Un aperçu du Rapport sur le développement humain 2026
Au-delà de la peur et des contraintes : forger une nouvelle relation avec la nature
23 décembre 2025
Pendant des décennies, le débat autour de la crise planétaire a été axé sur les limites. Nous avons parlé de budgets carbone, de points de basculement et de limites planétaires. Bien que scientifiquement indispensable, ce discours peut sembler contraignant : il s'agit d'une liste de choses que nous devons cesser de faire, auxquelles nous devons renoncer pour éviter une catastrophe.
Mais que se passerait-il si le catalyseur le plus puissant du changement n'était pas la peur, mais l'aspiration ?
Dans un aperçu exclusif, Pedro Conceição, directeur du Bureau du Rapport sur le développement humain (HDRO) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), partage ses réflexions sur les travaux en cours pour le prochain Rapport sur le développement humain 2026, qui explore une approche porteuse d'espoir : « Nous voulons aller au-delà des discours sur les défis de la durabilité qui mettent davantage l'accent sur les inconvénients de l'inaction. Nous avons besoin d'autres outils pour compléter et encourager les actions, ou au minimum pour interpeller les segments de la population qui se sentent marginalisés. Nous avons besoin d'une approche ambitieuse pour créer une motivation collective afin de relever les défis de la durabilité. Il s'agit de mobiliser les aspirations des gens à une vie meilleure », note M. Conceição.
Le pouvoir d'une approche ambitieuse
« Martin Luther King a commencé son discours en disant : « J'ai un rêve ». Il n'a pas commencé par dire « J'ai un cauchemar », note Conceição. Cette analogie simple et puissante résume bien l'esprit du travail en cours.
À travers une série de consultations, le HDRO explore comment la volonté universelle d'un avenir meilleur – pour nous-mêmes, nos enfants et nos communautés – peut constituer une ressource puissante, mais sous-utilisée. En reliant cette aspiration à la santé de notre planète, le rapport cherche à construire un argumentaire plus convaincant et motivant en faveur de l'action.
« Chaque Rapport sur le développement humain vise à développer la capacité des individus à vivre pleinement leur potentiel », explique Conceição. « Ce que nous explorons pour le rapport 2026, c'est l'hypothèse selon laquelle si nous pouvons mobiliser cette aspiration à une vie meilleure, nous pouvons l'utiliser pour nous aider à relever des défis tels que le changement climatique et la perte de biodiversité. »
Une relation à double sens : introduire la réciprocité avec la nature
Au cœur de cette approche se trouve un changement fondamental dans la façon dont nous percevons notre lien avec le monde naturel. Pendant trop longtemps, cette relation a été considérée comme unidirectionnelle : que peut faire la nature pour nous ?
Le Rapport sur le développement humain 2026 examine l'idée d'une relation réciproque à double sens.
« Le développement humain et la nature sont liés à bien des égards. La vie humaine dépend de la nature. Mais la nature est également importante dans la vie des gens d'une manière symbolique, en leur donnant un sens », explique Conceição. « Nous voulons explorer non seulement ce que la nature peut faire pour les gens, mais aussi ce que les gens peuvent faire pour la nature. Il s'agit de boucler le cycle de la réciprocité. »
Le rapport explore ce que signifie cette relation entre les êtres humains et la nature, non seulement pour le développement humain, mais aussi pour nous aider à relever les défis de la durabilité. « Les gens comprennent ce que signifie avoir une bonne ou une mauvaise relation avec la nature. Ils ont probablement des interprétations différentes de ce que cela signifie, mais à un niveau intuitif, ils adhèrent à cette idée. »
Quantifier le lien : explorer le concept de l'indice de relation avec la nature
Dans la lignée de l'indice de développement humain (IDH) révolutionnaire, le HDRO explore la faisabilité d'un nouvel indicateur : l'indice de relation avec la nature (NRI). Cet indice viserait à dépasser les concepts abstraits et à quantifier la manière dont différentes sociétés interagissent avec le monde naturel.
« L'une des dimensions de l'indice de développement humain (IDH) est de vivre longtemps et en bonne santé. Il n'y a pas lieu d'un grand débat avec les gens sur l'importance d'une vie longue et saine, et nous rendons compte de cette dimension à l'aide d'un indicateur spécifique : l'espérance de vie à la naissance. Si nous parvenons à identifier le bon indicateur lié à la relation entre l'homme et la nature, cela devrait avoir le même impact que l'IDH a eu sur l'expansion du développement humain. »
« Nous voulons voir si nous pouvons identifier des concepts faciles à interpréter et à comprendre pour les gens, puis les quantifier », déclare-t-il. « Un indice de relation avec la nature serait un moyen de quantifier, de comparer et d'observer l'évolution de la relation entre différents pays et la nature. »
Il donne un exemple : « Une dimension consiste à déterminer si la nature est accessible et florissante. Il ne s'agit pas seulement de protéger la nature, par exemple en définissant des zones protégées, mais aussi de rendre la nature accessible, c'est-à-dire de créer un lieu où les êtres humains et la nature ont la possibilité d'interagir. »
Tout comme l'IDH a fait du développement humain un objectif mondialement compris et mesurable, un tel indice pourrait fournir un cadre permettant de suivre les progrès réalisés dans notre relation avec la planète, que chaque pays pourrait comprendre et mettre en œuvre.
Un message d'espoir déterminé
Dans un monde souvent en proie à l'éco-anxiété, qu'est-ce qui donne de l'espoir à Pedro Conceição ?
Sa réponse est à la fois philosophique et profondément pratique. « Ce qui me donne de l'espoir, c'est le fait que les êtres humains sont capables de raisonner et de s'engager pour des causes qui dépassent leur intérêt personnel. L'histoire de l'humanité nous a montré à maintes reprises que nous avons cette capacité, individuellement et collectivement, de relever les défis. »
Il distingue l'espoir du simple optimisme. « L'espoir n'est pas une évaluation de la probabilité que le monde soit meilleur à l'avenir. C'est être optimiste. L'espoir, pour paraphraser Vaclav Havel, c'est l'idée qu'il est important de se battre pour quelque chose parce que c'est important, parce que c'est le bien, et non parce que cela a des chances de se produire. Pour moi, l'espoir est beaucoup plus lié à la notion de détermination. »
Rejoignez-nous dans cette aventure
Le Rapport sur le développement humain 2026, dont la publication est prévue au second semestre 2026, s'inscrit dans la tradition du RDH qui consiste à explorer de nouvelles idées pour faire progresser le développement humain en tant que publication phare du PNUD. Il vise à fournir des points de vue sur la manière de recadrer l'un des débats les plus importants de notre époque et à nous aider à passer d'un discours axé sur les contraintes à un discours ambitieux, fondé sur un partenariat réciproque avec le monde naturel qui nous soutient tous.
C'est une vision fondée sur un rêve, celui d'un avenir où le progrès humain et la santé de la planète ne sont pas en conflit, mais constituent les deux faces d'une même médaille.
L'avenir du développement humain dépend de la qualité de notre relation avec la nature. Il est temps d'en faire une bonne relation.