aux collègues qui visitent la Suisse pour la première fois, David marque une pause. « Allez à Zurich, bien sûr. Mais sortez de la ville. Le pays est petit, mais il surprend — chaque canton semble différent. C’est presque comme plusieurs pays en un seul. Et je pense que c’est cela qui rend la Suisse si fascinante, et qui explique probablement ma propre curiosité. »